Le PM canadien Stephen Harper et son gouvernement conservateur viennent de déposer un budget révisé à la Chambre des Communes où les députés seront appelés la semaine prochaine à l’adopter. J’ai été surpris de constater que ce document n’est pas à la hauteur des dangers qui nous menacent. Pour se défendre de son inaction, le ministre des finances promet que les vraies mesures feront parties du budget de la prochaine année financière du gouvernement.

Ce qui est surprenant dans le document déposé est que le gouvernement conservateur veut éliminer immédiatement les subventions annuelles de l’État versées aux partis politiques pour financer leurs activités. C’est une économie de 27 millions de $. Ce montant est ridicule comparé aux 400 millions de $ qu’Harper vient tout juste de dépenser inutilement en imposant la dernière élection générale simplement parce qu’il voulait obtenir une majorité parlementaire. Il ne l’a même pas eue et les Canadiens sont revenus à la case de départ plus appauvris.

Cette décision machiavélique du PM fera très mal à ses adversaires politiques. Le parti Libéral du Canada perdra 8 millions de $, le NDP 5 millions $, le Bloc Québécois 2,5 millions de $, et les Verts 1,8 millions de $. Tous ont besoin de ces montants pour maintenir en opération leur secrétariat, leur département de recherches et suffire aux dépenses de voyagement du chef et des autres principaux leaders de leur formation. Il est grand le Canada et tous sont en dette suite à la dernière élection générale. Le parti Vert ne pourra continuer. Quant au Parti Conservateur qui perdra 10 millions de $, il n’a pas de dette et ses coffres sont remplis à craquer.

C’est l’ex-PM Jean Chrétien qui a changé la loi du financement des partis. Avant, les partis devaient trouver les fonds eux-mêmes et il n’y avait pas de limites aux dons qu’ils pouvaient recevoir. La nouvelle loi les limite maintenant à $5,000 alors que jadis les banques contribuaient 75,000 $ et plus à chacun des grands partis. Les grandes corporations et les entrepreneurs importants y allaient aussi de grosses contributions. Chrétien a voulu assainir tout cet aspect de la politique et a instauré le financement des partis par l’État. C’était une mesure de saine démocratie qui visait en plus à éliminer les réseaux d’influence malsains qui bénéficiaient de faveurs liées directement à l’importance de leurs contributions comme ce fut le cas avec le scandale des commandites.

Le Parti Progressiste-Conservateur du Canada n’a pas eu de problème avec la loi Chrétien car durant le règne du chef Robert Stanfield, il avait instauré, durant les années ’70, un système de sollicitation de fonds par la poste qui s’avéra à la longue des plus payants. J’ai été nommé par le chef qui suivit, Joe Clark, vice-président du Fonds PC du Canada qui avait la responsabilité des finances du parti PPC et j’ai donc pu apprécier de près l’efficacité de ce système de collecte de fonds. Les débuts ont été difficiles car il s’agissait de dresser une longue liste de donateurs prêts à contribuer régulièrement, sur demande, de petits montants pour aider le parti.

Le Fonds PC achetait alors constamment des listes d’adresses de Canadiens venant de toutes sortes d’organisations nationales, provinciales ou locales et sollicitait par la poste toutes les personnes dont les noms figuraient sur ces listes. On parle de centaines de milliers de noms. Une petite fraction de ces gens répondaient, contribuaient et chacun d’eux devenait automatiquement membre de la liste des donateurs au parti. Aujourd’hui, des milliers de personnes figurent sur cette liste et répondent positivement aux appels du parti. D’autant plus qu’une loi permet qu’une partie des contributions soit déductible des impôts. C’est très efficace et fort rémunérateur. Le PC d’aujourd’hui a cet avantage sur le parti libéral car il a commencé dans les années ’70 à établir son système tandis que les libéraux débutent à peine suite à la loi Chrétien. Lorsque le réformiste Stephen Harper a fusionné son parti avec le PPC pour devenir le parti Conservateur du Canada, il a mis la main sur le système de sollicitation par la poste (devenue aussi par internet) du PPC. Ajouté au système de financement populaire de l’ex-Reform Party, le PC a depuis tout l’argent qu’il veut.

La décision du PM Harper de couper les fonds aux partis politiques est un geste antidémocratique car il sait très bien que ses adversaires auront des difficultés immenses à survivre, d’autant plus qu’il est reconnu que les partis d’opposition reçoivent beaucoup moins d’argent des contributeurs que le parti au pouvoir. C’est justement la raison d’être des lois de financement de partis qui visent à égaliser les chances de chacun. Le PM Harper profite de la situation avantageuse de son parti pour nuire considérablement aux autres partis tout en implantant son idéologie de droite. C’est malhonnête. Sa décision va à l’encontre de ce qui est recherché aujourd’hui : elle ajoute au chômage car les partis devront couper du personnel alors que les nouvelles mesures politiques doivent injecter des fonds pour créer des emplois.

Le PM Harper croit que les partis d’opposition sont coincés car il estime qu’ils ne voudront pas le renverser et imposer une nouvelle élection générale aux Canadiens. C’est vrai que nous ne voulons plus d’élection pour un bon bout de temps. Mais il y a une autre solution. Si le gouvernement est battu en Chambre et démissionne, la Gouverneur Général peut choisir un autre parti pour former un gouvernement. Vu les circonstances de la crise économique qui s’aggrave, les progressistes (le parti libéral et le NDP) pourraient s’unir pour former une coalition et la Gouverneur Général faire appel à cette nouvelle entité pour diriger le pays. Même plus, pourquoi le Bloc Québécois n’en ferait-il pas partie? Ce sont tous des députés du Québec et ils peuvent sûrement suspendre leur idéologie séparatiste, pour une période de temps, à cause des effets de l’économie mondiale sur les Québécois et entrer dans cette coalition où ils trouveraient sûrement place pour leurs idées.

Ce n’est pas facile d’être conservateur ces jours-ci.

Claude Dupras

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