On sait rarement si un candidat à la chefferie de son parti pourra devenir un leader politique capable de gagner une élection et de bien diriger le pays. Ayant assisté à quelques congrès de leadership, j’ai constaté qu’un très grand nombre de délégués avaient tendance à se baser, pour faire leur choix, sur des critères politiques, laissant de côté l’image projetée par les candidats. Parmi les chefs choisis, politiquement compétents mais sans charisme, rares sont ceux qui ont pu se faire accepter par l’électorat. Parmi eux, on retrouve Robert Stanfield du Parti Progressiste Conservateur du Canada, Stéphane Dion et Michael Ignatieff du Parti Libéral canadien qui subirent des défaites électorales retentissantes et durent démissionner. Par contre, des Pierre Elliott Trudeau et des Brian Mulroney allièrent les deux facettes, politique et charisme, et devinrent de grands premiers ministres réélus maintes fois. La réalité est que la politique est aussi un commerce d’images et d’illusions. La clef du succès d’un parti est là.

Voilà le défi des 140 000 membres-votants du Nouveau Parti Démocratique du Canada (NPD), qui doivent élire un nouveau chef le 24 mars prochain pour remplacer le « bon Jack » Layton décédé prématurément quelques mois après l’élection générale fédérale de mai dernier. Ce ne sera pas une mince tâche pour ces membres de trouver le bon successeur puisque sept candidats briguent les rangs et plusieurs d’entre eux sont reconnus pour leur compétence.

Pour ce choix, aux facteurs politique et image doit s’ajouter celui du bilinguisme. En effet, il est primordial que le prochain chef possède bien la langue française puisque le Canada est officiellement bilingue et qu’une majorité des députés néo-démocrates sont québécois.

Parmi les candidats, on retrouve Thomas Mulcair.

Né en Ontario d’une mère francophone, descendant d’Honoré Mercier, élevé au Québec, étudiant des Sciences sociales à Montréal, diplômé en droit de McGill, il a enseigné au campus du collège Champlain et à l’université du Québec à Trois-Rivières, présidé l’Office des professions du Québec et le conseil scolaire catholique anglophone. Comme avocat, il s’est spécialisé dans les causes linguistiques.

En 1994, il joint les rangs du parti libéral du Québec. Il est élu député de Chomedey à l’Assemblée nationale du Québec et réélu en 1998 et 2003. Porte-parole en matière de justice et de commerce, il devient leader-adjoint de l’opposition officielle et laisse sa marque. En 2003, nommé ministre du développement durable, de l’environnement et des parcs, il propose une politique environnementale moderne et appuie le protocole de Kyoto, mais s’oppose au projet d’une nouvelle centrale thermique au gaz naturel d’Hydro-Québec et à la privatisation du parc national Mont-Orford, projets appuyés par le gouvernement. Certains affirment qu’il démontre alors un manque de solidarité avec ses collègues, qu’il est un loose canon. Pourtant, il a toujours été loyal. Il démissionne de son poste de ministre en 2006, refuse d’être candidat libéral à l’élection de 2007 et quitte la politique provinciale. C’est la réponse à ses détracteurs qui démontre ainsi qu’il est en fait un homme de principes.

Mulcair est aussitôt approché par les partis fédéraux qui l’invitent à se joindre à eux. Sa sensibilité politique, compatible avec celle du NPD, le pousse dans cette direction. Il joint le parti et devient candidat à une élection partielle qui se tient dans le comté d’Outremont. Tous les observateurs qualifient sa candidature de « mission impossible » car le comté Outremont a toujours été fortement libéral. Surprise, Mulcair est élu avec une avance de 20 % et devient le seul député NPD au Québec. Jack Layton le nomme chef-adjoint du parti et son lieutenant au Québec. Il est réélu à l’élection de 2008, toujours seul député de son parti. En 2011, avec le « bon Jack » ils créent une vague exceptionnelle au Québec où le NDP fait élire 59 députés. Du jamais vu !

