Encore une fois, un gouvernement péquiste veut nous embarquer dans un débat pour séparer le Québec du Canada. Au moment où les gouvernements du monde, le Canada et le Québec inclus, vivent des problèmes économiques et fiscaux de plus en plus importants, voilà que la PM du Québec, Pauline Marois, relance le débat sur la séparation avec le slogan « la souveraineté, c’est payant ».

Le Québec, nonobstant le haut montant de péréquation que le gouvernement fédéral lui verse annuellement, ajouté à nos taxes, dont les taux sont les plus hauts du pays, demeure une province « pauvre » du Canada. Mais c’est temporaire car dans quelques années tout va changer, d’après Marois. En effet, nous serons devenus si riches que le Québec ne recevra plus de versement de péréquation annuelle. WOW ! bonne nouvelle ! Tant mieux si cela arrivait. J’ai toujours rêvé à ce moment qui signifierait qu’en tant que membre de la fédération canadienne nous aurions finalement, grâce à tous nos efforts, amélioré notre capacité de production et de services au point de générer des revenus pouvant faire du Québec : une province « riche » du Canada.

« C’est un bon moment pour quitter le Canada » dit Pauline Marois, si nous voulons atteindre et profiter du niveau de richesse qui, selon elle, nous attend à l’horizon.

Pour atteindre cet apex, il faudra que les choses changent radicalement car nous sommes loin d’être riches. Stephen Jarislowsky, gestionnaire et investisseur renommé de Montréal, nous l’a rappelé dans une récente déclaration qui nous ramène vite à la réalité.

Tout le monde connaît les problèmes de la Grèce. C’est en particulier l’endettement découlant de ses dépenses effarantes qui ont tué sa capacité de concurrencer sur les marchés mondiaux et de rembourser sa dette. Or, « le Québec est dans une position similaire », affirme Jarislowsky. Soulignant que 25% de nos travailleurs sont soient syndiqués ou fonctionnaires, gagnent davantage que le secteur privé et ont et auront tous des pensions indexées, il s’écrie « Ça ne peut durer » sinon c’est la catastrophe.

Il faut rappeler que le ministère des finances du Québec, calquant la méthode de calcul de l’OCDE, estime que Québec est la province canadienne la plus endettée du Canada. Et, plus que le Canada dans son ensemble, les USA, la France…

Nos gouvernements passés ont agi trop souvent en fonction de gagner leur réélection. Ils ont généralement évité de poser les gestes nécessaires à la réorientation progressive et solide de l’économie québécoise. « Nous avons besoin d’un gouvernement responsable » de dire Jarislowsky.

Il estime que le prix des matières premières va baisser, que cela affectera négativement le plan Nord et fera en sorte que les revenus additionnels générés par les augmentations des redevances minières imaginées et promises par le gouvernement Marois risquent de devenir des chimères.

Par ailleurs, la diminution actuelle du nombre des transactions immobilières démontre que les propriétés au Québec sont trop chères et que la tendance à la baisse est réelle et risque de s’accentuer. Dans l’ensemble du Canada, elles sont surévaluées de 20%. Plusieurs observateurs avertis craignent que la bulle immobilière éclate. Et, quand le bâtiment ne va pas, peu va…

L’autre problème, est le niveau d’économie chez les Québécois et Québécoises. Les taux d’intérêt étant presque nuls, ces derniers ne sont pas motivés à épargner. On vit avec sa ligne et sa carte de crédit et, comme un funambule, on jongle à chaque fin de mois pour assurer son équilibre. Sur ce sujet, Jarislowsky rappelle « la relance de l’économie va se faire avec l’argent épargné et non l’endettement ». Il craint que la continuation de l’augmentation de l’endettement nous mène vers une période de « 20 ans sans essor économique ». On le voit déjà dans les pays du sud de l’Europe et même en France. Hollande parle de croissance mais en fait sa gouvernance l’empêche et il ne peut faire autrement. Au Québec, nous profitons depuis les récentes années de la réalisation de nombreux programmes de constructions et de rénovations des infrastructures. C’est suite à une initiative du gouvernement du Canada que le Québec a décidé d’y participer activement. Sans ces projets où serions-nous ? Le taux de chômage serait sûrement beaucoup plus élevé que le 7,1% actuel ? Malheureusement, le fédéral et le Québec annoncent vouloir réduire leurs efforts dans ces domaines vitaux, pour maintenir la relance, à cause de leurs problèmes budgétaires. Ça risque de faire mal…

Depuis toujours, Montréal est le moteur économique du Québec. « Cependant on constate que l’argent normalement dévolu à la métropole prend maintenant, plus souvent qu’autrement, la direction des régions », explique Jarislowsky. Et cela pour des raisons de pouvoir politique. Ce n’est pas le bien être économique du Québec qui est la priorité mais la capacité des gouvernements de rester au pouvoir. « Un vote de Montréal vaut moins qu’ailleurs », souligne Jarislowsky avec raison. Les régions deviennent plus puissantes et accaparent des fonds.

