J’avais toujours rêvé de me déguiser en Père Noël pour épater mes enfants.

Cette année là, vers le 20 décembre, j’ai loué un costume chez Ponton, le spécialiste des déguisements.

Le garage me servit de cachette pour le costume rouge, la longue barbe blanche immaculée, les grosses bottes noires, la tuque, etc…

Ma femme avait fait nettoyer le foyer et avait même engagé un ramonneur pour que je puisse entrer par la cheminée sans trop me salir.

Les petits étant en bas âge, le Père Noël entrerait par la cheminée avec sa poche remplie de cadeaux vers 21h., le 24 décembre.

Ce jour là vers 19h., Maryse, Jean-Marie, Catherine et Anne Elisabeth, après avoir pris leur bain quotidien se mirent au lit.
L’excitation, la hâte de déballer les cadeaux, les surprises n’aidaient en rien la venue du sommeil.
Seule Babette, la petite dernière, s’était endormie.

Je quittai la maison vers 20h. afin de préparer le plus beau Noël de nos trésors en lançant bien fort pour que les enfants entendent:
– Ma chérie, je pars maintenant puisque je chante à la messe de minuit. On m’a demandé de chanter le minuit chrétien.
Elle ne pût réprimer une remarque teintée de sarcasme
– Ca va être beau!
– Ben oui! Ben oui!
– Assure toi bien d’être de retour ici vers 21h. pour la distribution des cadeaux aux enfants qui furent si sages durant l’année.

Je pensai intérieurement que cette phrase ne prédisposerait pas mon fils Jean-Marie à un sommeil profond, lui qui était toujours un peu tannant.

Après avoir avalé une «couple» de gins pour ajouter un peu d’authenticité à mon personnage du Père Noël, je saute dans la voiture que je gare à quelques pas de la maison.

Sans faire de bruit, je m’introduis dans le garage avec pour seul éclairage, une lampe de poche dont les piles étaient fatiguées.
Heureusement que le garage était chauffé car j’y aurais attrapé mon coup de mort.
En caleçon, en camisole et ayant pour tout éclairage que la maudite «flashlight» qui ne cessait de faiblir, je me débrouillai quand même.
Pour les pantalons, la grosse chemise épaisse, les bas ainsi que les bottes, ça pouvait aller.
La difficulté énorme venait de la «câlisse»de barbe.
Le vendeur m’avait pourtant suggéré un élastique pour la tenir, mais comme je suis perfectionniste, j’avais opté pour de la colle.
– Ça l’air plus vrai.
– Ç’est à vous les oreilles m’avait-il répondu!
Je ne saisissais pas trop où il voulait en venir. Là, je comprenais.
La colle me donnait des nausées.
Le mélange de l’odeur de la «Crazy Glue» et du gin ne me convenait pas trop…
L’éclairage mitigé ne m’aidait pas davantage.
Je me demandais comment je décollerais ces bouts d’ouate qui commençaient à me brûler la peau.
Enfin, qu’est ce qu’un Père Noël n’endurerait pas pour faire plaisir à ses petits enfants…
HO!HO!HO!
Un nouveau Père Noël était né.

Après avoir vérifié dans la demi-obscurité si tout était parfait, je fonce.
Le ramonneur avait appuyé la grande échelle sur la cheminée pour me faciliter la tâche.
Avec mon courage et mon sac d’au moins cinquante kilos de cadeaux, j’oubliai mon vertige pendant les quinze premiers barreaux.
Je jetai un petit coup d’oeil au bas de l’échelle…
“Ouaie…ça commence à être haut en maudit” que je me dis.
Ayant glissé dans la poche arrière de Père Noël un dix onces de gin, j’avalai la moitié du flacon d’un seul trait.
Fallait bien que je me donne du courage puisque je souffrais de vertige.
“La maudite poche est beaucoup plus lourde que je le croyais”.

D’autant plus que la bordée de neige de la veille avait rendu les barreaux de l’échelle plus glissants que la glace du Forum immédiatement après le passage de la Zambonie.
J’en monte deux… J’en descends une… Ou est-ce le contraire… Je ne m’en souviens pas…et pour cause!
Enfin , j’atteignis l’entrée de la cheminée.

