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Vous voulez vraiment arrêter de fumer ? Un texte de Michelle Dion

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Vous voulez vraiment arrêter de fumer?

Vous avez tout essayé, du traitement laser à l’acupuncture en passant par les patches et l’hypnose? Et rien de tout ça n’a fonctionné? Réjouissez-vous, fiers compagnons du tyran Nicot, j’ai pour vous une recette miracle qui ne vous coûtera pas un sou. Et je suis certaine que vous me remercierez à deux genoux quand vous constaterez son efficacité.

Voici le remède : allez passer une quinzaine de minutes par jour près de la porte de la salle d’urgence d’un établissement de santé quelconque, peu importe lequel, car la loi est la même partout depuis le 31 mai 2006: interdiction de fumer à l’intérieur des murs et même à l’extérieur dans un rayon de 9 mètres de toute porte.

Une semaine devrait suffire à vous convaincre de l’urgence d’écraser, si vous ne voulez pas finir vos jours dans d’intenses souffrances morales ou physiques, à cause du manque de cette drogue qu’on dit « douce ».

J’y suis allée récemment et même si je ne suis pas fumeuse — remarquez que je n’en tire aucun mérite n’ayant pu m’habituer, Dieu merci, lorsque j’ai tenté l’expérience comme tout le monde — c’est là que j’ai découvert ce qui devrait vous décourager à tout jamais de fumer.

Que je vous raconte donc comment m’est venue la révélation du remède-miracle que je vous refile aujourd’hui.

Attendant une personne que je devais raccompagner jusqu’à sa chambre (elle arrivait par transport adapté), je m’étais assise sur un banc, à côté d’un cendrier, que dis-je, d’une cuve, remplie d’une bonne centaine de mégots dont quelques-uns, encore fumants, flottaient dans un bouillon jaune dégueulasse (il avait plu), dégageant une odeur loin de celle des roses, croyez-moi. C’est cette odeur déplaisante qui attira d’abord mon attention.

Je m’éloignai rapidement du gigantesque cendrier nauséabond sans m’apercevoir que je m’étais rapprochée d’un plus petit, tout aussi appétissant.

Je me mis alors à observer les gens qui m’entouraient. C’étaient pour la plupart des patients, mais des visiteurs et des employés de l’hôpital étaient aussi du nombre.

Au moins six personnes en fauteuil roulant, quelques-unes
« escortées » de leur potence à laquelle pendait un soluté, ou une quelconque potion sans doute indispensable à leur survie, étaient rassemblées à bonne distance des portes coulissantes… à côté du gros cendrier bien évidemment.

Ces bonnes gens avaient une chose en commun : toutes avaient une cigarette au bec, de même qu’un paquet et un briquet à la main.

Quelques-unes, frileuses et pâles comme des cadavres, étaient enveloppées de couvertures un peu défraîchies parce qu’elles avaient visiblement traîné par terre. Mais toutes semblaient soulagées de pomper quelques bouffées et une aura de fumée couronnait leur tête.

Quand la pluie se mit de la partie, j’en vis deux remonter sur leur tête le capuchon du poncho de plastique qu’ils avaient eu la prévoyance d’apporter, juste au cas où. J’en présumai que c’étaient des patients de longue durée, habitués d’aller fumer dehors, beau temps, mauvais temps.

Je vis s’approcher un beau grand jeune homme dans la vingtaine. Il marchait lentement en traînant sa potence à roulettes et son paquet de cigarettes de la main droite. Sa main gauche en écharpe, enveloppée d’un énorme pansement, laissait voir un bout d’index complètement noirci et quelques autres doigts « raccourcis ». J’en eus froid dans le dos.

Il me raconta s’être coupé avec une scie et avoir été opéré la veille, mais l’opération n’ayant pas été complètement réussie, on s’apprêtait à pratiquer une nouvelle intervention l’après-midi même.

Il semblait tellement souffrant, le pauvre. Je le voyais blêmir à vue d’oeil et j’avais peur de le voir s’écrouler. Il s’assit péniblement dans un fauteuil roulant laissé vacant par un autre patient retourné à l’intérieur. Sa jaquette ouverte laissait voir son dos rougi.

Je lui offris d’aller chercher une couverture — c’était un peu frisquet ce jour-là — mais il refusa en me disant qu’il avait plutôt chaud, ce que je pus constater en voyant la sueur perler sur son front. Il m’avoua ne pas avoir le droit de fumer à cause de l’opération prévue, mais n’en pouvant plus, il était sorti en cachette pour soulager sa rage. Il espérait probablement que la nicotine allait calmer sa douleur? Ce ne fut pas le cas si j’en juge par les grimaces qui convulsaient son visage durant la dizaine de minutes que dura sa pause-nicotine. Puis il rentra traînant sa potence, aussi lentement qu’il était sorti, comme s’il avait marché vers la mort.

À SUIVRE…

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Louise Turgeon
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