Encore une fois, le monde et particulièrement l’Europe se soulèvent contre le Canada pour les supposés mauvais traitements qu’il fait subir à ses amérindiens des Premières Nations. Cette fois, c’est la grève de la faim de la chef de bande Theresa Spence qui attise ces sentiments négatifs envers mon pays.

Il faut se rappeler l’histoire du développement territorial du pays pour mieux comprendre cet évènement. Il est vrai que d’Ottawa aux Rocheuses, le Canada est construit en bonne partie sur les terres ancestrales des Première Nations. Le gouvernement du Canada pour régulariser cette possession a acheté ces terres grâce à de nombreux traités, signés de 1871 à 1921. Ces traités sont différents mais la philosophie qui en découle permettait aux Canadiens de les occuper en retour d’annuités perpétuelles et de bénéfices particuliers payés par le gouvernement canadien aux Premières Nations. De plus, le développement des territoires réservés aux amérindiens (les réserves) doivent respecter la Loi sur les Indiens (Indian Act). Aujourd’hui, les chefs des Premières Nations s’inquiètent qu’avec le temps, les Canadiens oublient ces traités.

Le Canada a respecté ses ententes et versé des milliards de $ depuis ces signatures. Et ça en prend beaucoup et de plus en plus car le Canada est immensément grand et froid et il en coûte de plus en plus cher pour subvenir aux besoins des peuples des Première Nations afin qu’ils aient une vie décente. Il faut assurer leur éducation, leurs soins médicaux, leurs loisirs et tout ce dont ils ont besoin dont la réalisation et l’entretien de projets domiciliaires, d’écoles, de chemins, d’aéroports, de réseaux d’éclairage, de chauffage, de transport, etc…

Le conflit actuel a deux visages. D’un côté, il y a la grève de la faim de Theresa Spence et de l’autre il y a le mouvement « Idle, no more » (Indolent, plus jamais).

La création du mouvement a été stimulée par deux lois omnibus que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a fait voter par sa majorité parlementaire. Plusieurs sections de ces lois ont été conçues pour répondre aux demandes passées des Premières Nations, mais Harper n’a pas rencontré les chefs amérindiens pour en discuter. Par exemple, de nouvelles lois leur permettent de louer des parties de leurs réserves; aujourd’hui, elles les dénoncent en affirmant qu’elles résulteront dans une lente érosion de leur culture, leur langue et leur souveraineté. La définition des voies navigables a été changée pour aider les municipalités installées près de ces voies et les Premières Nations qui voulaient réaliser des projets le long des rives; aujourd’hui, elles disent craindre l’impact découlant de l’augmentation du développement sur leur mode de vie. L’accélération de la fin de la « Loi sur les Indiens » ; aujourd’hui, elles prétendent que cela risque d’effacer leur statut spécial.

La constitution canadienne accorde un statut particulier aux Premières Nations. Cela leur donne le droit d’être consultées adéquatement pour toute législation qui pourrait modifier leurs droits. Cela n’a pas été fait par le premier ministre Harper. De plus, ce dernier a rejeté l’entente faite par son prédécesseur Paul Martin qui avait entrepris 18 mois de discussions, en bonne et due forme, avec les chefs des Premières Nations pour conclure l’Accord Kelowna. Elle s’attaquait au faible taux d’éducation, à la piètre qualité de vie, aux épidémies, au taux élevé de suicides, aux enlèvements et aux meurtres d’amérindiennes, en somme au mauvais sort des peuples de ces nations.

Les chefs n’ont jamais accepté de changements unilatéraux aux traités et à leurs ententes particulières. Ils pensent toujours de même. Et, c’est là l’erreur d’Harper. Majoritaire, il donne l’impression de se croire permis de tout faire et impose des changements importants à des lois n’ayant aucun rapport l’une avec l’autre et bien cachés dans des lois omnibus. Pour le premier ministre, le problème des Premières Nations n’est pas financier mais vient de leur impuissance à se prendre en mains.

Theresa Spence a entrepris sa grève de la faim pour appuyer le mouvement « Idle, no more ». C’est un geste spectaculaire qui fait beaucoup de bruit. Cependant, on peut se demander si elle est la bonne personne pour vraiment aider les Premières Nations à atteindre leurs objectifs. En effet, après examen, on découvre que son travail comme cheffe de la réserve nord-ontarienne Attawapiskat est loin d’être efficace. Sa bande de Cris a reçu du gouvernement canadien, durant un peu plus de six ans, un total de 104 millions de $ pour ses besoins. Elle administre cela avec son amoureux sans que les 3 000 membres de sa bande soient vraiment au courant de ses faits et gestes.

Les auditeurs du gouvernement exigent, comme il se doit et comme ils le font pour toutes les bandes, les raisons de leurs demandes de fonds et, lorsque ceux-ci sont accordés et dépensés, la présentation de pièces justificatives avec les rapports comptables afin de faire les vérifications déterminées par la loi. Theresa Spence a toujours refusé de se plier à ces exigences. Elle ne prépare pas de budget, ne peut produire de minutes montrant les résolutions adoptées par la bande, a engagé des dépenses sans fonds, a fait des dons forts importants à des individus, etc… C’est un fouillis total.

