Au cœur de la foi chrétienne se trouve l’idée d’un Dieu d’amour, d’un Dieu bienveillant qui ne veut que notre bonheur. Cette idée est parfois bien difficile à accepter.  Elle est sans cesse contredite par la souffrance que nous éprouvons dans notre vie personnelle et par la prise de conscience du mal qui existe dans le monde.  Si Dieu est bon, pourquoi tolère-t-il les injustices, la maladie, les crimes contre les enfants, la guerre, etc. ?  Pourquoi y a-t-il tant de personnes qui font le mal et à qui rien n’arrive, alors que tant d’innocents souffrent injustement ?

 Les humains de tous les temps se sont posé ces questions.  En particulier un auteur hébreu qui, pour en traiter, a imaginé un conte dont le personnage central est Job.[1] Homme juste et comblé de tous les bienfaits, celui-ci perd tout ses avoirs sans raison apparente : ses troupeaux de chameaux, de moutons et d’ânesses, sa maison et jusqu’à ses enfants. Il se retrouve affligé d’une maladie terrible, la lèpre qui le couvre des pieds à la tête. Vous l’avez peut-être vu dans l’imagerie populaire, nu et assis sur un tas d’ordures.

 Au début de ses malheurs, Job est admirable de sérénité : «Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris. Il faut continuer de remercier le Seigneur ! » (Jb 1,21). Pendant quelque temps, il accepte même la maladie sans se plaindre : « Si nous acceptons de Dieu le bonheur, pourquoi refuserions-nous de lui le malheur ? » (Jb 2, 10). Mais son courage finit par s’effriter.  Il en vient à questionner Dieu et ses agissements : «Pourquoi n’être pas mort dès avant ma naissance,
n’avoir pas expiré dès que j’ai vu le jour ? » (Jb 3,11). « Pourquoi fais-tu de moi une cible pour toi ? Serais-je devenu une charge pour toi ? (Jb 7,20) ».

 Sa femme et ses amis s’en mêlent.  Chacun y va de son idée sur le sens à donner à sa souffrance : c’est chacun son tour de souffrir ; on a ce qu’on mérite ; c’est ta faute, tu ne dois pas mener une bonne vie ; ton Dieu que tu disais si bon, que fait-il pour toi ? ; il faut gagner son ciel ; tu comprendras plus tard ; Dieu éprouve ceux qu’il aime … .

 Aucune de ces explications ne satisfait Job. Dieu lui-même, en fin de compte, reste muet sur les raisons de la souffrance qui afflige cet homme. Il se contente de rappeler sa nature divine « toute autre » et de souligner la vanité de l’intelligence humaine qui s’acharne à le comprendre.

 On pourrait trouver décevante la conclusion de ce récit. Elle est pourtant riche d’enseignement, comme l’exprime le Père Varillon : « Dieu n’explique pas le problème du mal. (…) Le mal n’est pas fait pour être compris mais pour être combattu ».[2]

 La foi chrétienne n’est pas une science ou une philosophie qui offrent des réponses aux questions concernant les choses et les événements du monde : elle est engagement dans un effort constant pour améliorer le sort des hommes et des femmes de ce monde.


[1] Le livre de Job 1-2

[2] Varillon, François. Joie de croire, joie de vivre, Bayard, 1981, p. 271.

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La foi chrétienne revisitée - René Guindon

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