L’élection aujourd’hui d’un gouvernement de centre-gauche en Australie est une bonne leçon de réalisme politique pour le PM Stephen Harper. Le nouveau PM est Kevin Rudd, chef du parti travailliste.

J’ai suivi de près cette élection, car j’avais l’impression que c’était une fenêtre sur ce que pourrait être la prochaine élection fédérale au Canada. Depuis son élection, à la tête du Canada, le PM Harper a calqué de près les politiques du PM australien défait, John Howard. Comme ce dernier, notre PM a suivi aveuglément les politiques de GW Bush, le président américain.

Guerre en Irak, en Afghanistan, réchauffement climatique, Kyoto : même position, même raisonnement, même obstination, même isolement par rapport à la communauté internationale. Howard était imbattable. Pendant douze ans au pouvoir, il a fait la pluie et le beau temps à la tête de son pays car sous sa gouverne l’Australie a connu une économie forte qui, grâce une croissance importante durant les dix dernières années, a débouché sur de bas niveaux records du taux de chômage. Son erreur fut l’environnement. Il n’a pas voulu reconnaître que son pays austral en souffre de plus en plus. Il disait vouloir protéger l’économie du pays (tout comme Bush et Harper) tout particulièrement les mines de charbon. Et ajoutait, pour rejeter Kyoto, que le réchauffement climatique n’était pas de main d’homme mais un phénomène naturel.

Le peuple australien ne le voit plus ainsi et le nouveau PM Kevin Rudd a promis de signer le protocole de Kyoto. Les Australiens croient les experts et les scientifiques internationaux qui ont remis récemment à Ban-Kimoon, secrétaire général des Nations Unies, un rapport important et fort inquiétant sur la situation actuelle de la planète en rapport avec l’évolution rapide de son réchauffement dûe à l’homme.

Je vois, dans l’échec d’Howard, une leçon importante pour le PM Harper. Ce dernier est tellement sûr de sa réélection qu’encore hier, à la réunion du Commonwealth en Ouganda, il a été le seul, ou presque, à ne pas vouloir accepter une résolution reconnaissant les dangers du réchauffement climatique et l’importance pour les gouvernements du Commonwealth d’agir vite en imposant des contraintes pour atteindre les objectifs de Kyoto. Il continue d’ailleurs au Canada à aller à contre-sens de ces objectifs et son ministre de l’environnement bouscule à gauche et à droite ceux qui veulent lui faire comprendre le bon sens.

Le PM Harper continue de favoriser le développement rapide des sables bitumineux de sa province d’Alberta même si les procédés actuels d’extraction du pétrole de ces sables requièrent deux barils de pétrole pour l’énergie requise pour en produire trois. Il est obnibulé par la richesse que connaîtront les Canadiens, nous tous, mais surtout les Albertains, Nous serons « méga-riches » dit-il. Et c’est avec cet argument qu’il refuse de tenir compte du fait que cette opération contribue énormément au réchauffement climatique et est en définitive un danger pour tous.

Le PM Harper croit qu’avec Stéphane Dion, à la tête du parti libéral du Canada, sa réélection est dans le sac. Je lui dis: Attention !

Premièrement, Dion n’est pas un deux de pique. Il a dirigé avec un brio hors de l’ordinaire, reconnu par la gente diplomatique internationale, la conférence de Montréal des Nations Unies sur le réchauffement climatique.

Deuxièmement, il a gagné le leadership du parti libéral du Canada alors que tous les observateurs, sans exception ne lui donnaient même pas une chance d’arriver troisième.

Troisièmement, Dion est intelligent, solide intellectuellement et sait débattre (il l’a démontré clairement contre l’ex PM québécois Lucien Bouchard, il y a quelques années lors d’un débat à la télévision).

Mais plus important encore, Stéphane Dion est reconnu pour sa défense sensée de la cause de l’environnement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les membres du parti libéral l’ont finalement choisi pour être leur chef. Dion et vert, çà rime ! Et aujourd’hui, en politique, ça compte ! Les Australiens viennent de nous le démontrer. L’économie, c’est une chose. La survie, c’en est une autre !

Donc, le PM Harper doit modifier son tir. Même s’il se débrouille bien dans plusieurs domaines et même s’il a les qualités importantes d’un leader national dont celle de l’intégrité, je pose la question : est-ce suffisant à ce moment-ci de notre vie politique ? Je dis, non ! Il n’est pas le seul chef intègre et malgré tout ce que l’on reproche à Dion, on ne peut l’accuser de ne pas être un homme honnête. Au contraire, il représente l’intégrité incarnée.

L’environnement, c’est le demain des générations futures. Les Canadiens et les Québécois, le ressentent de plus en plus et je crois qu’ils placeront cette politique, qui devient de plus en plus importante et majeure, dans le plateau de la balance de leur prochain choix électoral. Tout peut arriver.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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