Accueil Louise Bourgoin AMBASSADE À JÉRUSALEM – LES MISES EN GARDE AFFLUENT VERS TRUMP

AMBASSADE À JÉRUSALEM – LES MISES EN GARDE AFFLUENT VERS TRUMP

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Publié Le 06 Décembre 2017

Ambassade À Jérusalem…

Les Mises En Garde Affluent Vers Trump

Des manifestants palestiniens brûlent les drapeaux américain et israélien à Gaza, le décembre 2017.

AFP

Jérôme Cartillier, Laurent Lozano
Agence France-Presse
Jérusalem

Les mises en garde, y compris celle du pape François, ont afflué mercredi à l’adresse de Donald Trump alors que le président américain s’apprête à prendre une décision historique en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël.

«Je ne peux taire ma profonde inquiétude», a déclaré le pape lors de son audience hebdomadaire, «j’adresse un appel vibrant pour que tous s’engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l’ONU». Il a exalté «sagesse et prudence» devant le risque d’ajouter aux convulsions mondiales.

Le souverain pontife, venu à Jérusalem en 2014 lors d’une visite chargée de symboles, ne peut qu’accorder un intérêt tout particulier à la ville qui abrite les lieux les plus saints de trois grandes religions monothéistes, y compris le Saint-Sépulcre.

Sa voix n’est que l’une de celles à s’être élevées mercredi pour s’alarmer des conséquences possibles et du risque de violences causé par la question de Jérusalem, haut lieu de spiritualité, mais aussi chaudron diplomatique.

Dans une intervention prévue à 13h00, M. Trump doit rompre avec des décennies de diplomatie américaine et internationale et reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

À la différence d’autres présidents qui avaient fait la même promesse, il tiendra un engagement de campagne et ne fera là que reconnaître…

«Une réalité» à la fois historique et contemporaine, a dit un responsable américain sous le couvert de l’anonymat.

Sujet passionnel

Repousser cette reconnaissance «n’a, pendant plus de deux décennies, en rien aidé pour arriver à la paix», a-t-il dit.

Le locataire de la Maison-Blanche ordonnera par ailleurs de préparer le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Il ne fixera pas de calendrier pour ce déménagement qui devrait prendre «des années».

Dans un apparent souci d’apaiser les Palestiniens, M. Trump est prêt à soutenir «une solution à deux États» sans rien imposer à personne, a dit le responsable, alors qu’il s’est jusqu’alors, à la grande frustration des Palestiniens, gardé d’adhérer à l’idée d’un État palestinien indépendant, solution référence de la communauté internationale.

Les experts s’accordent à dire que les décisions de M. Trump ne devraient avoir qu’un impact diplomatique limité, et qu’elles n’engagent que les États-Unis. Mais la question de Jérusalem et en particulier de ses lieux saints est éminemment passionnelle.

Toute reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est un casus belli pour les dirigeants palestiniens, qui revendiquent Jérusalem-Est, occupée puis annexée par Israël, comme la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Les groupes palestiniens ont appelé à manifester à partir de ce mercredi…

La communauté internationale n’a jamais reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et considère Jérusalem-Est comme un territoire occupé.

Israël proclame tout Jérusalem, Ouest et Est, comme sa capitale «éternelle et indivisible». L’ONU a répété mercredi que le statut de la ville devait être négocié entre Israéliens et Palestiniens.

«Incendie» Régional

«L’avenir de Jérusalem est quelque chose qui doit être négocié avec Israël et les Palestiniens assis côte à côte dans des négociations directes», a dit l’envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, Nickolay Mladenov, lors d’une conférence à Jérusalem.

Alors que chacun guettait sa réaction, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou est au contraire resté totalement silencieux sur le sujet lors de son discours au cours de la même conférence.

M. Nétanyahou, à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, a aussi ordonné la discrétion à ses ministres pour ne pas attiser les tensions, selon les médias.

Plusieurs d’entre eux ont cependant salué l’augure, tel le ministre de l’Éducation Naftali Bennett qui a appelé d’autres pays à emboîter le pas aux États-Unis. Pour lui, «non seulement cette décision ne fait pas obstacle à la paix, mais elle constitue un pas spectaculaire vers la paix».

L’Autorité palestinienne, interlocutrice des États-Unis, d’Israël et de la communauté internationale, a pourtant prévenu que les États-Unis se discréditeraient comme intermédiaire impartial de toute entreprise de paix et que l’effort actuellement mené par les collaborateurs de M. Trump pour tenter de ranimer une dynamique moribonde serait considéré comme terminé.

