Jusqu’en janvier 2009, elle occupait un poste à hautes responsabilités chez Vinci en tant que « directrice des risques ». Mais son alcoolisme, dû à une mauvaise gestion du stress et au deuil de son mari, lui a coûté sa place. Aujourd’hui sevrée, Laurence Cottet témoigne pour que le problème de l’alcool en entreprise soit pris au sérieux par les autorités. Elle salue donc l’effort fait par le gouvernement qui formera d’ici décembre 6 000 médecins du travail à la prévention des conduites addictives.

Comment êtes-vous sorti de votre alcoolisme ?

Je savais que j’étais alcoolique depuis 15 ans. Je consommais des psychotropes. Je reniflais aussi des lignes de coke. Tous les jours, ma seule obsession était le produit. En janvier 2009, c’était l’ivresse de trop. Je me suis écroulée par terre devant des centaines de personnes lors d’une cérémonie de vœux. Mon corps a lâché. Enfin ma maladie de l’alcoolisme a été projetée à la lumière. Jusque-là j’étais dans le déni. Je savais que j’avais un problème. Je suis sortie de l’ombre et donc de la honte. Ensuite, il faut à peu près six mois pour que l’alcool s’évapore de votre esprit et que vous retrouviez une vie tout à fait normale.

Comment vous sentiez-vous dans votre milieu professionnel ?

Le travail c’est un lien avec la société. Dans le BTP, il y a une culture de l’alcool. A la fin de la journée, sur un chantier, on picole. Mais à la direction générale aussi. Maintenant, on sait que tous les secteurs sont concernés. L’alcool permet de gérer le stress. Pour me reconstruire, j’ai passé un diplôme en addictologie. J’anime aujourd’hui des groupes de parole trois fois par semaine.

Personne ne vous a aidée ?

Mon bureau était à 3 mètres de mon DRH. J’aurais aimé qu’il m’aide en me dirigeant vers le médecin du travail. Il y a énormément de choses à faire. Quand on est complètement drogué à une substance, on est tellement dans la honte, parfois dans le déni que, déjà, on n’arrive pas à en parler. Si vous avez un DRH, des collègues, qui ne savent pas comment aborder le sujet ou n’ont pas les mots qu’il faut, on ne s’en sort pas. C’est en cela qu’il faut plus de prévention et de dispositifs d’accompagnement. Pour éviter la chute fatale qui a été la mienne. Certains employeurs sont complices de la situation. Dans un premier temps, ils utilisent l’alcool comme un outil de management et quand ça va trop loin pour un salarié, ils le licencient. Ce n’est pas bien.

Vous n’auriez pas été vexé qu’on vous en parle ?

Non, pas à ce niveau-là. J’étais vraiment en détresse. J’attendais qu’on me tende la main. Très sincèrement. Je pense qu’on a même attendu ma chute. Ils se sont servis de mes problèmes d’alcool pour se séparer de moi. Jamais mes compétences professionnelles n’ont été mises en cause.

Que peut-on faire aujourd’hui pour que l’addiction en entreprise ne soit plus un tabou ?

Il faut témoigner, arrêter de se cacher. C’est une vraie maladie. Je n’ai pas honte d’en parler. Oui, j’ai été alcoolique, oui, certains ne le comprennent pas. Oui, j’ai huit années d’abstinence et là, je suis au jus d’orange, sereine. Mon combat est de lutter contre les drogues.

Laurence Cottet, ancienne alcoolique: « Je suis sortie de l’ombre et donc de la honte »

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