C’est en 2000 que j’ai vu Lance Armstrong pour la première fois. C’était lors du départ de l’étape Avignon-Draguignan du Tour de France, près du pont d’Avignon. Il avait gagné un premier Tour en 1999, et en un rien de temps sa réputation était devenue quasi internationale. J’avais pu dénicher une place sur le pont d’Avignon pour bien l’observer. Il portait, à ce moment-là, le maillot jaune et était facilement détectable dans le tableau multicolore des dossards de coureurs et du cirque d’entraîneurs, d’aides et de journalistes qui faisaient partie du Tour. Un moment électrisant et inoubliable. Tous les yeux étaient rivés sur Armstrong.

Il avait un air reposé, calme, souriant et intelligent, et agissait avec affabilité et de façon amicale avec ses compétiteurs, la presse et les amateurs. Son apparence de puissance générait la confiance et la supériorité d’un champion imbattable.

Armstrong gagna le Tour de 2000 et ajouta en plus à son palmarès, cette année-là, une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Sydney. Ce fut ainsi, d’année en années jusqu’au jour où il prit sa retraite en 2005 après avoir remporté le maillot jaune de sept Tours consécutifs. Du jamais vu. Mais il revint pour arriver 3ième en 2009 à Paris et 23ième en 2010. Et tout cela malgré que ses médecins lui aient découvert un cancer en 1996.

Face à la force et la supériorité d’Armstrong, des soupçons prirent racines. Dès le Tour de 2000, son équipe US Postal est visée et accusée d’être composée d’utilisateurs de drogue. Armstrong nie. Puis, l’année suivante, on les accuse de faire de l’autotransfusion sanguine de micro-doses d’EPO indétectables afin de prolonger les effets de la substance. Armstrong nie avec véhémence et poursuit en justice ses accusateurs. En 2006, il poursuit le London’s Sunday Times et gagne. Une société française lui paye 7,5 millions $ pour l’avoir accusé « faussement ».

En mai 2010, un membre de son équipe, Floyd Landis, avoue s’être dopé durant sa carrière et affirme que Lance Armstrong a fait de même. Ce dernier nie. La Food and Drug Administration (FDA) américaine ouvre une enquête qui mène nulle part et finalement, en 2012, c’est l’Agence américaine antidopage (USADA) qui décide de la poursuivre. Armstrong nie. Certains de ses anciens coéquipiers viennent attester qu’il « avait eu recours au dopage à l’EPO, aux transfusions sanguines, à la testostérone, et à la cortisone durant une période allant d’avant 1998 jusqu’à 2005, et qu’il avait auparavant utilisé de l’EPO, de la testostérone et de l’hormone de croissance en 1996 ». Armstrong nie toujours et assène des attaques virulentes contre celles et ceux qui l’accusent. Mais il est empêché de participer à des triathlons organisés par la World Triathlon Corporation et notamment l’Ironman de Nice en 2012.

Finalement, le 24 août 2012, Armstrong reconnaît indirectement les résultats obtenus par l’USADA qui portent sur « l’usage de substances et méthodes interdites, la possession de substances et méthodes interdites, le trafic, l’administration ou tentative d’administration à d’autres sportifs et assistance, l’incitation, la contribution, la dissimulation ou toute autre forme de complicité impliquant la violation d’une règle antidopage ».

Armstrong est sanctionné le 22 octobre dernier par l’Union cycliste internationale (UCI), qui retire les sept tours de France de son palmarès et le radie à vie. Armstrong nie toujours.

Finalement, avant-hier et hier, Armstrong avoue, lors d’une interview télévisée avec la renommée Oprah Winfrey, avoir eu recours à des pratiques dopantes pour toutes ses victoires au tour de France. Il nie néanmoins avoir forcé ses coéquipiers à se doper. « Oui, j’étais un tyran », concède Armstrong, qui reconnaît avoir fait pression sur ses coéquipiers pour gagner, mais il jure qu’il n’a jamais menacé de virer un coureur qui refusait de se doper ni menacé leur épouse. Il avoue à Oprah que dans le but de tout contrôler, il avait poursuivi des gens qui disaient la vérité. Il n’a pas voulu incriminer qui que ce soit d’autres et explique ses gestes par la « culture » de dopage qui existait au sein du cyclisme professionnel à son arrivée. Tous voulaient améliorer leur performance, dit-il, c’était « comme mettre de l’air dans les pneus ».

Pour minimiser les faits, il qualifie ses pratiques de dopage de « clairement professionnelles et intelligentes, mais en aucun cas à l’échelle de ce qui se passait en Allemagne de l’Est » dans les années 1980. On n’a qu’à se rappeler les JO de 1976 à Montréal, où les athlètes allemands de ce pays ont démontré leur supériorité dans presque toutes les disciplines.

Armstrong a donc été un tricheur durant toute sa vie de compétiteur cycliste. Fervent admirateur, j’en suis profondément déçu. J’ai toujours cru en lui car je ne pouvais pas m’imaginer qu’il mentait. N’a-t-il pas passé avec succès tous les tests de dopage, que ce soient ceux de l’UCI ou des JO ? Comment se fait-il que ces tests n’aient jamais rien détecté. Les organisateurs des Tours avaient-ils intérêt à garder Armstrong intact puisqu’il leur apportait beaucoup d’attention et de sous ?

Nous savons aussi qu’un très grand nombre d’autres coureurs se sont aussi dopés. Même Alberto Contador, qui a gagné deux Tours après Armstrong, a reconnu avoir pris des produits dopants. Quant aux non-dopés, dont on ne connait pas le pourcentage, ils étaient à la queue du peloton. On peut se demander, si ce n’est pas là qu’étaient, en fait, les vrais champions de tous ces Tours de France puisqu’Armstrong est le champion des dopés.

Avec le succès et l’argent qu’il a gagnés, Lance Armstrong a créé la Fondation Livestrong pour aider des malades du cancer. Aujourd’hui, il a dû quitter sa fondation et il voit ses revenus venant de commanditaires comme Nike s’évaporer. De plus, il est question que le gouvernement américain qui a financé l’équipe US Postal demande à être remboursé. Il est donc probable que d’autres pensent faire de même et Armstrong aura à faire face à de nombreuses poursuites judiciaires. Ajouté à la peine profonde qu’il fait à ses proches, il est un homme défait.

Armstrong a caché la vérité et a trop souvent nié avec véhémence les accusations proférées contre lui. Il s’en prenait méchamment à tous ceux qui affirmaient qu’il trichait, même lorsque les accusations étaient faites sous serment. Il a menti même après que ses coéquipiers eurent avoué.

Lance Armstrong a été façonné par son sport qui en a fait un immense champion. Malheureusement, il l’a déshonoré. Il ne sera pas accusé de parjure criminel, mais son pitoyable mensonge, qui a duré des années, est monumental puisqu’il visait à en faire un homme prestigieux, riche qui devenait une inspiration pour les cancéreux. D’un coup d’éponge, sa célèbre carrière professionnelle a été effacée des pages d’histoire. Ses records de cycliste sont devenus un record de honte.

Ce qui arrive à Lance Armstrong, qui a connu une gloire hors de l’ordinaire, devient une leçon importante pour tous les autres cyclistes et surtout pour tous ses jeunes admirateurs.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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