Il qualifie Charest de « fainéant » pour n’avoir pas été plus productif, Maintenant, un gouvernement minoritaire rejette l’exploration des gaz de schiste et laisse les élus municipaux (ils pensent aussi à leur réélection) décider de l’exploitation de cette ressource naturelle pouvant bénéficier à tous. On ne veut pas en produire chez nous mais on en importe des USA. Drôle de logique économique que celle de ces idéologues, devenus ministres, qui gèrent les questions importantes touchant les ressources naturelles et l’environnement selon leurs objectifs personnels, tout en ignorant la réalité et l’intérêt général.

Un autre problème, souligné par Jarislowsky et qui n’est pas seulement celui du Québec, est l’âge fixé pour la retraite. La vie se prolonge à 82 ans, une augmentation de 12 ans depuis les 25 dernières années, alors que l’on travaille toujours de 30 à 40 ans. En plus, les baby-boomers accèdent à cette tranche de la vie. Cela fera en sorte que les régimes de pensions vont de toute évidence manquer de fonds. Il devient incontournable que l’âge de la retraite passe à 70 ans au lieu de 67 ans. Si elle veut que le Québec soit riche, la PM Marois devra agir sans hésitation, sinon notre futur économique ne sera pas aussi rose qu’elle le pense et cela n’a rien à voir avec la séparation.

Depuis son élection, Pauline Marois a agi en personne sage, expérimentée et n’a pas voulu trop bousculer la cage. Elle a démontré qu’elle sait que le temps est au travail et à l’investissement et non pas nécessairement au placotage séparatiste. Mais elle est chef d’un parti dans lequel bouille une nouvelle ferveur indépendantiste activée par une nouvelle génération poussée par l’ancienne. Pour le chef d’un tel parti rien n’est facile. Alors pour rallier les résistants à son gouvernement, elle donne le signal à ses troupes de « retrousser les manches » et d’affirmer partout que la séparation du Québec est pertinente, alors qu’elle ne l’est pas. Et elle le sait, puisque les sondages de Léger Marketing et CROP (et sûrement ceux de son parti) démontrent que le nombre de Québécois et Québécoises qui la favorise est graduellement à la baisse et frise actuellement 30%, nonobstant le fait que le gouvernement Harper fasse tout pour déplaire aux Québécois.

Pour chercher à démontrer la justesse de sa prévision de richesse future, Marois fustige le gouvernement fédéral qui investit 20 milliards $ dans la construction de navires militaires canadiens dans les provinces maritimes au lieu d’au Québec. « C’est notre argent aussi » déclare-t-elle, laissant entendre que cet argent serait dépensé au Québec, si celui-ci ne faisait pas partie du Canada. Elle néglige de souligner qu’un très grand nombre de fournisseurs, de sous-traitants et de travailleurs québécois participeront à la réalisation de ce projet.

De plus, Marois semble avoir oublié (on ne peut la blâmer puisqu’aucune personne d’affaires ne fait partie du cabinet des ministres pour lui rappeler) qu’il y a à peine quelques années le gouvernement canadien a favorisé Montréal au lieu de Winnipeg pour l’entretien des chasseurs F-18, confirmant Montréal comme capitale de l’aéronautique canadien. Il aida aussi au renforcement de l’avionnerie Bombardier Aéronautique dans la métropole en facilitant l’achat, par elle, de Canadair et de De Haviland.

Bombardier en plus de ses avions d’affaires et autres, vend de plus en plus les avions régionaux de sa série C, capables de transporter de 100 à 150 personnes. Elle concurrence Airbus, Boeing et l’avionnerie brésilienne Embraer.

La permanence et le développement de notre avionnerie a favorisé la création de centaines d’entreprises de fournisseurs spécialisés, réparties partout au Québec et au Canada. Des dizaines et des dizaines de milliers d’emplois à long terme, de haute technologie et de hauts salaires ont été créés. De nouveaux métiers s’ajoutent sans cesse grâce à de nouvelles technologies comme, par exemple, le nouveau matériel de fuselage « composite ». En plus ces fournisseurs, tels Rolls-Royce pour les moteurs, CAE pour l’électronique et d’autres, d’importance égale ou moindre, vendent maintenant non seulement à Bombardier mais aussi à ses concurrents. Plusieurs signent même des contrats de produits dérivés de l’application Bombardier à des constructeurs de métros et d’équipements de transport dans le monde.

Bombardier Aéronautique engage plus de 70 000 personnes sur la planète. Ça c’est de l’aide gouvernementale qui rapporte à court et long terme et une démonstration que Montréal est le moteur économique du Québec.

Si Jarislowsky a raison, et je le pense, le temps est de faire face à la musique, de prendre les décisions qui s’imposent et de travailler davantage, car des jours difficiles s’annoncent. Et cela s’applique à chacun de nous et à notre gouvernement. Il est facile de jacasser de séparation surtout en brandissant le mythe d’une richesse basée sur des probabilités discutables, mais est-ce réaliste et dans notre intérêt comme nation ? Je ne crois pas que ce soit payant à ce moment-ci !

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Jean-Claude Dupras

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