Pierre-Karl Péladeau vient d’accéder au poste de président du conseil d’administration d’Hydro-Québec. C’est une bonne nomination.

Fils de l’unique Pierre Péladeau, homme d’affaires et fondateur de Québecor, il en a gardé le sens des affaires et la sensibilité nationaliste. L’argent en plus, évidemment. Depuis son arrivée à la tête du “Groupe Québécor Inc.”, PKP en a fait l’un des plus importants conglomérats dans le domaine des médias au Canada.

Avocat, philosophe, il a le flair des affaires. Jeune, il s’occupe du développement des imprimeries de l’entreprise et à la mise en place de la papetière Donahue alors filiale de Québecor. Suite au décès de son père, il acquiert la Corporation Sun Media et voit Québecor se hisser au 2ième rang des groupes de presse canadiens. Devenu président et chef de la direction, il a la vision de réunir télécommunications et divertissements et de les faire converger avec ses autres entreprises pour que chacune d’elles en profite.

Moins jeune, André Chagnon, propriétaire de Videotron, premier câblodistributeur au Québec et 3ième au Canada, décide de vendre son entreprise à la compagnie ontarienne Rogers, 2ième au pays. Une entente est faite au grand dam des dirigeants de la Caisse de dépôt et de placements du Québec. Ces derniers recherchent une entreprise québécoise capable de garder le centre décisionnel de cette importante compagnie de câble et de télévision de langue française au Québec et leur choix s’arrête sur Québecor. La bataille est dure car Rodgers veut faire respecter son entente et ne lâche pas le morceau. Finalement, la Caisse et Québecor s’unissent et gagnent la bataille après avoir déposé une offre impensable et finale de 5,4 milliards $, devant la presse financière du pays qui s’insurge contre les procédés « tribaux » utilisés pour écarter Rogers. Elle a raison mais rien ne change.

Sans la Caisse, qui a déposé au moment de l’achat 2,5 milliards $, PKP n’aurait jamais pu acquérir Videotron. Plus tard, elle a investi 650 millions $ additionnels. Pour ses dirigeants, ce n’est pas strictement une question d’affaires car ils sont motivés par un certain nationalisme économique. Pourtant le mandat de la Caisse est de bien gérer les fonds de pensions des Québécois et pour se faire de les investir le plus judicieusement possible. Jusqu’à aujourd’hui, la Caisse a perdu en fait plus de 2 milliards dans cette affaire car elle aurait pu acheter des obligations à rendement supérieur. Par contre, les emplois Videotron ont été protégés et la compagnie a grossi.

Depuis toujours, PKP démontre sans gêne sa fierté d’être québécois. Certains le qualifient de « nationaliste sans teinte politique ». D’autres ajoutent qu’il est un conservateur modéré. Les séparatistes le disent séparatiste. Les hommes d’affaires croient qu’il vise à voir le Québec jouer un rôle important au Canada et aux USA. Je crois qu’il faudra attendre le tenue d’un autre référendum sur la séparation du Québec de l’ensemble canadien pour le savoir vraiment. Une chose est certaine, avec les acquisitions de Videotron et TVA, auxquelles il a ajouté Osprey Media, l’un des plus importants éditeurs au pays, PKP dirige une entreprise gigantesque qui peut devenir fort importante pour le développement du Québec. Québecor a tout en main pour rencontrer la vision de son président Pierre-Karl Péladeau.

En 10 ans, Videotron est transformée en une compagnie d’excellence. Tout est d’avant-garde Tout est bien fait, et on ne peut trouver de clients plus satisfaits. Son résultat financier en fait « la locomotive » de Québecor et lui assure « 70% de ses bénéfices ».

La nomination de PKP, qui a 51 ans, vient quelques jours après avoir annoncer qu’il quittait la présidence et la direction de Québecor pour les confier à des subalternes fiables afin de se libérer et avoir le temps de mûrir, de définir « les grandes orientations stratégiques futures des activités de télécommunications et de médias » dans un monde où elles évoluent si rapidement.

Évidemment, PKP n’est pas sans reproche. Il a été un patron qui a imposé un lock-out par année durant 14 ans. On souligne que sans le gouvernement, ses entreprises n’auraient pas eu l’envol qu’elles ont connu. On rappelle qu’encore aujourd’hui, contrairement à la famille Molson à Montréal, il se dit incapable de construire un amphithéâtre pour le hockey professionnel à Québec sans obtenir 200 millions $ en octroi du gouvernement québécois. Enfin, certains craignent que l’empire médiatique de PKP manifeste de la gratitude dans ses médias au profit de la PM Marois et de son parti politique comme reconnaissance de sa nomination à la tête du CA de l’HQ, etc..

Ces questions et craintes légitimes ne font pas l’unanimité et sont, à mon point de vue, insuffisantes pour empêcher des individus, dont la compétence et le sérieux ont été clairement démontrés, de servir à des postes importants de sociétés gouvernementales. C’est ce qu’est Pierre-Karl Péladeau avec sa forte personnalité, ses qualités d’homme d’affaires et de vision.

La PM Marois, du temps qu’elle était chef de l’opposition officielle à l’Assemblée Nationale, dénonçait l’ex-gouvernement d’avoir « la filiation partisane comme critère de sélection ». Elle n’est pas gênée de faire de même depuis qu’elle a le pouvoir. Je sais qu’il est reconnu comme normal qu’un parti au pouvoir veuille nommer des amis à des postes importants comme « courroie de transmission pour la mise en place de ses priorités », mais c’est une approche qui demeure injuste si la compétence n’est pas le critère principal d’embauche.

À ce jour, ses nominations sont acceptables sauf celles à la Commission d’enquête sur la formation de la main-d’œuvre et l’assurance-emploi, comme je le soulignais dans mon billet précédent. Mais voilà qu’elle vient de désigner l’ancien député péquiste Sylvain Simard au poste de président du conseil d’administration de la Société des alcools du Québec (SAQ). Ce dernier, ex-professeur, était le moins compétent sur la liste des prétendants. Il n’a aucune compétence dans le domaine du marché au détail ni dans la direction d’une entreprise. Il a été un bon député mais son accès à la tête de cette importante société commerciale est injustifiable et n’aide pas le Québec.

Ce n’est pas le cas de Pierre-Karl Péladeau qui saura bien diriger l’Hydro-Québec, la développer, la protéger, stimuler sa productivité et accroître ses profits. C’est un bon choix.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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