Le Hamas islamiste, deuxième force palestinienne ostracisée par une bonne part de la communauté internationale, a estimé que «toutes les lignes rouges (étaient) franchies».

Le roi Salmane d’Arabie saoudite, grand allié de Washington, a prévenu qu’une telle décision risquait de provoquer «la colère des musulmans», tant Jérusalem, qui abrite le troisième lieu saint de l’islam (l’esplanade des Mosquées), est un cri de ralliement puissant pour les musulmans. La Turquie a brandi le spectre d’un «incendie» régional.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan compte réunir un sommet des dirigeants des principaux pays musulmans le 13 décembre à Istanbul. Les délégations palestiniennes et jordaniennes à la Ligue arabe ont demandé mercredi une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères.

La Chine et le Royaume-Uni, deux membres permanents du conseil de sécurité, mais aussi la Syrie, ont joint leur voix au concert de réprobation.

Preuve de la tension que l’attente de cette décision suscite dans la région, les États-Unis ont interdit aux employés du gouvernement américain tout déplacement personnel dans la Vieille ville de Jérusalem et en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël et contigu à Jérusalem.

FILE PHOTO: A general view shows the Dome of the Rock and Jerusalem’s Old City December 4, 2017. REUTERS/Ronen Zvulun/File Photo

Reuters

Les Fronts En Présence

En reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël et en y transférant l’ambassade américaine, actuellement à Tel-Aviv, le président Donald Trump romprait avec le positionnement de la communauté internationale et des décennies de politique américaine.

Un Peu D’histoire

Le plan de partage de l’ONU en 1947 prévoyait la partition de la Palestine en trois entités: un État juif, un État arabe et Jérusalem formant un «corpus separatum» sous régime international spécial administré par les Nations unies.

Ce plan a été accepté par les dirigeants sionistes, mais rejeté par les leaders arabes.

Suite au départ des Britanniques et à la première guerre israélo-arabe, l’État d’Israël est créé en 1948, et fait de Jérusalem-Ouest sa capitale, Jérusalem-Est étant alors sous contrôle de la Jordanie.

Israël s’empare de Jérusalem-Est au cours de la guerre des Six Jours en 1967 et l’annexe. Une loi fondamentale entérine en 1980 le statut de Jérusalem comme capitale «éternelle et indivisible» d’Israël.

La Position Israélienne

Le gouvernement israélien l’a rappelée mardi: «Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis 3000 ans et la capitale d’Israël depuis 70 ans». Cela vaut pour tout Jérusalem, Ouest et Est, ville «réunifiée».

La Position Palestinienne

L’Autorité palestinienne, interlocutrice de la communauté internationale et d’Israël, revendique Jérusalem-Est comme la capitale d’un futur État palestinien indépendant. Le Hamas islamiste, qui ne reconnaît pas Israël, évoque Jérusalem tout court comme la capitale d’un futur État de Palestine.

Celle Des États-Unis

En 1995, le Congrès américain a adopté le Jerusalem Embassy Act appelant les États-Unis à déménager l’ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, «capitale de l’État d’Israël».

La loi est contraignante pour le gouvernement américain. Mais une clause permet aux présidents de repousser son application pour six mois.

Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama ont systématiquement actionné la clause tous les six mois. M. Trump l’a fait pour la première fois en juin 2017, à contrecoeur.

La Communauté Internationale

Sa position n’a guère changé depuis des décennies. L’ONU ne reconnaît pas l’annexion de Jérusalem-Est, qu’elle considère comme territoire occupé. Elle a déclaré la loi israélienne de 1980 comme étant une violation de la loi internationale.

Pour elle, le statut final de Jérusalem doit être négocié entre les parties.

La vision internationale largement répandue reste celle de Jérusalem comme la capitale d’Israël et d’un État palestinien indépendant.

La résolution 478 de l’ONU en 1980 appelait tous les pays ayant une mission diplomatique à Jérusalem à l’en retirer.

Treize pays (Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, Salvador, Guatemala, Haïti, Pays-Bas, Panama, Uruguay, Venezuela) ont déménagé leur ambassade à Tel-Aviv, où se trouvent celles des autres pays.

La Singularité Russe

Les médias israéliens ont fait grand cas en 2017 d’un communiqué du gouvernement russe disant qu’il considérait «Jérusalem-Ouest comme la capitale d’Israël».

Le document, salué par une partie de la classe politique israélienne bien que dépourvu de véritable conséquence concrète, reconnaissait aussi «Jérusalem-Est comme la capitale d’un futur État palestinien».

À Suivre…

Amicalement De Louise

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