Un soir de la semaine dernière, autour de onze heures du soir, le téléphone sonne. Qui peut bien avoir l’audace de m’appeler au plus profond de mon sommeil.
D’un voix sèche qui ne cache pas mon mécontentement: ALLO!

-Jean, c’est ton ami Alcide, je suis au Club des Quatre As avec Reynold… Nous aimerions présenter ton spectacle ici jeudi prochain, et on peut t’offrir 10 000$ pour un spectacle d’une heure à la condition que tu viennes avec tes musiciens, Jérome Lemay et ta fille Anne Élizabeth. Autrement dit, ton show habituel.
Même endormi, je ne peux refuser une telle offre.
– Disons que j’accepte en principe. Je te rappelle demain pour confirmer le tout.
Puisqu’il est un peu en état d’ébriété, je ne veux pas prendre de chance.
– Tu sais bien que je n’ai qu’une parole. C’est oui où c’est non? Reynold veut une réponse immédiatement. Il veut vendre les billets à ses membres le plus rapidement possible.”
– OK Alcide, puisque t’es mon ami, je te dis oui tout de suite.
– Merci ben mon Jean. On va passer une maudite belle soirée.
Le lendemain, je confirme le tout avec mon impressario qui prévient mon équipe.
Jeudi soir, je me rends au Club des As autour de sept heures afin de m’assurer que tout est dans l’ordre.
Le son, l’éclairage etc.
À mon grand étonnement, il n’y a que le responsable de nuit dans l’établissement.
-Comment se fait-il qu’il n’y a pas personne d’arrivé?
Il me répond que toute l’équipe accompagnée d’Alcide sont sortis manger et qu’il les attend vers neuf heures.
Je trouve la situation un peu curieuse mais je patiente avec un café. Je me dis quand même que c’est rare qu’une situation semblable se produise mais comme il s’agit d’un club à Chartre, tout est possible puisque le spectacle doit débuter vers onze heures.
Vers neuf heures moins quart, je me dirige sur la scène…si on peut appeler cette plate-forme une scène et je découvre une grosse pancarte blanche déposée sur le piano.
Elle est énorme et évidemment, je ne peux m’empêcher d’y lire… POISSON D’AVRIL JEAN LAPOINTE. Inutile d’aller m’informer au gardien de nuit, il est sûrement de connivence.
Je téléphone à mon impressario et il admet avoir participé à ce tour pendable que je ne trouve pas drôle sur le coup.
Au moment de récupérer ma guitare sur la scène, j’entends des rires venant d’une petite salle adjacente.
La porte s’ouvre et mes amis Alcide, Reynold, Johnny et compagnie, le sourire fendu jusqu’aux oreilles me lancent en choeur.
“POISSON D’AVRIL”…
– Ah mes enfants de nénannes…vous m’avez bien eu.
Alcide prend la parole et d’une voix mieilleuse déclare solennellement:
– Puisque tu ne viens jamais nous voir au club des As, on a trouvé une manière de te faire passer une soirée avec nous…bienvenue mon Jean.
J’étais en beau fusil mais doucement ma colère a fait place à une attitude de beau joueur.
En quittant le Club de As, je me suis promis de me venger au centuple.
Je vous tiendrai au courant.
Mon plan est déjà tout tracé.

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Jean Lapointe

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