Ce qui est triste du débat politique, dans notre pays et ailleurs, c’est qu’il dérape souventes fois vers les attaques personnelles. C’est particulièrement vrai au Québec lorsqu’on discute le pour ou le contre de l’indépendance du Québec.

Celui qui est le plus souvent visé est un des hommes les plus riches au Canada, le milliardaire et fédéraliste Paul Desmarais. Aux deux référendums tenus au Québec sur la question nationale, il fut très actif et tira toutes les ficelles possibles pour convaincre les Québécois de voter NON. C’était son droit le plus strict et on ne peut lui reprocher son action comme on ne peut blâmer les tenants du OUI, tel le banquier Claude Béland, ex-président des Caisses Populaires Desjardins. À chacun son opinion et sa liberté d’expression.

Paul Desmarais est un self-made man. Diplômé en commerce de l’université d’Ottawa, il quitte, à 23 ans, son premier emploi à Montréal pour retourner à Sudbury en Ontario, où il est né, pour acheter la petite compagnie d’autobus, de son père, qui est au bord de la faillite. Desmarais s’avère avoir le sens des affaires, être audacieux et capable de saisir les opportunités qui passent. Il sait ouvrir les portes pour obtenir du crédit. Dix ans plus tard, il contrôle la majorité du transport par autobus en Ontario et au Québec.

Sa rencontre avec le financier Jean-Louis Lévesque est déterminante puisque ce dernier qui avait réussi à enlever la commercialisation des bons du trésor du Québec à la finance anglophone, grâce au premier ministre Duplessis, développe une grande confiance dans le jeune Desmarais. Il le démontre lorsque Desmarais repère que la compagnie d’assurance Imperial Life pourrait être achetée. Lévesque croit que ce n’est qu’un rêve puisque « l’establishment anglophone ne la lâchera pas ». Pour Desmarais « ce n’est pas une question de langue, mais une question de cash » et il l’obtiendra grâce à sa ténacité, sa capacité de persuasion et au financement prêté par Lévesque. Ce dernier, au moment de sa retraite, propose de fusionner son holding à celui de Desmarais qui se retrouve à la tête d’une pléiade de compagnies (bateaux, confitures, meubles, assurances, fonds de placements, immeubles …).

En 1968, Power Corporation, dirigée par le célèbre Peter Thompson, est en difficulté. Les erreurs de ce dernier ajoutées à l’économie qui se dégrade mettent en danger ses entreprises. Les pâtes et papiers s’effondrent, le verre est en perte de vitesse, le transport naval et la construction de navires sont handicapés par des grèves, la construction est au ralenti… Thompson négocie un échange d’actions avec la compagnie de Desmarais et les deux deviennent partenaires égaux de Power. Deux ans plus tard, Desmarais achète la part de Thompson.

Grâce au fonds d’investissement de Power, Desmarais acquiert une autre papeterie et crée Abitibi-Bowater. Pour éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier, il décide de diversifier Power et achète le quotidien La Presse, trois quotidiens et 10 hebdos. Il vise aussi l’Europe, les USA et l’Asie. Il achète 5% de Paribas. Il devient ami de l’ambassadeur de Chine au Canada et détient 5% de Citic, une immense entreprise chinoise qui œuvre dans l’électricité, l’immobilier, les lignes aériennes, les fabriques d’acier et une mine de fer. Il achète la compagnie Great-West des Américains. Avec Albert Frère, financier belge, il fait des OPA (offre pour achat) d’entreprises en difficultés financières importantes, mais temporaires, et les relancent. Frère et lui détiennent près de 4,5% de Total et en deviennent des administrateurs.

Ce bref aperçu démontre combien de services Paul Desmarais a rendus au Québec et au Canada. Il a créé et sauver des centaines de milliers d’emplois, a su protéger les argents de tous ceux qui ont fait confiance à ses compagnies que ce soit en y investissant ou en payant des primes d’assurances ou de retraites. Personne n’a été trompé.

Cet extraordinaire canadien-français québécois a pris sa retraite, il y a plus de 10 ans, en cédant à ses deux fils la gérance de Power et des intérêts Desmarais. C’est cet homme, attaché à la liberté et à la démocratie, que les indépendantistes-souverainistes-séparatistes dénigrent encore parce qu’il est un fédéraliste, donc leur ennemi.

On traite Desmarais de prédateur ou d’écumeur qui ne pense qu’à un retour sur son argent, alors qu’il a toujours été un bâtisseur. Certes, comme tout bon dirigeant d’entreprise, il se devait d’être préoccupé par la rentabilité de ses entreprises puisque sans elle, elles ne pouvaient survivre. Desmarais s’est assuré qu’elles étaient bien dirigées et qu’elles avaient tout le capital nécessaire pour leur plein épanouissement. Et il a réussi.

Si on suit le raisonnement des critiques de Desmarais, Arthur Rock, le légendaire investisseur d’Apple était un prédateur-écumeur puisqu’il ne pensait qu’à la rentabilité de ses investissements ! Au contraire, il a été un homme de vision qui a cru dans Steve Jobs et les autres jeunes de Silicon Valley et qui, finalement, a permis à Apple de devenir la plus grande compagnie au monde. Comme Desmarais, il a pris des risques calculés et a gagné tout en permettant une révolution technologique mondiale incomparable.

On insinue que Desmarais planifie d’acheter l’Hydro Québec. C’est le plus ridicule fantasme que j’ai entendu. Jamais, au grand jamais, un premier ministre du Québec ne pourra convaincre les Québécois ou les Québécoises de vendre le fleuron de l’économie de la province. Il faut vraiment manquer d’arguments pour écrire de telles sornettes.

Quant au domaine Sagard des Desmarais, c’est un endroit particulier que seul un homme très riche peut entretenir. Il y a plusieurs Sagard dans le monde, en Écosse, au Royaume-Uni, aux USA, en France, en Suisse, en Belgique, aux Émirats Arabes, etc… et ils appartiennent tous à des hommes ou des femmes riches. C’est dans de tels endroits que ces grands personnages d’affaires aiment inviter leurs amis ou des individus qu’ils veulent apprendre à mieux connaître. Voilà pourquoi, à Sagard, sont invités des Bill Clinton, des GHW Bush, des Nicolas Sarkozy, des Dassault, des Peugeot, des Rothschild, des premiers ministres, des rois, des académiciens, des leaders d’affaires du monde, de Chine, des prix Nobel, des acteurs, des vedettes… en somme des gens qui marquent nos sociétés et qui sont pour la plupart des décideurs. La qualité de ses contacts aide un homme intelligent comme Paul Desmarais à réussir. À plus petite échelle, des ingénieurs-conseils comme moi, ou autres professionnels, avons toujours invité des décideurs à un match de golf, à un week-end, etc… C’est normal en affaires de faire connaître son entreprise, de bien connaître ceux qui décident et de créer des relations de confiance.

Paul Desmarais devrait être un exemple pour les jeunes Québécois. Son immense contribution au développement économique du Québec et du Canada devrait être célébrée hautement au lieu d’être dénigrée.

Je nous souhaite dans l’avenir des centaines de Paul Desmarais.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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