Publié Le 26 Avril 2017

Duel Surprise Sur Le Terrain Entre Macron & Le Pen

Alors qu’Emmanuel Macron rencontrait des délégués syndicaux de l’usine Whirpool à Amiens, mercredi, Marine Le Pen se rendait sur le site même de cette usine menacée de délocalisation.

PhotoEric Feferberg…AFP

Baptiste Pace
Agence France-Presse
Amiens
 
La bataille à onze jours de la présidentielle en France s’est durcie mercredi sur le terrain, à travers un duel inattendu entre la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen et son rival centriste Emmanuel Macron autour du sort d’une usine.

Emmanuel Macron a eu droit à un accueil houleux, entre quelques sifflets et des «Marine présidente», sur le site Whirlpool d’Amiens, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Le candidat d’En Marche !, qui a rencontré l’intersyndicale du site dans la matinée, a tenté d’aller à la rencontre de salariés mais a reçu un accueil agité…

D’autant que la forêt de caméras empêchait un contact direct. Plusieurs militants FN étaient également présents, dont Eric Richermoz, secrétaire départemental du FN.

«Bien sûr qu’il y a de la colère dans le pays, il y a de l’angoisse», a-t-il déclaré. «Il y a une responsabilité à prendre, c’est pour ça que je suis là», a-t-il ajouté, avant de s’entretenir avec des salariés à l’écart de la meute de journalistes.

Dans la matinée, son adversaire, Marine Le Pen, avait effectué une visite surprise sur ce site pendant que M. Macron s’entretenait avec les syndicats à quelques kilomètres de là.

Tout sourire, elle avait effectué des selfies avec des salariés. Selon plusieurs sources, des militants FN sont ensuite restés sur le site pour attendre l’arrivée de l’ancien ministre de l’Économie.

«Je suis là au côté de salariés, sur le parking, pas dans des restaurants» d’Amiens, a déclaré la candidate. «Évidemment que c’est un message» à l’intention des ouvriers et de M. Macron, a-t-elle ajouté.

Se présentant comme le porte-drapeau «des ouvriers» et des «travailleurs», la candidate anti-Europe et anti-immigration, arrivée en tête dans cette région dimanche, s’est aussi posée comme «candidate surtout des Français qui ne veulent pas être dépossédés de leur emploi, de leur pouvoir d’achat».

Emmanuel Macron a aussitôt répliqué qu’il rencontrerait lui aussi les salariés de Whirpool et dénoncé «l’utilisation politique» du conflit social au sein de l’usine.

«Le projet que porte Mme Le Pen est un projet qui détruit le pouvoir d’achat», a-t-il ajouté.

Whirpool a annoncé voici trois mois sa décision de délocaliser sa production en Pologne et de fermer en juin 2018 l’usine de sèche-linges…

Usine qui a été implantée dans une région déjà frappée par de nombreuses fermetures de sites industriels.

«Choisir La France»

Marine Le Pen a pris pour nouveau slogan mercredi «Choisir la France», qui succède à «Remettre la France en ordre», pour tenter de séduire «l’ensemble des patriotes de droite comme de gauche».

«Nous pensons gagner cette élection présidentielle parce qu’il s’agit d’un véritable référendum pour ou contre la mondialisation», a dit son directeur de campagne, David Rachline.

Le déplacement surprise à Amiens de la candidate, arrivée deuxième au premier tour dimanche, illustre le caractère offensif de sa campagne.

D’autant que l’attitude de M. Macron, qui a consacré son début de semaine à des consultations en vue d’une future majorité, a été critiquée par nombre de commentateurs, jugeant qu’il donnait l’impression «d’enjamber» le second tour en croyant la partie déjà gagnée.

M. Macron devait se rendre mercredi soir à Arras (nord) tandis que sa rivale tiendra jeudi une grande réunion à Nice (sud-est)…

Bastion de la droite, où l’ancien Premier ministre François Fillon l’avait devancée au premier tour.

«Se Ressaisir»

Donné vainqueur le 7 mai par tous les sondages publiés depuis dimanche soir avec de 62% à 64% d’intentions de vote, Emmanuel Macron a estimé mardi que «rien n’était gagné» face à son adversaire.

Si M. Macron, qui se présente pour la première fois à une élection, a recueilli des ralliements de tous bords pour «faire barrage» à l’extrême droite, dont celui de l’ancien président de droite Nicolas Sarkozy, il n’a pas obtenu celui du tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (19,58% des suffrages au premier tour).

Ce dernier ne révélera pas la nature de son vote, quel que soit le résultat de la consultation engagée auprès de ses militants, a indiqué son porte-parole, Alexis Corbière.

Des voix au sein du Parti socialiste ont appelé mercredi le leader de la «France insoumise», arrivé dimanche en quatrième position, à «se ressaisir».

«Quand on est de gauche, on ne biaise pas, on est immédiatement dans le combat contre le Front national», a affirmé le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis.

D’autres responsables ont mis en garde M. Macron, le prévenant qu’un bulletin en sa faveur ne valait pas adhésion.

Voter pour lui, «ce n’est pas un chèque en blanc», a souligné le secrétaire général du Parti communiste, Pierre Laurent.

Même écho au sein de l’un des principaux syndicats français, la CFDT, qui demande au candidat de «montrer un peu d’empathie à l’égard des plus fragiles».

Le président socialiste François Hollande lui a déjà lancé une mise en garde mardi, estimant que le score historique du FN au premier tour (21,3%) ne devait pas être sous-estimé.

Amicalement De Louise

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Louise Bourgoin

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