J’étais un enfant pieux. Je ne pouvais m’endormir avant d’avoir récité une série de prières s’adressant à Dieu, à la Vierge Marie et à mon Ange gardien. Je m’arrêtais à l’église et en ressortais habité d’un sentiment que je ne savais décrire mais qui me remplissait de joie.

 Mon retour à la foi, après plusieurs années d’éloignement, a pris le chemin de la prière. Assis dans l’autobus, je débitais en boucle les bouts de prière qui revenaient à ma mémoire. Dites sans rime ni raison, ces paroles réchauffaient néanmoins mon esprit sortant de son long engourdissement.

 J’aime encore prier et je le fais régulièrement. Même si mes paroles s’adressent à Dieu, je ne prie pas avec l’intention de modifier chez Lui quoique ce soit. Dieu, tel que je le conçois, n’a pas besoin de ma louange pour flatter son ego ; il n’a pas besoin de ma gratitude pour se réconforter ; et surtout, il n’a pas besoin pour agir que je lui expose mes besoins, mes désirs et mes problèmes ni que je lui explique ce qu’il devrait faire pour moi ou pour les autres.

 Pourquoi donc est-ce que je prie ? Parce que la prière me transforme, moi, pas Dieu. En premier lieu, elle renforce ma foi. Si je prends la peine de m’adresser à Dieu pour le louer, le remercier ou le supplier, c’est parce que je crois en Lui. Ce qui ne veut pas dire que je le connais ou que je comprends sa manière d’agir. La prière me fait entrer dans le mystère de Dieu, elle met ma raison au repos et met à l’œuvre cette autre faculté humaine dont je dispose, mon esprit.

 La prière, surtout la prière de demande, me fait réaliser ce qui me manque, ce qui me fait défaut, ce qui me peine et me trouble. Voilà une bonne occasion de mettre de l’ordre dans mes priorités ! Est-ce que j’ai une part de responsabilité dans la maladie qui me diminue ? Est-ce qu’une compagne va réellement alléger ma solitude ? Comment est-ce que je vais dépenser cet argent que je souhaite si ardemment ? Pourquoi est-ce que je compte sur Dieu pour accomplir des choses qui, au fond, dépendent de moi principalement ?

 Ainsi, tout en exprimant mes besoins, la prière m’encourage à ne pas baisser les bras devant les difficultés. Mais elle fait plus encore : elle clarifie en moi le désir qui m’anime. Désir d’une vie meilleure, désir de progrès, désir d’avancement, désir de dépassement. J’y trouve des raisons d’aller de l’avant plutôt que rester sur place ; de préférer le bon au mauvais, la beauté à la laideur, la justice à l’injustice.

 Cet élan vital, ma foi chrétienne me porte à le croire, vient de Dieu. Et c’est dans la prière que je le trouve.

 En ce sens, la prière me fait vivre.

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La foi chrétienne revisitée - René Guindon

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