Le québécois Thomas Mulcair a finalement été élu, au quatrième tour de votation, chef du Nouveau Parti Démocratique (NPD) du Canada. Bravo pour les membres du parti et bravo pour tous les Canadiens. Je crois qu’il fera un excellent chef politique pour le pays et que son leadership sera salutaire pour le Québec.

Ce qui était remarquable au congrès d’hier, c’est que les Québécois représentaient à peine plus de 10% des 128 351 membres éligibles à voter. Mulcair a donc été élu par des Canadiens de toutes les provinces malgré que son adversaire principal, le torontois Brian Topp né au Québec et parfaitement bilingue, ait obtenu l’appui ouvert de l’establishment du parti. Ces bonzes n’approuvent pas la proposition de Mulcair de recentrer politiquement le parti, idée qu’il a lancée pour attirer un plus grand nombre d’électeurs au NPD afin de lui permettre, pour une première fois, de prendre le pouvoir et de gouverner le Canada. Dans son discours d’acceptation, le nouveau chef du NPD a réitéré officiellement son vœu d’attirer tous les progressistes canadiens à sa formation politique.

Ce congrès a permis de mettre en évidence neuf candidats de grande valeur, méconnus par l’ensemble des Canadiens. Sous Mulcair, ils deviendront les piliers de la députation néo-démocrate à la Chambre des communes et l’opposition officielle sera transformée, solide et efficace. Il est temps que le premier ministre Stephen Harper et son parti conservateur (PC) trouvent chaussures à leurs pieds.

La difficulté principale qu’aura Mulcair pour atteindre son objectif plane à l’horizon. En effet, le Parti Libéral du Canada (PLC) organise, lui aussi, une course au leadership pour remplacer son chef démissionnaire, Mikael Ignatieff. S’il déniche un bon leader, le parti prendra la place qui lui revient sur l’échiquier politique canadien. Il y a donc un risque que le vote anti-conservateur soit divisé entre le NPD et le PLC. Avec trois partis forts, on peut prévoir qu’à la prochaine élection, le parti avec la pluralité des sièges formera un gouvernement minoritaire. Il reste à espérer que ce ne soit pas encore le PC puisque cela permettrait à celui-qui-va-à-contre-sens-des-québécois, Stephen Harper, de se maintenir au pouvoir. Thomas Mulcair aura donc beaucoup à faire pour y accéder.

Dans un premier temps, il devra chercher à solidifier sa base québécoise. Les 58 députés néo-démocrates du Québec ont tous été élus pour un premier mandat alors que la très grande majorité d’entre eux n’était absolument pas prête à devenir député. La tâche de faire réélire ces élus à la prochaine élection générale est gigantesque. C’est celle de Mulcair. Ce dernier qui n’a pas le charme du « bon Jack » devra compenser la confiance que ce dernier générait par un leadership entraînant. Chaque député devra durant les trois prochaines années se donner à plein pour bien connaître son travail, définir les vrais besoins de ses électeurs, les aider et les rencontrer le plus possible. Grâce aux politiques sociale-démocrates du NPD et les qualités « d’homme de principe » que Mulcair a démontrées aux Québécois alors qu’il était ministre à l’Assemblée Nationale, le parti a toutes les chances de conserver la sympathie de l’électorat de sa province.

Mulcair devra aussi concentrer ses efforts sur les trois provinces du centre du pays, de la frontière ouest de l’Ontario à celle de la Colombie Britannique. Le NPD n’a que trois des 56 députés de ce territoire qui lui est normalement sympathique grâce au fait que le parti a été créé dans ce coin du pays par de grands leaders politiques comme Tommy Douglas, le père du programme canadien d’assurance pour les soins de santé. Au niveau provincial, le Manitoba a un gouvernement NPD et la Saskatchewan a déjà eu jusqu’à récemment de tels gouvernements. Au fédéral, ce sont les conservateurs qui y règnent en rois et maîtres. Tout siège enlevé au PC devient un gros plus pour le NPD. C’est un potentiel réel qui exigera un travail colossal !

De plus, il y a le milieu ouvrier canadien qui appuie fortement le NPD et sans lequel, à ce jour, le parti n’aurait probablement pas survécu durant les années difficiles. Lorsque Mulcair tentera de recentrer politiquement le NPD, il devra le faire avec l’aval des syndicats. Il ne peut mettre en jeu ce support précieux qui a été, souventes fois, l’élément motivateur pour l’adoption des politiques NPD, particulières aux domaines social et du travail. Mulcair pourra rassembler les progressistes, mais il devra le faire sans bousculer les syndicalistes.

Un autre aspect important sera la solidarité de tous les membres du parti envers le chef et ses politiques. Je crains que Mulcair rencontre quelques difficultés de ce côté-là. Lui, qui a quitté le parti libéral du Québec parce qu’il n’était pas d’accord avec certaines prises de position du cabinet des ministres où il siégeait et avec lequel il se devait d’être solidaire, n’a pas ainsi donné un bon exemple. Il risque de se voir confronter par des députés qui seront en désaccord avec lui comme sur le débat de l’évolution du parti vers le centre. Il sera intéressant de voir sa réaction dans un tel cas.

Thomas Mulcair a donc un défi d’envergure. Ses qualités de persuasion et son expérience politique seront bientôt mises durement à l’épreuve. Je lui souhaite bonne chance.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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