Il y a deux mois, la journaliste Adrienne Arsenault a visité Attawapiskat, et a préparé un documentaire qui a été présenté à la télévision de la CBC. On y voit des maisons terminées sans occupants alors que plusieurs familles amérindiennes du village vivent dans des maisons insalubres. La pénurie de logements est grave au point que la Croix-Rouge a dû venir au secours de la population, il y a un an. On voit Mme Arsenault entrer dans une salle où elle découvre d’innombrables grosses boîtes scellées. Elle en ouvre une pour découvrir que ce sont des donations de linge, de victuailles et de jouets par les Canadiens, pour les enfants et les femmes de la bande. Ils n’ont pas été distribués car au dire de la cheffe Spence, elle n’a pas d’aide pour faire ce travail. On la voit dans sa salle de conférence avec des sièges modernes en cuir, des murs de bois de qualité. Interrogés, des pères de famille affirment ne rien savoir de ce qui se passe et veulent quitter avec leurs enfants car il n’y a rien là-bas pour les former et les aider à bien grandir.

Ce documentaire démontre que dans le cas de cette réserve, on ne peut vraiment pas blâmer le gouvernement canadien. C’est plutôt l’incapacité de Theresa Spence de bien faire le travail et la négligence de la bande de prendre ses responsabilités qui sont les fautifs. Il y a aussi le phénomène découlant du fait que les Amérindiens étant toujours soutenus par le gouvernement fédéral démontrent généralement à la longue un manque d’initiative et de solidarité civique. Ils savent que mal pris, le gouvernement sera toujours là pour les aider.

En 1953, j’étais en Abitibi pour un travail d’été come étudiant-ingénieur. Je décris cette période dans mon livre « Et dire que j’étais là » qui est reproduit sur mon site internet. Voici ce que je raconte sur une rencontre, à l’orée du bois près de la ville d’Amos, avec une tribu d’Algonquins : « Claude profite de l’occasion pour parler au jeune Algonquin de la vie de sa tribu. Il apprend qu’elle vit comme toujours de pêche et de chasse et que c’est la forêt et les lacs qui lui fournissent ce dont elle a besoin. Le jeune Algonquin admet qu’elle achète de plus en plus de produits des blancs, particulièrement les vêtements, mais ses membres qui vivent neuf mois par an dans la forêt doivent se fier à leur habileté personnelle pour y survivre. Claude a remarqué à l’arrière du campement, vers la forêt, une quinzaine de jolies petites maisons de bois. D’après lui, ce sont de bonnes maisons bien construites. Elles sont vides, quelques carreaux de vitre sont brisés et quelques-unes n’ont plus de rampe de bois pour les balcons et même le plancher de bois de ces balcons est disparu. Le jeune Algonquin explique que ce sont des maisons construites pour sa tribu par le ministère des Affaires Indiennes du Canada afin de les loger convenablement. Ces maisons ont été construites sans consultation avec sa tribu qui les refuse car elle veut continuer à vivre selon ses habitudes ancestrales. Sa tribu a installé ses tentes près des maisons puisqu’elles ont été placées à l’endroit où elle campe depuis des années. Quant aux parties de maisons qui manquent, elles ont été utilisées par les Algonquins pour faire des feux. Claude est renversé d’apprendre cette histoire ». Encore là, on ne pouvait blâmer le gouvernement fédéral.

À l’ouest de Montréal, les iroquois de Kahnawake étaient là avant l’arrivée de Champlain, fondateur de Québec. Le pont Mercier venant de Montréal saute le Saint-Laurent pour rejoindre, dans la réserve, les artères routières du Québec qui la traversent. La section du pont Mercier du côté de la réserve appartient aux Iroquois et les gouvernements les paient pour le réparer et l’entretenir. Chaque jour des centaines de milliers de Québécois y passent. Les Iroquois qui ne payent pas de taxes fédérale et provinciale y font le marché du tabac. On peut arrêter à une des cinquante petites cabanes construites par les Iroquois et bien identifiées pour la vente de cigarettes à prix d’aubaine. De plus, dans chaque village du Québec, on retrouve un revendeur qui est relié à un réseau clandestin de vente de cigarettes sans taxes qui viennent de cette réserve ou d’une autre. La police intervient, mais le réseau est toujours là. Il y a aussi des stations d’essence. Sans oublier les mini-casinos ouverts à tous les Québécois. Tout cela démontre bien que ces Iroquois ne sont pas pauvres. D’autant plus qu’ils sont des ouvriers experts en installation de construction métallique pour bâtiments en hauteur et on les retrouve sur tous les grands chantiers de la ville de New York où ils font de gros salaires. Pourtant, le village de Kahnawake est composé de petites maisons, pour la plupart mal entretenues, et l’ensemble donne une image de pauvreté. Un autre exemple où on ne peut juger par les apparences et blâmer le gouvernement canadien.

Dans le présent conflit, Theresa Spence attire tous les médias et la publicité mais le vrai problème se situe partout dans les réserves indiennes du pays où la vie n’est pas facile car l’hiver indien est dur. Mettre tout le blâme sur le dos des Canadiens est injuste. La constitution définit clairement les responsabilités du gouvernement vis-à-vis les Premières Nations. Le PM Harper affirme, depuis les premiers jours de son accès au pouvoir, qu’une de ses priorités est de s’occuper du bien-être des Amérindiens. Le grand nombre de visites qu’il a faites dans le grand Nord pour aller à la rencontre des chefs de tribus et de bandes est insuffisant comme action. Il devrait s’inspirer du sérieux et important Accord de Kelowna pour faire plus, mieux et ouvertement. Le bien-être des Amérindiens en dépend. La réputation du Canada aussi.

Quant aux critiques mondiaux, j’estime important qu’ils fassent la part des choses et cherchent à comprendre ce qui se passe réellement au Canada, au lieu de le salir.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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