J’avais pourtant demandé au Petit-Jésus, une paire de patins à une lame en guise de cadeau.
Cette année là, je voulais célébrer le jour de Noël comme un vrai garçon… “Finis les patins à deux lames…Je peux maintenant patiner comme mes grands frères Gabriel et Anselme”.
Je venais d’avoir huit ans.

Cette nuit de Noel était pour moi le moment le plus précieux.
Les plus âgés étant pensionnaires,il s’agissait de la seule occasion durant toute l’année où nous pouvions nous retrouver,la famille au grand complet.

Au retour de la messe de minuit, nous étions tous là…papa, maman, mes quatre soeurs, mes deux frères et moi.

Les décorations multiples, l’activité fébrile ajoutaient encore plus de chaleur à l’ambiance déjà installée.
Au pied du sapin couvert de boules multicolores, de lumières scintillantes, de neige artificielle et de glaçons, reposait un petit village clôturé, rempli de jolies maisons illuminées de l’intérieur ainsi que de la ouate immaculée en guise de neige.

Au centre, dans une crèche, la Sainte-Vierge et Saint Joseph étaient penchés au dessus du Petit Jésus étendu sur une claie de paille.
Les Rois Mages, un petit âne admiraient la scène.
C’était tellement beau…tellement beau.
La distribution des cadeaux achevait et tout le monde était comblé, sauf moi…

Je comprenais dans ma petite tête que les moyens de papa étaient modestes mais coudonc…”Une paire de patins, ça doit quand même pas être la fin du monde”…!

La vue embuée, je regardais mon Petit Jésus avec reconnaissance malgré ma déception.

Je me réjouissais du bonheur évident des autres membres de la famille.
J’avais quand même eu un jeu de Monopoly et je souhaitais que le repas de Noël ne s’éternise pas trop afin de proposer à ceux qui le voudraient, de jouer une partie.

” A la table les enfants, la dinde est servie”… annonça maman. Je n’avais pas vraiment très faim mais j’allai m’asseoir aussitôt entre mes deux grands frères.

Comme à l’accoutumée, papa récita le bénédicité puis au moment de se rasseoir, il s’excusa de table:
– J’en ai pour deux secondes….
Toutes les têtes se retournèrent en direction de la grande chambre où papa venait de disparaître pour en ressortir aussitôt.
Il tenait dans ses mains, une boite de carton enrobée de papier bleu, blanc rouge.
L’idée que ça pourrait être pour moi ne m’effleura même pas.
– Excusez-moi, j’avais oublié un cadeau très important…Tiens mon petit Jean-Marie, c’est pour toi.
Je m’empressai d’ouvrir le plus beau cadeau de ma vie. Une paire de patins à une lame.
– Pas des C.C.M….papa? C’est trop! Puis en éclatant de joie. – C’est les plus beaux patins du monde!
Pour ajouter à mon bonheur indescriptible, mon frère Gabriel, l’ainé des garçons quitta la table quelques instants pour revenir avec un vrai hockey.
Mes larmes s’amplifièrent…c’était trop.
Je n’étais pas au bout de mes surprises.
Mon frère Anselme fit de même et revint avec un gros colis…très gros.
– Qu’est-ce que c’est encore? Comme si ma joie n’était pas déjà à son comble.
– Ouvre le…tu verras bien. Donne un coup de pied dans le papier.
Je m’empressai de m’exécuter et découvris un filet…des poteaux rouges et sur le dessus du filet, quatre belles rondelles au sigle du Canadien.
Il ne me manquait plus que le chandail.
Cécile, l’ainée de la famille, s’empressa de me remettre un autre cadeau.
– Tiens, comme ça, tu seras un joueur complet.
Un grand chandail du Tricolore avec le numéro NEUF.
Celui de mon idole, Maurice Richard.
Papa prit la parole:
Les patins sont de papa et de maman, le chandail est de tes grandes soeurs, Cécile, Rollande, Huguette et Suzanne. Joyeux Noël mon fils.
Je fis le tour de la table en embrassant tout le monde et en les étreignant de toutes mes forces.
– Merci…merci…encore merci.
Je n’avais plus faim du tout…mais pas du tout.
Trop de bonheur, trop d’émotions.
Mon plus beau Noël.

Avec les années qui se sont écoulées, je me rendis compte que ce qui reste de tous ces merveilleux moments, c’est l’attachement à ma famille…ces liens précieux que seule la mort peut briser…et encore!

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Jean Lapointe

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