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Oh! Là! là! Lula

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En 2009, le journal « le Monde » le nomme personnalité de l’année. En 2010, la revue américaine « Time » le qualifie de dirigeant le plus influent du monde. Pas mal, pour un homme né dans la pauvreté et la misère, d’une famille de 8 enfants, qui grandit sans père, quitte l’école à 10 ans pour aider sa famille à survivre en devenant cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes, tourneur dans une usine d’automobiles pour être finalement ouvrier métallurgiste. On l’a connu comme Lula, président du Brésil.

Son nom exact est Luiz Inacio Lula da Silvaaudio. Le 1er janvier 2011, il a quitté son poste, obligatoirement à cause de la constitution brésilienne qui limite tout président à deux mandats, et a remis ses charges à son successeur Dilma Rousseff, son chef de cabinet depuis les cinq dernières années et ex-ministre. Elle est la première brésilienne à accéder au faîte de la nation.

Lorsque Lula fut élu, en 2002, président de la cinquième plus grosse nation du monde, je doutais de son succès. Je ne voyais pas dans le résumé de sa biographie l’expérience requise pour diriger un pays qui souffrait tant malgré son potentiel exceptionnel. Encore une fois, j’ai compris qu’il ne faut pas se fier aux apparences !

Dans les années ’60, les travailleurs brésiliens sont mal payés et ne profitent pas de la croissance économique que connaît leur pays. Cela offusque Lula. Petit à petit, il se radicalise. Bon tribun, il joint un syndicat de métallurgistes pour faire avancer les choses. Quelques années plus tard, à ses 30 ans, il est élu président du syndicat. Il réinvente les grandes manifestations publiques délaissées à cause de la dictature militaire du pays des 10 années précédentes. Il se retrouve vite en prison. Après cinq ans d’actions spectaculaires, il quitte le syndicalisme pour la politique, crée le « parti des travailleurs » et le situe à l’extrême gauche. En 1982, il est défait aux élections au poste de gouverneur de l’État de Sao Paulo. Il est finalement élu député fédéral en 1986.

En 1988, la constitution brésilienne est modifiée. Un régime présidentiel et le suffrage universel sont instaurés.

En 1989, Lula se présente sans succès à la présidence. En 1994, il se présente à nouveau mais n’obtient que 27% des suffrages. En 1998, l’économie a repris et il est candidat à nouveau, mais est battu à cause de son discours trop radical. L’establishment a peur de lui.

Le 27 octobre 2002, l’autodidacte Lula est finalement élu et devient le premier président de gauche du Brésil. Pour ce faire, il a modifié son discours. Il a proposé des idées neuves comme la conciliation et la négociation avec « le grand capital », le respect des engagements internationaux du Brésil, la stabilité, le maintien des acquis, l’urgence sociale. En somme, une révolution tranquille. 61% des Brésiliens lui ont fait confiance.

Il hérite d’un pays endetté jusqu’à la moelle et dès son accès au pouvoir, il surprend en ne remettant pas en question les contraintes budgétaires de son prédécesseur ni les directives du FMI. Malgré son passé trotskiste, il opte pour l’économie du marché afin d’attirer les investissements. En 2004, les objectifs du FMI sont satisfaits et les Brésiliens respirent à nouveau. La croissance revient et le chômage diminue. Lula combat la faim et la pauvreté.

En 2005, la fièvre aphteuse bovine coupe dans l’exportation de la viande brésilienne. La corruption et la violence amplifient.

En 2006, malgré une campagne électorale pour le salir, Lula est réélu pour un deuxième mandat sur la promesse que « les pauvres seront traités comme des êtres humains ». Vite, il débloque 2,5 milliards $ dédiés à améliorer la qualité de vie dans les favelas via de meilleures infrastructures : égouts, aqueduc, asphaltage, salubrité… Nonobstant l’opposition du pape Benoit XVI et des menaces d’excommunication, Lula favorise la légalité de l’avortement. Il décrète, malgré l’opinion des généraux, un programme national des droits de l’homme.

Lula a quitté la présidence avec un appui total des Brésiliens et un respect international remarquable. Tous ont reconnu en lui un grand chef politique.

Il était devenu le chef de file des pays de l’Amérique latine et a redonné une nouvelle vigueur à leur économie en favorisant une reprise en main par chacun de leur destin en contrepoids de l’influence américaine.

Sa critique de la mondialisation, son idée de créer un fonds mondial contre la pauvreté, sa dénonciation des paradis fiscaux ont fait de lui un champion sur la scène mondiale.

Il a créé un espoir véritable chez les Brésiliens qui croient toujours en ses objectifs déjà en grande partie accomplis : faim zéro, éducation pour tous, réforme agraire et lutte contre la pauvreté.

Avec Lula, le Brésil est devenu un des grands pays du monde.

Comment ne pas être admiratif devant un tel homme politique. Un autodidacte qui a démontré qu’au manque d’éducation on peut suppléer une grande intelligence et accomplir des choses remarquables. C’est Lula !

Claude Dupras

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