Accueil Jean-Claude Dupras Pas facile d’être chef…

Pas facile d’être chef…

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Le chef du Parti Québécois, André Boisclair, vient de démissionner. C’est un geste surprenant et regrettable. Après la déroute du parti lors de la dernière campagne électorale, il n’a pu résister aux membres influents du parti qui ont décidé qu’il devait partir. C’est triste.

J’ai vécu ce que vient de vivre Boisclair et il a toute ma sympathie. Chef du Parti civique de Montréal, en 1986, j’ai engagé une campagne électorale à la mairie contre Jean Doré, chef du Rassemblement des Citoyens de Montréal (RCM). Ce dernier était un homme intéressant, beau parleur et appuyé par un parti de 25,000 membres.

Malgré que la cote du Parti Civique fût basse dans les sondages, j’avais décidé, à la dernière minute, d’accepter l’invitation du maire Drapeau à me présenter à la chefferie du parti. J’en sortis victorieux contre sept candidats. Dans un temps trop restreint, j’ai dû monter une campagne électorale. Doré fut élu nouveau maire de Montréal.

Par la suite, considérant que la réorganisation du parti était importante pour Montréal, je me suis résolu à transformer le Parti civique en un vrai parti politique démocratique.

Durant deux ans, nous avons préparé une constitution, choisi un secrétaire général, ouvert un secrétariat (bien informatisé, pour l’époque), publié un journal mensuel ‘les Montréalais’, recruté plus de 5,000 membres avec cotisation, mis sur pied des commissions d’études dont une Commission Politique, organisé un cocktail-bénéfice pour le financement du parti (nous en étions rendu à $250,000 en banque), etc… tout en agissant comme l’opposition à l’administration Doré.

Satisfait de l’évolution des choses, je demandai à l’exécutif du parti de fixer une date pour la tenue d’une assemblée générale des membres avec mission de confirmer le chef ou d’en choisir un nouveau. Je voulais affronter Doré à nouveau, mais cette fois mieux préparé, car j’avais la conviction que je pouvais faire beaucoup mieux que lui à la direction de la ville.

Pendant ce temps, la clameur de mes opposants ne cessait de monter dans les médias. Les Lorange, les Prégent et les Forcillo, toujours ancrés dans le passé, avaient entrepris un travail de démolition de ma personne. Malgré cela, je me disais que, gagne ou perd, j’avais la responsabilité d’aller jusqu’à la convention pour présenter ma vision pour le parti et Montréal.

Mais à un moment donné, cela devint fort accaparant. Mon bureau d’ingénieurs en souffrait et j’avais une décision à prendre. Je la pris rapidement et je démissionnai comme chef du Parti Civique, le cœur brisé.

Ce fut une bonne décision car les années qui suivirent furent mes meilleures années professionnelles. Mais, je l’ai toujours regretté d’autant plus que le Parti civique disparut complètement, à peine quelques années plus tard.

Jeune, bien intentionné, dévoué, intelligent, Boisclair a tout donné au Parti Québécois. De l’avis des principaux dirigeants péquistes, il avait mené une bonne campagne électorale et fait un bon débat. Malheureusement, ces mêmes individus, estomaqués par leur défaite, refusent de tenir compte de la conjoncture et, aujourd’hui, ne blâment que leur chef.

Ils ne peuvent reconnaître que la montée de Mario Dumont a pris racines dans des politiques qui collent à la réalité québécoise. Alors qu’eux, les péquistes, toujours dogmatiques, s’en sont tenus à leurs idées passées.

Boisclair a dû vivre avec la résolution du dernier congrès péquiste en faveur d’un référendum sur l’indépendance du Québec dans le plus court délai possible. J’avais pensé, à le voir agir en début de campagne, qu’il voulait éviter ce sujet, mais face à la pression interne, il a dû plonger pour plaire aux purs et durs de son parti et à Jacques Parizeau, l’ex PM du Québec. Malheureusement, le niveau d’eau de la piscine était trop bas.

Aujourd’hui, les péquistes sont craintifs. Beaucoup trop, quant à moi. Ils ne réalisent pas qu’ils contrôlent la décision du déclenchement d’une nouvelle élection québécoise. En effet, Jean Charest, le PM du Québec, au plus bas dans les sondages ne veut pas d’une élection. Par contre, il sera forcé de le faire, s’il est défait à l’Assemblée Nationale du Québec. Les péquistes n’ont qu’à s’assurer que Charest reste au pouvoir, en votant avec son parti, jusqu’à ce qu’ils aient le temps de se réorganiser. Même si cela dure deux ans.

De plus, face à Dumont, ils doivent attendre et espérer que sa nouvelle popularité s’atténue, s’ils veulent avoir une chance de le dépasser. En réalité, les péquistes sont maîtres de leur destin.

On dit que le nouveau chef pourrait être Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois au parlement d’Ottawa. Cela me surprend, car ce dernier a assuré clairement les Québécois et en a pris l’engagement, durant la dernière campagne électorale, que tous les députés de son parti élus à Ottawa ne démissionneraient pas avant la fin de leur mandat.

Déjà, quatre députés ont quitté pour être candidats à l’élection provinciale et si lui-même lâche son poste à ce moment-ci, on pourra dire que les promesses de Duceppe ne valent pas chères. C’est loin du parler vrai de Nicolas Sarkozy.

Que ce soit Duceppe ou un autre, cela ne changera rien à l’avenir immédiat du Parti Québécois. Ce ne sont pas les avis de dinosaures comme les Larose ou Michaud qui amélioreront la situation du parti.

Le PQ a été rejeté à cause de ses politiques actuelles qui ne correspondent pas aux besoins et aux désirs des Québécois et Québécoises. Cette défaite majeure ne peut être attribuée simplement à André Boisclair. Tant que le Parti Québécois ne comprendra pas ou ne s’adaptera pas à la réalité, il est voué à la déchéance. C’est clair comme de l’eau de roche !

Claude Dupras

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