Je regrette, mais je dois reconnaître que je suis incapable d’aimer Dieu. Je veux dire aimer Dieu comme on aime sa femme, son enfant ou son chat ; aimer Dieu d’un amour sentimental. Essayez vous-même de dire, sans vous sentir ridicule, « j’ai de l’affection pour Dieu ». Moi, je n’y arrive pas, parce que Dieu, comme nous l’a appris notre petit catéchisme, est un « pur esprit ». Dieu est une réalité qu’on ne peut voir, sentir ou toucher. Il ne peut donc pas nous inspirer de sentiment.

 Pourtant, la religion nous rappelle avec insistance qu’« il faut aimer Dieu ». Dans l’évangile de Jean, Jésus lui-même en fait le premier et le plus grand commandement : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée ». Que signifie cette exhortation ? Comment peut-on aimer Dieu, me suis-je longtemps demandé ?

 J’ai trouvé réponse à cette question en me penchant sur le comportement amoureux en général. Celui qui aime prête attention à l’objet de son affection, il y pense souvent, tient compte de son avis, répond à ses désirs ; il évite de lui déplaire, il agit en fonction de ses attentes. Bref, quand on aime, on place la personne aimée au centre de sa vie. Elle devient le point central autour duquel gravitent nos pensées et nos actions.

 Aimer Dieu, pour moi, c’est cela. C’est essayer de tout mettre en œuvre pour faire ce qu’il attend de moi, pour réaliser le projet qu’il a pour moi. Et ce projet, je le connais. Dieu tel que je le conçois étant un Dieu bienveillant, un Dieu d’amour, il veut que je sois libre et heureux. Il veut que je contribue à la libération et au bonheur de mes semblables. Les actions qui en découlent ne sont pas motivées par l’amour que j’aurais pour Dieu mais plutôt par l’idée que je me fais de Dieu dans la foi.

 Aimer Dieu, ce n’est donc pas une affaire de sentiment. C’est une question de foi et d’engagement dans l’action humaine.

 Saint Jean l’exprime d’une façon on ne peut plus claire dans une de ses lettres :

« Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’ et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. »[*]

[*] Première lettre de saint Jean, chapitre 4, verset 20.

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La foi chrétienne revisitée - René Guindon

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