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Pauvre Afrique, quand s’en sortira-t-elle ?

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Le président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, s’accroche au pouvoir. À la récente élection générale, son adversaire Alassane Ouattara a obtenu une majorité de 8%, selon la Commission Électorale Indépendante (CEI). Mais, la Commission constitutionnelle du pays a examiné le rapport du CEI et a rejeté plusieurs bulletins de votes, au point qu’elle a déclaré Gbagbo gagnant. Ça ne sent pas bon !

Depuis, les Nations Unies, les USA, la France, l’Afrique du Sud, le Canada et presque toute la communauté occidentale reconnaissent la victoire d’Ouattara et demandent au président Laurent Gbagbo de faire de même, de démissionner afin que son adversaire soit assermenté nouveau président de la Côte d’Ivoire.

Tout semble bien clair et simple. Mais Gbagbo, qui a été jadis le bébé gâté de l’ex-président français François Mitterrand et des socialiste français, refuse et prétend qu’il est le président légitime, puisque la Commission constitutionnelle, qui par la loi a la responsabilité de légitimer les élections, le déclare élu.

Ce qui m’a surpris, aujourd’hui, c’est l’intervention de deux éminents avocats français en faveur du président Gbagbo. Ce sont Me Jacques Vergès et Me Roland Dumas. Le premier est célèbre surtout à cause des causes qu’il a perdues. Le second a été ministre des affaires extérieures sous Mitterrand. Ce ne sont pas des « deux de pic ». On se rappellera que Vergès a été l’avocat, entre autres, du meurtrier Charles « le serpent » Sobhraj et de sa complice québécoise Marie-Andrée Leclerc, de l’irakien Tarek Aziz, de l’allemand Klaus Barbie, du terroriste Carlos, du kmer rouge Khieu Samphan, etc.

Comment se fait-il que ces deux avocats expérimentés acceptent d’aller défendre un potentat désavoué par la communauté internationale pour des raisons de droit et d’équité. Certains diront que c’est leur devoir d’avocat de défendre ceux qui réclament leurs services et que c’est normal. Mais les avocats peuvent-ils oublier les exigences de la vérité et de la justice. Dumas peut-il, après avoir servi au plus haut niveau international le gouvernement français qui a aidé Gbagbo, se retourner aujourd’hui pour accuser son pays d’ingérence parce que la France réclame le respect du résultat de l’élection ivoirienne? C’est évident que Vergès et Dumas inventeront des arguments pour justifier leur présence et leurs actions, mais leur défense ne pourra pas porter sur l’aspect moral de la situation. Pour créer le doute, ils invoqueront des interprétations techniques, dont plusieurs seront inventées de toutes pièces. D’ailleurs, ils ont déjà commencé à affirmer de telles ambigüités, si j’en juge par la conférence de presse qu’ils viennent de donner à Abidjan et que j’ai écoutée.

Cette élection, qui avait été bien préparée avec l’aide de la communauté internationale, était la solution attendue pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise permanente dans laquelle elle était plongée depuis une décennie marquée de conflits militaro-politiques entre le nord du pays et le sud. Il faut craindre que la situation s’envenime de plus belle et que les deux parties, qui sont bien armées, continueront à s’entretuer.

Vergès et Dumas rendent un bien mauvais service aux Ivoiriens, à l’Afrique et à la communauté internationale. Au lieu d’utiliser leur pouvoir de persuasion auprès de leur ami Laurent Gbagbo afin qu’il accepte le résultat de l’élection, ils l’encouragent à continuer à s’accrocher au pouvoir et à défier le monde sans se soucier des nombreux morts futurs que les nouveaux conflits généreront.

Pauvre Afrique, quand s’en sortira-t-elle ?

Claude Dupras

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