Être chrétien, c’est essayer de suivre Jésus. C’est, comme lui, placer Dieu son Père et notre Père au centre de notre vie ; lui faire une confiance absolue en tout et pour tout ; accueillir comme des frères riches et pauvres, puissants et exclus ; travailler à la réalisation d’un monde juste et libre ; croire en la victoire de la vie sur la mort. Être chrétien, c’est s’efforcer de devenir disciple de Jésus. Il nous y appelle, de la même façon qu’il a invité des hommes et des femmes à suivre son enseignement et son exemple sur les routes de la Palestine.

Plusieurs récits d’Évangile relatent l’appel des premiers disciples. Les évangélistes Marc et Mathieu décrivent la scène en des termes à peu près identiques :

« Jésus marchait le long du lac de Galilée lorsqu’il vit deux pêcheurs, Simon et son frère André, qui pêchaient en jetant un filet dans le lac. Jésus leur dit : « Venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent. Jésus s’avança un peu plus loin et vit Jacques et son frère Jean, les fils de Zébédée. Ils étaient dans leur barque et réparaient leurs filets. Aussitôt Jésus les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers et allèrent avec Jésus. »[1]

Ce qui me frappe dans ce récit c’est, pourrait-on dire, la désinvolture de Jésus et l’acquiescement instantané des pêcheurs : Jésus passait par là … Il invite des hommes au travail à le suivre … Ceux-ci acceptent sur le champ, sans égard aux conséquences de leur geste. Est-ce de cette manière que Jésus m’invite à le suivre ? Son appel est-il si clair et si pressant que ma réponse se fasse spontanément, sans hésitation ?

Saint Luc, pour sa part, présente les choses d’une manière plus vraisemblable.[2] La décision des quatre pêcheurs est la même : « Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent ». Mais le contexte du récit permet de croire que leur décision est réfléchie, qu’elle s’appuie sur des observations et des considérations raisonnables.

En effet, ils ont d’abord écouté l’enseignement de Jésus qui, sur le bord du lac de Génésareth, transmettait la parole de Dieu ; ils ont fait confiance à Jésus qui les incitaient à retourner pêcher alors qu’eux, des pêcheurs professionnels, pensaient bien que c’était inutile ; ils ont fait preuve d’humilité devant une pêche inattendue et extraordinaire ; ils ont accepté de donner un sens nouveau à leur activité en devenant des « pêcheurs d’homme ».  

Mon propre cheminement de foi ressemble davantage à celui-là. Je suis frileux, je doute, j’ai besoin de temps. Avant de donner mon adhésion, de m’engager avec conviction, je dois me renseigner, écouter ce qu’on en dit ; je dois peser le pour et le contre. J’hésite … Mais Jésus connaît bien ma faiblesse humaine, il ne bouscule personne ; il fait signe seulement ; il attend.


[1] Évangile selon saint Marc, chapitre 1, versets 16 à 20 ; Évangile selon saint Matthieu, chapitre 4, versets 18 à 22.

[2] Évangile selon saint Luc, chapitre 5, versets 1 à 11.

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La foi chrétienne revisitée - René Guindon

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