Le nouveau cabinet de ministres du premier ministre canadien Stephen Harper vient tout juste d’être assermenté par le Gouverneur Général du Canada. Il inclut quatre ministres du Québec (dont deux sont des ministres juniors qui dépendent d’un autre ministre) sur un total de 39 ministres. Ce n’est pas fort. On ne peut, cependant, blâmer le PM puisque que les Québécoises et les Québécois n’ont élu que cinq députés du Parti Conservateur du Canada (PC), dans les 75 comtés du Québec, lors de la récente élection fédérale.

Dans notre système parlementaire britannique, le premier ministre est tout-puissant et ceux de son entourage immédiat, « l’inner-circle », sont ceux qui ont le plus d’influence sur lui. Ils sont, par conséquent, les vrais moteurs de la gouverne du Canada. Aujourd’hui, comme le rapporte le journal torontois Le Star, seuls douze hommes composent ce vrai pouvoir à Ottawa, dont seulement six élus. Il n’y a aucune femme. Tous les autres ne sont que des porteurs d’eau.

Ce groupe dirigé par le PM comprend son chef de cabinet (le compétent Nigel Wright), le premier assistant de ce dernier (l’Ontarien Derek Vanstone), le ministre des finances (le respecté Jim Flaherty), son secrétaire principal (le réformiste Ray Novak), son responsable des politiques (le réformiste Paul Wilson), son directeur des communications (le Québécois Dimitri Soudas), le ministre du trésor (l’allianciste réformiste Tony Clement), le ministre de l’immigration (l’Albertain Jason Kennedy), le ministre des affaires extérieures (l’Ontarien John Baird), le ministre de la défense (Peter Mackay de la Nouvelle-Écosse) et le ministre de la justice (l’Ontarien Rob Nicholson).

Le maillon faible est Soudas, un québécois d’origine grec qui ne comprend rien à la sensibilité politique québécoise et qui s’est montré, durant les dernières années, d’une arrogance surprenante, déplaisante et improductive envers nous. Le PC ne va nulle part au Québec avec lui, comme vient de le démontrer clairement le résultat de la récente élection générale. Il est dans l’intérêt du PC et du Québec qu’il soit muté.

Quant aux autres membres du groupe des 12, ils sont forts compétents et aideront le PM a bien diriger le pays. Le malheur est qu’ils démontrent de la difficulté à comprendre l’approche politique des Québécois et, je dirais même, celle des francophones des autres provinces. On l’a vu, dans le passé, sur les questions du registre des armes à feu, de la défense de l’environnement, des propositions de « loi et ordre », du pro-militarisme excessif, du « copier-coller » de politiques de la droite de la droite de GWBush, de l’appui unilatéral à Israël dans le conflit israélo-palestinien, du manque de progressisme dans ses propositions, de la concurrence déloyale envers l’Hydro-Québec, etc.

Par contre, les Québécois d’âge moyen appuient les politiques conservatrices d’accroissement d’échanges commerciaux via de nouveaux accords de libre-échange avec l’Europe et d’autres pays, les bons rapports avec le président américain, la concentration des efforts du gouvernement sur l’économie, la prudence fiscale, les efforts pour réduire la taille du gouvernement, les déficits, la dette, etc.

Les Québécois ont été dupés par le Bloc Québécois qui a constamment cherché à « démoniser » Harper. Au lieu de débattre avec des arguments apolitiques, le Bloc a réussi, sur chaque sujet, à les rattacher à de supposés desseins morbides du PM canadien contre le Québec. Ces attaques de tous les instants ont porté fruit au point que les Québécois ont voté « tous, sauf Harper ». Mais, comme il y a de la justice dans tout, le Bloc a été surpris et éliminé. N’eut été de cette approche constamment négative, Harper aurait probablement fait élire plusieurs autres députés au Québec et aujourd’hui nous serions mieux représentés dans le parti au pouvoir à Ottawa.

Je me suis opposé souventes fois, dans mon blog, aux politiques de Harper mais sans attaquer sa personne et sans lui attribuer des motifs insensés ni malhonnêtes.

Contrairement au passé, où l’électorat était préoccupé par de grands enjeux politiques comme la construction du pipeline canadien, le plan national d’énergie, le bilinguisme et le biculturalisme, le respect des droits (fiscaux et autres) des provinces, le rapatriement de la constitution, l’accord constitutionnel du Lac Meech, etc., il réagit maintenant aux politiques qui le touchent directement sur la base de leurs valeurs respectives, comme ceux mentionnés précédemment. Cela a permis, pour une première fois, l’élection d’un parti majoritaire à Ottawa sans le Québec.

Le PM Harper a une grande tâche devant lui s’il veut atteindre l’unité nationale requise pour un grand pays comme le Canada. Il ne peut oublier que seulement 39,6% des électeurs ont voté pour lui et son parti, qu’il doit d’être le PM de tous les Canadiens et, pour se faire, doit reconnaître que ses positions politiques actuelles sont ancrées trop droite pour un grand nombre de ses compatriotes.

Si le PM Harper veut vraiment réussir à convaincre une grande majorité de ses compatriotes, entre autres les Québécois, de l’appuyer, le PM doit se repositionner vers le centre du spectre politique. Pour se faire, il serait utile qu’il ait dans son groupe des 12, de fortes personnalités québécoises et des femmes capables de faire la part des choses pour l’amener à bien servir tous les Canadiens.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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