J’ai cru remarquer mes voisins, dans leur fenêtre qui riaient aux larmes.
J’ai fait comme si je ne les avais pas vus.
Je n’osais regarder en bas, de peur de me sentir attirer par le vide.
Je glissai donc une première jambe dans la cheminée, une deuxième, puis je m’agrippai aux briques pour descendre lentement.
Jusque là, pas trop de difficultés sauf qu’étant claustrophobe, je ne me sentais pas trop en sécurité.
Heureusement, je voyais les chenets dans l’âtre, une quinzaine de pieds plus bas.

Je souffrais de deux problèmes majeurs…
Mon premier était causé par le manque d’espace pour fouiller dans ma poche arrière pour y puiser le courage nécessaire afin d’atteindre mon but.
Le deuxième, c’est que la maudite poche qui me suivait dans la cheminée était trop grosse.
En plus de me cacher la vue du ciel, je devais tirer très fort pour la faire glisser.
Ma crise de claustrophobie augmentait.
Les mains moites, la sensation d’être prisonnier ne me plaisait pas beaucoup…
Les relents de colle et de gin n’amélioraient pas la situation non plus.

En bas, les enfants criaient à leur mère:
“Maman. Maman. Le Père Noël est dans la cheminée…Youppi!”
L’heure n’était pas à la chanson de Ferland…
“Fais du feu dans la cheminée, je reviens chez-nous”.
Tout ce temps là, moi j’étais coincé.
La «crisse» de poche ne voulait pas me suivre.
Les deux bras au dessus de la tête, je tirai de toutes mes forces sur les cordes de la poche.
Et vlan!

Elle me tombe dessus avec une violence inouie.
Le premier cadeau à parvenir de façon si délicate sur ma petite tête de con,…le camion de pompier destiné à mon fils.

Puisque c’était l’objet le plus lourd, ma femme avait pris bien soin de le placer au fond du sac.

J’entendis des sirènes et “bang”…d’un seul coup, me voilà le cul sur les chenets devant ma femme et les enfants étonnés de voir le Père Noël dégringoler de si violente façon.
-Ayoye donc «tabarnak»!
C’est Maryse, l’ainée, qui parla la première
– Maman. Le Père Noël sacre! Hon! On dirait papa!
– HO! HO! HO!…Joyeux Noël mes petits… Pour ce qui est des cadeaux, votre maman s’occupera d’en faire la distribution…O.K?…!
…HO! HO! HO!.

Je fonçai vers la salle de bain…
Le «câlisse» de «truck» de pompier m’avait fait une entaille sur le dessus du cräne. En enlevant la tuque, je me rendis compte que je saignais comme un cochon…ben… un petit cochon.

Il fallut faire venir le médecin.

En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, il était chez-nous. Il nettoya ma plaie et m’organisa tant bien que mal le “caillou” avec un pansement…

– Combien je vous dois docteur?
– Rien du tout …juste à vous voir monter l’échelle avec votre poche tout à l’heure…ça valait deux cents piastres”.
Ça devait être son prix habituel.

Le temps de me nettoyer, d’enlever le costume, je retournai dans le garage pour récupérer mes vêtements.
J’entrai à la maison par la porte principale en prenant bien soin de garder mon chapeau pour que les petits ne découvrent pas la supercherie.

– Excusez-moi les enfants, si je suis en retard, j’ai eu un petit accident après la messe.
Et mon fils Jean-Marie lança…
– Papa, t’es pas tombé dans une cheminée toujours?
Je comprenais qu’il ne croyait plus au Père Noël.

Le lendemain matin, je me posais une seule question relativement à mon mal de tête.
“Est ce le «truck» de pompiers ou le gin qui pénalisaient le Père Noël de la sorte.

Le surlendemain, chez Ponton, le vendeur m’accueillit avec un beau sourire:
– Vous avez beaucoup de boutons sur le visage. La prochaine fois essayez un élastique,vous verrez. C’est plus simple.
– Il n’y aura pas de prochaine fois… C’est à moi…les oreilles!

Avant de retourner à la maison, je n’ai pas résisté à la tentation.
Je téléphone et, avec ma voix “«errée» je fredonne à ma femme:
“Fais du feu dans la cheminée, je reviens chez-nous…”
– Laisse tomber…j’aimerais mieux que tu me chantes ton fameux Minuit Chrétien…Il me semble que ce serait beaucoup plus drôle… Et elle raccroche!

N.B. A tous ceux et celles qui lisent mes petits papiers et qui m’écrivent pour les commenter,je tiens à vous remercier et à vous souhaiter un bon Noël et une très heureuse année!

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Jean Lapointe

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