Il a 57 ans lorsque le « bon Jack » meurt. Sa vie politique comprend, à ce moment-là, treize ans comme député à Québec et cinq ans à Ottawa. Il a été leader-adjoint de l’opposition officielle libérale, ministre à Québec et chef-adjoint du NPD à Ottawa.

Sa longue expérience, sa bonne réputation et son approche de progressiste le poussent à être candidat pour devenir le nouveau chef du NPD. Nous en sommes-là !

Thomas Mulcair est éloquent, impressionnant, convaincant, a une physionomie ouverte et possède un charisme naturel. Il est parfaitement bilingue, excellent communicateur et démontre une compréhension des enjeux. Certains de ses collègues le qualifient de visionnaire. C’est un homme de famille avec deux enfants. Son image publique est bonne. Il passe bien la rampe, est bon à la télé et s’exprime clairement et précisément. C’est un homme de vérité qui peut devenir parfois un peu tranchant mais qui est généralement charmant et attrayant.

Bon debater, il est toujours bien préparé et sait reconnaître le nœud de chaque question. Sensible aux problèmes de chacun et aux revendications de la population, il estime que la démocratie sociale est une bonne voie pour agir. Pragmatique, il aime l’action pratique et sait reconnaître une bonne idée sans nécessairement considérer si elle est de droite ou de gauche. Pour lui, ce qui est vrai réussit. Il se retrouve souventes fois plus près du centre du spectre politique, un peu désaxé par rapport à la position normale centre-gauche du NPD qu’il espère faire bouger afin qu’il soit en mesure d’attirer plus d’électeurs. Son ambition est de faire du NPD un parti moderne et moins dogmatique pouvant assurer une bonne gouvernance du Canada. Il sait, pour ce faire, qu’il devra « frapper le clou sur la tête » en proposant des idées modernes, des politiques qui collent à la réalité et être en mesure de les faire accepter par une majorité d’électeurs.

C’est un leader. Un vrai. Et cela, il l’a démontré par son travail au Québec. Je ne veux pas ici lui donner tout le crédit de l’impressionnante victoire québécoise du NDP de mai dernier. Au contraire, car cet évènement extraordinaire a été réalisé par Jack Layton et le mérite lui revient. Mais Thomas Mulcair a su bien l’appuyer, le conseiller, planifier, recruter… De plus, il a su motiver une nouvelle génération de Canadiens à participer aux affaires publiques. Jamais, comme député québécois, il a désappointé, fait une erreur tactique ou prononcé des paroles qui auraient pu nuire au parti. Au contraire, chacune de ses sorties, à la Chambre des Communes et à l’extérieur, a été bien rapportée et reçue positivement par l’opinion publique. Travaillant dans l’ombre du « bon jack », si on peut dire cela, il a su préparer le terrain pour son chef.

Aujourd’hui, Thomas Mulcair est, de toute évidence, prêt à diriger le NPD. Je suis convaincu qu’il sera un chef solide capable de redynamiser le parti et lui redonner un nouvel élan dans la trace laissée par son prédécesseur. Il saura diriger l’opposition officielle à la Chambre des Communes pour qu’elle soit à la hauteur de l’intérêt supérieur du pays en exécutant son rôle de critique, de façon efficace, honnête, positive et inlassable sur les agissements des Conservateurs et des lois présentées par leur gouvernement.

J’ai le sentiment que Thomas Mulcair saura persuader les Canadiens et les Canadiennes de le suivre et d’élire des députés NPD. Ils découvriront un homme politique sérieux avec une profonde connaissance de la politique canadienne, un charisme entraînant et le potentiel de devenir un bon Premier Ministre canadien.

À ce jour, il a fait une campagne au leadership positive et sans attaques contre les autres candidats et ses propositions politiques ont été précises et le caractérisent bien. Ces dernières lui ont apporté le support d’un très grand nombre de néo-démocrates importants des autres provinces.

C’est une opportunité pour les électeurs NPD de donner au Canada un vrai chef politique.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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