Il est neurochirurgien. Il est un homme politique québécois. Un politicien pas comme les autres. Il surprend souvent pour le mieux. Trop souvent pour le pire.

Ministre de la santé durant cinq années sous le gouvernement de Jean Charest, presque un record, il a démontré en tout temps le calme de son intelligence en agissant avec une certaine grandeur, élévation et générosité donnant ainsi au ministère la stabilité qu’il recherchait depuis longtemps.

C’est là que ses qualités ont été remarquées par nul autre que le ministre péquiste actuel, Réjean Hébert, alors doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke : « Philippe Couillard a fait preuve d’un sens politique exceptionnel en réussissant à imposer et à maintenir la santé parmi les priorités du gouvernement. Il a aussi réussi à bien informer la population ».

Malgré des difficultés prévisibles de soins et de gérance à court terme, il a créé de grands réseaux intégrés de services, les CSSS, en fusionnant les CLSC avec les CHSLD et, dans plusieurs cas, avec l’hôpital de la région qui de plus en plus s’annoncent bénéfiques.

Nonobstant toutes les protestations, il a ouvert la porte au privé afin de soulager les hôpitaux du nombre grandissant de patients et réduire les délais d’attente du public. Des cliniques privées ont été permises, mises sur pied et les Québécois, qui les fréquentent et payent des frais additionnels, apprécient les courts délais qu’elles offrent pour « voir » un médecin et se faire soigner avec les membres de leur famille. Il ne s’agit pas d’un système privé parallèle mais complémentaire et intégré.

Le départ du PM Jean Charest a motivé Couillard à revenir en politique après cinq ans d’absence. Il a brigué les suffrages pour la chefferie de son parti et a gagné. Il s’est fait élire député d’Outremont et a fait son entrée cette semaine à l’Assemblée Nationale du Québec en tant que chef de l’opposition officielle.

Suite à sa venue comme chef libéral, les premiers sondages le favorisèrent grandement. Il semblait imbattable dans une élection générale. Mais ce n’était pas compter sur les qualités politiciennes de la première ministre Pauline Marois et de ses conseillers. Ils savent que la politique est un commerce d’images et d’illusions qui vise à faire réagir émotionnellement les électeurs.

Ils comprennent que la majorité des Québécoises et Québécois pensent que la politique peut résoudre tous leurs problèmes, qu’elle peut organiser la société pour que celle-ci devienne idéale et que toute image qui peut faire croire que cela se fait est une bonne image pour un politicien.
Quant aux illusions, on les utilise pour laisser une perception fausse, un jugement erroné, une opinion fausse, une apparence trompeuse qui ne correspond pas à la réalité. Toute illusion qui peut faire croire que la société sera mieux organisée est bonne pour un politicien.

Les « faiseurs d’images » de Pauline Marois se sont mis à l’œuvre. Sa coupe de cheveux a changé, ses robes ont remplacé ses pantalons, ses lunettes sont plus à jour…, elle est mieux préparée, présente, toujours prête à bondir, montre un aplomb surprenant dans la défense de ses dossiers, convaincante et surtout a l’air vraie. Au total, la perception qu’ont les Québécois de Pauline Marois s’est grandement améliorée et les illusions qu’elle a créées de bonne gérance et de ses capacités de relancer l’économie québécoise ont eu leurs effets.

Mais l’ex PM péquiste et économiste, Jacques Parizeau, a voulu mettre les points sur les « i ». « C’est la première fois depuis trente ans que je suis inquiet quant à l’avenir économique du Québec », écrit-il dans une lettre ouverte, il y a quatre jours.

Il souligne une étude des Hautes Études Commerciales, publiée à la fin janvier, affirmant que le niveau de vie des Québécois stagne depuis 1981 alors que les dépenses publiques poursuivent leur croissance. Ainsi, Québec a grandement accru son endettement depuis le début des années 2000. Le diagnostic est dur, réaliste et ce qui frappe le plus est « la lente et persistante détérioration de l’économie du Québec depuis dix ou douze ans ».

Parizeau estime que les sommes allouées à la politique industrielle sont insuffisantes. « Il va falloir mettre beaucoup d’argent et beaucoup d’organisation », ajoute-t-il dans une entrevue. En somme, nous avons besoin d’un plan bien structuré, pensé et non d’une distribution de millions $ à hue et à dia, sans réflexion à l’ensemble, simplement pour obtenir une publicité positive capable d’améliorer l’image du parti.

De son côté, Philippe Couillard a trouvé son chemin de Damas et refuse une telle approche politicienne qu’il qualifie de mirage et il ne veut agir ainsi. Il veut respecter les Québécois en leur parlant intelligemment d’une façon vraie. Il joue gros car il n’est pas évident qu’une telle franchise rapporte des votes au moulin. Et cela tend à être démontré par les sondages CROP et LEGER de décembre qui indiquaient que la tendance avait changé et que la faveur populaire penchait vers les péquistes.

Depuis, Couillard traverse une mauvaise période. L’effet de cette nouvelle importante a attiré davantage l’attention de la presse sur ses moindres faits et gestes. Depuis, les critiques pleuvent. Les reportages sont plus souvent qu’autrement négatifs, souvent insignifiants. Peu de journalistes et animateurs de radio et télévision relèvent ses commentaires pour en faire des topos. Ce qui compte pour eux, c’est le sensationnel. Ils ne sont pas intéressés par les vraies solutions aux vrais problèmes. C’est à se demander, parfois, s’ils les comprennent. Pourquoi agissent-ils ainsi ? Pour faire grimper leur cote d’écoute ou la circulation de leur journal ? Pour se montrer au diapason avec l’opinion publique ? Une chose certaine, une telle dérive nuit considérablement à l’homme politique visé et dans le cas présent au Québec, c’est Philippe Couillard. Mais cela peut changer et vite.

Suite à sa première prestation comme chef de l’opposition, le 11 février dernier, le journaliste chevronné, attaché depuis toujours à la colline parlementaire de Québec, Denis Lessard de la Presse, a écrit ce qui suit dans sa colonne du journal : « Philippe Couillard a offert une solide performance à l’Assemblée nationale », puis « l’affrontement quotidien des deux chefs à l’Assemblée nationale a gagné en qualité et en intensité » et ajoute « il est parvenu à maintenir la barre haute avec des interventions mesurées, incisives sans être agressives…. Même ses détracteurs chez les libéraux reconnaissent qu’il a été «rassurant ». Lessard conclut « Manifestement, Pauline Marois prend plus au sérieux cet adversaire que son prédécesseur… ».

Ce fut un bon début à l’Assemblée Nationale et possiblement un point tournant dans le niveau de popularité de Philippe Couillard.

Une chose est certaine, nous savons que la PM Marois veut faire de l’appui à la « charte sur les valeurs québécoises », l’enjeu électoral. S’il n’en tient qu’à Couillard, la prochaine campagne électorale sera réaliste, utile et portera sur les vrais enjeux : l’économie qui confronte l’avenir des Québécois et la réalité qu’un Parti Québécois majoritaire nous engagera à nouveau dans un troisième et coûteux référendum pour séparer le Québec de l’ensemble canadien, alors que par deux fois, les Québécoises et les Québécois ont rejeté cette proposition.

Si le vrai Philippe Couillard se lève, ce sera toute une campagne électorale.

Claude Dupras

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