Depuis la venue de Stephen Harper à la tête du Parti Conservateur du Canada (PC), petit à petit je me suis éloigné, pour des raisons de politiques, de ce parti où j’ai œuvré durant plusieurs décennies du temps où il se nommait le Parti Progressiste-Conservateur (PPC). L’une de ces politiques est la position du PC sur le conflit israélo-palestinien.

Suite à la dernière élection, j’ai cru que le PC chercherait à se recentrer en dépassant sa stratégie électorale qui est de positionner ses politiques en fonction du vote des groupes ethniques. Certains signes récents démontrent qu’il n’en est rien. Fier de sa majorité hors Québec, le PC semble vouloir foncer droit devant lui et ne rien changer à sa stratégie.

La politique canadienne (je devrais dire Harperienne) en rapport avec les juifs et les arabes est difficile à comprendre et le PM vient de l’indiquer à nouveau au G8 de Deauville en France. L’ensemble des chefs d’État, sous l’impulsion du président français Sarkozy, visent à établir un considérable plan d’aide économique pour les pays du printemps arabe. Après avoir, durant de longues décennies, largement financé et armé les régimes dictatoriaux de ces pays, les pays du G8 se tournent enfin vers les peuples arabes qui ont subi et chassé les despotes qui les dirigeaient. Ils veulent les aider à se donner les instruments démocratiques pour se diriger et les moyens financiers pour assurer leur développement économique.

Il me semble que c’est une position stratégique importante. Le potentiel du printemps arabe est si grand qu’il peut changer la face du monde, dans le bon sens, en rétablissant dans cette grande région orientale de la planète une qualité de vie qui permettra à ses peuples, dans un premier temps les Tunisiens et les Égyptiens, de reprendre leur place sur l’échiquier mondial. L’Occident ne peut manquer cette chance unique qu’offre le monde arabe.

Mais voilà, tous les pays sont d’accord, sauf le Canada. Pourquoi ? Le ministre tunisien des finances, bien diplomatiquement, blâme « le peu de liens forts avec le Canada ». Est-ce seulement çà ?

De son côté, le président américain Obama a reçu des éloges de la part des leaders mondiaux qui ont trouvé courageux son récent discours durant lequel il a préconisé que les négociations de paix entre Israël et les Palestiniens reprennent avec comme base de discussion de départ, les frontières d’avant la guerre de six-jours de 1967. Israël avait alors conquis l’est de Jérusalem, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ces frontières pourraient être modifiées par des échanges de territoires. Harper s’est montré en désaccord avec cette proposition.

Harper se prononçait peu sur le printemps arabe, au moment où le PM Israélien Benjamin Netanyahou exprimait ses craintes d’instabilité future, dans la région du Moyen-Orient, devant la montée des révolutionnaires égyptiens et autres. Ce n’est qu’à la toute fin de Moubarak qu’Harper les a appuyés.

De plus, il reconnaît encore le droit à Israël de continuer à construire de nouvelles colonies sur le territoire arabe occupé, alors qu’aujourd’hui Netanyahou argumente que la nouvelle démographie rend impensable de remettre Jérusalem-est aux Palestiniens. Après avoir refusé de se soumettre à toutes les résolutions de l’ONU demandant au gouvernement israélien d’arrêter les constructions, il plaide le fait accompli.

Netanyahou est actuellement engagé dans une campagne internationale pour contrer l’ONU qui veut reconnaître officiellement l’État de la Palestine. Le vote aura lieu bientôt et le Canada votera contre. Il sera un des rares pays à le faire. Harper est aussi opposé à l’union des deux partis politiques palestiniens, le Hamas et le Fatah, qui est comme un pré-requis pour la reconnaissance de leur État.

Et cela malgré les voix qui viennent de partout pour appuyer cette reconnaissance, comme celles de vingt personnalités israéliennes, dont plusieurs hauts anciens responsables. Ils affirment, dans une pétition : “Une proclamation de l’indépendance palestinienne n’est pas seulement un acte légitime, elle constitue un acte positif et constructif pour les deux nations”, israélienne et palestinienne, … “l’incapacité de la communauté internationale et en premier lieu des États Unis à relancer des négociations de paix, reflète une vérité déconcertante: la paix a été prise en otage du processus de paix“. L’appel est signé notamment par l’ancien procureur général de l’Etat Michael Ben Yair, l’ancien directeur du ministère des Affaires étrangères Alon Liel, l’ancien président du parlement Avraham Burg et par le prix Nobel en économie Daniel Kahneman.

Alors que le Canada a toujours eu une approche neutre, indépendante et sans parti pris dans le conflit israélo-palestinien, nous nous retrouvons aujourd’hui devant un premier ministre qui agit systématiquement en faveur d’une partie, en notre nom, sans avoir eu un mandat spécifique de notre part. Tout comme le fait la droite américaine. Netanyahou, reconnaissant, a affirmé publiquement que le PM Harper est le meilleur ami d’Israël parmi tous les chefs d’État.

Une telle politique m’attriste car elle ne rend justice à personne. Elle n’avance pas les choses. Elle nuit à la réputation du Canada comme le démontre le vote contre sa candidature au conseil de sécurité des Nations-Unies. C’est navrant et cela nous amène à nous demander si notre pays entretient une politique raciste lorsqu’il traite des arabes et des juifs ? Je ne peux le croire, mais en tout cas il semble en donner des preuves.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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