Mon ami Alcide est toujours aussi original….
Nous sommes le 6 juin 1996.
Juin est le sixième mois de l’année.
Il est autour de 18 heures (six heures dans notre langage à nous.) Ma Cécile à moi prépare le souper lorsque, tout à coup, on sonne à la porte.

-Est-ce qu’il te reste une couple de bières?
-Ah ben, si c’est pas mon ami Alcide. Certain’ment. Il m’en reste plus qu’une couple. Quel bon vent t’amène?

-Débouche moi-z’en deux, pis je vais tout te raconter.

Après lui avoir ouvert ses deux petites Molles, il m’explique que c’est sa Cécile à lui qui lui a suggéré de venir me voir parce que, lorsqu’il commence à être un peu feeling, elle aime mieux qu’il vienne me raconter ses problèmes à moi plutôt que de l’entendre radotter ses niaiseries.

Comme elle sait que je ne bois plus, elle préfère me me le confier en espérant que j’aurais une certaine influence sur sa consommation un peu demesurée de petites bières.

J’ai beau lui expliquer qu’Alcide n’est pas un alcoolique, qu’il aime bien en prendre quelques unes et se mettre un peu chaud à l’occasion, mais il y a une différence entre ça et être alcoolique.

Après avoir avalé une bonne gorgée, soit la moitie de la bouteille, il débute son histoire.

-Tu ne me croiras pas, mais ce matin, je me suis réveillé en sursaut.
J’étais tout trempé. Probablement que j’avais fait un mauvais rêve. En tecas. Je regarde l’heure. Six heures pettant.

Je vide mes poches et compte mon argent. J’ai exactement six cent soixante six piastres.

Je me dis…six heures du matin, nous sommes le six juin 96.
Je vois des six partout.
Je prends ma douche. Bang! Il y a six savons éparpillés dans les petits savonniers…

-Ciboire, comment ça se fait… Puis je réalise que dans le mot ciboire il y a un six.
Y’a quelque chose dans l’air…
Je m’habille et je m’en vais à ma shoppe.

Le gros Émile a quitté son emploi hier. Nous ne sommes plus que six à la shoppe!

À la fin de la journée, je téléphone à ma femme pour lui parler de toutes ces coincidences. Elle me suggère de te raconter tout ca…

Qu’est ce que tu en penses?

-Tu vois bien Alcide que c’est dans les astres. C’est ta journée chanceuse. Finis ta deuxième bière et on s’en va aux courses.

Direction Blue Bonnets…

Chemin faisant, entre Sherbrooke et Montréal, il me dit.

-Je pense que je vais parier sur le numéro six dans toutes les courses.
-Es-tu fou? Attendons la sixième. Là on mettra tout le paquet sur le six.
Comme par hasard, je découvre que j’ai six billets de cinquante dans mes poches.
-Tu vois. On ne peut pas manquer. C’est officiel.

On arrive en retard pour la première et, naturellement, c’est le six qui gagne. Il paie un bon prix.

Le six fini dans les trois premiers dans les cinq premières courses.

J’ai insisté auprès de mon ami.

-Il ne faut pas changer notre plan d’attaque Alcide. On a décidé d’attendre la sixième…

En babounant un peu, il me répond.
-T’as décidé. Pas moi. Si j’avais parié le six depuis le début, j’aurais fait une petite fortune.
-C’est toi qui es venu me voir pour me demander conseil. Je t’ai fait une suggestion. Tenons-nous en à notre tactique.

Arrive la sixième course. Lors de la parade des chevaux, le numéro six est fringant comme c’est pas possible.
-Ça s’annonce bien. Il cote 6 contre 1 dit Alcide.

Si Alcide investit son six cents dollars et moi mes six billets de cinquante, nous devrions empocher tout près de cinq mille dollars! Pas si mal pour un six juin 96.

La course se déroule comme prévu. Le six fait tout le mille derrière le trois et, comme le trois a l’habitude de faiblir dans le dernier droit, le six va gagner pour le fun comme disent les habitués…

Comme de bonne, le six a fait le tour du trois à quelques mètres du fil d’arrivée et gagne par… six longueurs.

Alors qu’on attend pour encaisser nos billets gagnants, l’annonceur maison crache au micro qu’il y a enquête sur la course.
Le numéro six aurait fait obstruction envers le numéro huit au moment du départ.

-Qu’est-ce qui arrive?.

-Ferme toé, dit Alcide. L’annonce officielle s’en vient.

“Mesdames, messieurs, après avoir examiné le film de la course, le numéro six est disqualifié et classé sixième pour interférence envers les numéros 4-5-7-8-2 au départ de la course.”

Dégrisé par le choc, Alcide prend le volant de sa belle Mercedes au retour vers Sherbrooke.

Il ne dit pas un seul mot pendant le trajet sauf qu’en arrivant près de Magog, il me lance…

-C’était dans les astres que tu m’as dit. Ben moi je te dis que c’est un désastre.

Et il ajoute.
-Il va faire frette en maudit avant que je retourne aux courses avec toi.
Nous y sommes retournés le six janvier 1997.
Il faisait moins six degrés Celcius.

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Jean Lapointe

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