Jamais ai-je vu au Québec autant des commentaires désobligeants, insultants, exagérés, mensongers, cruels, faux et vicieux envers un homme politique. Même le grand Maurice Duplessis qui a été le maître incontesté de la politique québécoise de 1944 à 1959 et attaqué depuis de toutes parts par ses opposants et détracteurs, n’a pas été sali, diminué et dégradé comme l’est Jean Charest, le premier ministre actuel de la province de Québec. Il ne mérite pas cela. On peut ne pas partager ses politiques, sa façon de gouverner mais de là à le vilipender, le mépriser et le dénigrer comme si c’était un bandit et un scélérat n’est pas correct. Si on en croit ses critiques, on peut penser qu’il est rendu responsable de tous les péchés d’Israël. Les Québécois et Québécoises en font-il le bouc émissaire de toutes leurs angoisses et leurs problèmes découlant de la crise économique ? L’opposition indépendantiste est-elle si assoiffée de pouvoir qu’elle est prête à tout pour le reprendre ? Ou est-ce la faute des médias ?

Je suis surpris de la corrélation entre les invectives contre Charest et celles de l’anti-sarkozysme français. Je lisais ce matin dans le Midi Libre, journal de Provence, que l’antisarkozysme est un thème qui fait vendre. Les magazines jouent sur le rejet du président atypique. Les Unes attirent les lecteurs et sont presque toujours négatives. Marianne a vendu 200 000 exemplaires de plus avec son titre « Sarkozy voyou de la république ». Le Point avec des titres comme « Est-il si nul ? » a vu ses ventes hebdomadaires grimpées en moyenne de 100 000 copies. De même pour l’Express « pourquoi il suscite la haine » et le Nouvel Observateur avec « cet homme est-il dangereux » écrit sur une photo pleine page de Nicolas Sarkozy. On nous apprend aussi que c’est de même à l’étranger en raison de la personnalité particulière de ce président français avec des revues comme Newsweek et The Economist. Seul l’Express, malgré son titre, a dénoncé les attaques virulentes contre la personne de Nicolas Sarkozy.

C’est donc ça. Les médias, particulièrement les journalistes, recherchent systématiquement du sensationnel pour augmenter leurs ventes. On le pensait mais voilà que les chiffres publiés en France le démontrent clairement. Je ne m’en prends pas à tous les journalistes, car plusieurs comme André Noël de la Presse, pour ne mentionner que lui, font un travail de recherche important et ne publient leurs articles qu’au moment où ils ont obtenu des confirmations sérieuses sur ce qu’ils ont découvert. Nous en avons été témoins lors de la dernière campagne électorale à la mairie de Montréal. Les « scandales » révélés par Noël furent vite repris par l’ensemble des médias et chacun visait à trouver et inventer des tournures plus juteuses pour réorienter l’affaire afin qu’elle soit plus scabreuse et excitante. Tout pour attirer les lecteurs. Le maire de Montréal a passé plus d’un mauvais quart d’heure et ne cessait de nier, à gauche et à droite, les insinuations mensongères dont il était la cible.

Les sondages récents placent l’étoile de Jean Charest très bas dans l’estime de ses compatriotes. Avec de tels scores, on peut penser qu’il ne sera pas réélu. Cela est dû aux attaques agressives, violentes et mordantes contre lui de la part des députés de l’opposition à l’Assemblée Nationale, où ils ont l’immunité parlementaire, que les journalistes montent en épingle sans vérifier si ces déclarations ou accusations sont fondées. Ensuite, les médias électroniques les répètent en boucle 24h sur 24. Les médias profitent de la situation, on sait pourquoi, et ne se gênent pas pour faire de gros titres. À eux s’ajoutent les internautes, les chroniqueurs privés, les blogueurs, les billettistes, les sites internet d’informations et spécialisés, etc… On écrit partout, sur tout et on ne se prive pas pour se vider le cœur. Comme on dit : « Jean Charest y goûte ! ». L’affaire Bellemare est en plein développement. La Commission d’enquête Bastarache n’a pas fini son travail. Au lieu d’attendre les conclusions de la Commission, on condamne déjà Charest. Certains, et non les moindres, exagèrent tellement qu’ils prédisent qu’il sera en prison d’ici trois mois.

On oublie tout le passé du premier ministre et ses réalisations. On oublie qu’avec lui, le Québec s’est sorti de la crise économique mieux que tout autre gouvernement en Amérique grâce au gigantesque programme de construction d’infrastructures qu’il a été le premier à lancer avant même que la crise nous tombe dessus. Il l’avait bien prévue.

Je suis loin d’être toujours en accord avec le gouvernement Charest. Par exemple, je n’ai pas aimé son dernier budget et je l’ai écrit. Je lui demande toujours de créer une commission d’enquête sur les coûts de la construction. Il croit que la Police est mieux placée pour faire cette enquête. On verra bien… Mais dans l’ensemble, je n’hésite pas à dire que son gouvernement administre bien nos affaires.

L’opposition actuelle à l’Assemblée Nationale est heureuse de l’anti-charestisme. Elle se pourlèche les babines. Pauline Marois, la chef de l’opposition, hait le premier ministre. Elle ferait mieux d’arrêter d’attiser la haine contre Jean Charest, de se préparer à prendre un jour la relève et de présenter un programme politique de gouvernement capable d’obtenir l’aval d’une majorité des électeurs. Elle devrait comprendre que ces derniers se lassent de plus en plus des critiques généralisées contre Jean Charest, tout comme les électeurs français de celles contre Nicolas Sarkozy. Elle devrait savoir que Martine Aubry (qu’elle vient de visiter à Paris), le premier secrétaire du parti socialiste français, a décidé récemment de cesser d’entretenir l’anti-sarkoxysme car elle perçoit que le battage excessif de publicité négative contre le président de la France commence à faire boomerang et à se retourner contre la crédibilité de la gauche.

Ce sont finalement les électeurs qui décideront du sort de Jean Charest et du parti libéral du Québec.

Pauline Marois ne devrait surtout pas oublier ce qui est arrivé à Montréal aux dernières élections municipales. Le maire dont on prédisait la défaite, à cause de « pseudo » scandales, a été réélu.

Claude Dupras

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