J’arrive d’Inde. J’y ai passé deux semaines merveilleuses. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas écrit dernièrement de blog. Le hasard a voulu que je sois, le même jour, dans le même hôtel de Mumbai où logea le PM du Canada, Stephen Harper, en visite officielle en Inde, avec sa très nombreuse délégation. Cette visite du PM a attiré l’attention des Canadiens sur ce grand pays et cela arrive bien car j’avais l’intention d’écrire un texte sur ce que j’ai constaté en Inde durant mon voyage.

L’inde est un jeune pays qui a une population de plus d’un milliard d’individus dont la moitié a moins de 25 ans. Les grands économistes professionnels du monde voient dans leur boule de cristal une Inde qui deviendra une des plus grandes puissances mondiales, sinon la plus puissante. Sa nouvelle prospérité et la confiance grandissante chez les jeunes Indiens dans le rôle de plus en plus important que joue leur pays dans le monde, les stimulent fortement. L’Inde moderne se développe à un rythme jamais vu et tous les efforts s’orientent vers le futur. Le taux de croissance des dernières années a été de 5, 6, 7 et 8%, et les revenus du gouvernement ont crû de 9, 10, 11 et 12 %. Le pays vit actuellement des changements dramatiques qui sont en train de transformer profondément la société indienne, particulièrement en rapport avec les castes. Les barrières tombent.

Déjà, l’Inde est la cinquième économie du monde et ses marchés grossissent sans cesse. Sa main d’œuvre est jeune, intelligente, mathématicienne, et travaillante. L’école est disponible pour tous les jeunes, si les parents acceptent. Dans le passé, 40,8% des enfants n’ont pas fréquenté l’école. Aujourd’hui, dans les campagnes, pour encourager la présence à l’école, le gouvernement fournit non seulement les écoles et les maîtres, mais le vêtement scolaire, le repas du midi et une bicyclette si la maison familiale est située à plus d’un km de l’école. Partout, sur les routes, on voit vers 10h15 tous les jeunes qui se dirigent vers leur école où dès la première année on y enseigne les bases des mathématiques. On peut imaginer la force qu’aura le pays demain avec tous ces jeunes qui se préparent.

On prédit même que l’Inde dépassera la Chine à cause du fait qu’elle est, depuis 1962, une démocratie réelle. En Inde, il y a place pour tous ceux qui veulent développer leurs idées, mettre à profit leurs talents, travailler, devenir des entrepreneurs, investir. Suite à l’occupation anglaise, la langue anglaise est connue et répandue. Le nombre de bilingues augmente vitement. Les jeunes Indiens sont motivés par leur liberté d’expression et les principes démocratiques de leur pays. La Chine, au contraire, demeure totalitaire et ce sont les dirigeants qui pensent pour la masse.

Mais les défis demeurent importants :

. L’injustice sociale est effarante. Le pourcentage de pauvreté est très grand et croissant. Il continue de marquer négativement la vie nationale. Par exemple, les « slums » de Mumbai regroupent plus 4,5 millions d’individus très, très pauvres. Les taux de maladies et de décès infantiles sont énormes. En parcourant ce secteur, je ne pouvais imaginer de solution tellement tout est sordide. Ailleurs, dans le pays, j’ai maintes fois vu des enfants mal nourris, des mères sous-alimentées, des soins médicaux qui se font attendre, un manque d’éducation chez les adolescents. À ma surprise, on m’a expliqué que la privatisation des soins de santé augmente car le système national de santé qui est gratuit est déficient. Ainsi, les parents pauvres se voient obligés de prendre de leurs maigres économies pour faire traiter les membres de leur famille et doivent par la suite les priver de l’essentiel.

. Le maintien et l’amélioration des relations cordiales entre les multiples religions et les communautés culturelles du pays pour faciliter et assurer la coexistence paisible de chacune.

. La construction de vastes infrastructures pour répondre aux besoins de l’avenir.

. Et enfin, l’assurance d’une croissance économique stable.

Pour son futur, l’Inde devra répondre aussi à de grandes questions ayant rapport avec la démocratie et la justice; le leadership économique, social et politique; l’entrepreneurship; la politique de la pauvreté. Elle devra apprendre à être une superpuissance en économie, en géopolitique, dans les sports, dans le numérique et la technologie. Son potentiel est grand et les possibilités nombreuses pour que le 21ième siècle devienne celui de l’Inde.

Les succès économiques d’aujourd’hui pressent pour l’émergence d’un nouveau nationalisme et le défi intellectuel et politique actuel est de le définir. Un nationalisme qui devra être inductif et auquel tous les Indiens se sentiront attirer, quelques soient leur ethnicité, leur langue, leur culture, leur religion, car il devra être multiculturel et multireligieux. Un nationalisme qui définira positivement qui ils sont dans le monde, l’intérêt national du pays et leur ouverture sur le monde. Ainsi, l’Inde sera mieux placée pour aborder les grands problèmes actuels mondiaux, tels : les changements climatiques, les échanges internationaux, les contrôles financiers, le protectionnisme, les dangers politiques régionaux…

Il est impératif que la classe politique du pays soit en mesure de répondre aux aspirations des Indiens, ce qu’elle n’a pas encore démontré par ses actions passées qui basculent entre des fantaisies socialistes, totalitaristes, provincialistes ou de politiques à court terme. Mais elle devra se rappeler ses erreurs passées, afin de les éviter dans l’avenir. Les hommes d’affaires, les universitaires, les jeunes indiens réclament l’émergence de dirigeants politiques capables d’implanter un sens fort et réel de la nation dans chaque individu. Des hommes ou des femmes politiques capables de voir loin et d’être en mesure de diriger une grande puissance.

Pour ce faire, la classe politique doit changer. Aujourd’hui, ce sont des dynasties qui la composent. Les postes politiques sont hérités et non mérités. Les partis politiques sont devenus des entreprises privées appartenant aux familles. Gandhi succède à Gandhi qui succède à Gandhi… Et c’est la même chose du nord au sud, de l’est à l’ouest. Les candidats, membres de familles, sont certes brillants et bien éduqués, mais ce ne sont pas des agents de changement. Ils n’ont pas de mission, ni de message capable de transformer une nation. Ils ne sont pas nécessairement capables d’exercer un vrai leadership basé sur des idées et n’ont pas la capacité ni la motivation de les transformer en actions concrètes. L’Inde est un jeune pays et elle a en son sein les leaders politiques dont elle a besoin. Il faut qu’ils puissent émerger de l’ombre.

Des leaders capables de parler de la pauvreté, d’en faire un sujet de débat. De pouvoir en parler dans les medias qui actuellement sont monopolisés par la classe moyenne et qui ne laissent aucune place pour le débat sur la politique de la pauvreté. Ce n’est que le jour où le plus pauvre des enfants aura accès à une éducation de base, à des soins de santé décents, à une bonne nutrition et à un gite convenable, que l’Inde deviendra vraiment un grand pays.

Claude Dupras

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