C’est en mai 2006 que le gouvernement du Québec accordait à la compagnie Bombardier un contrat de 1,2 milliards $ pour la construction de wagons de métros. Cet important contrat fut accordé sans soumissions et les compétiteurs internationaux dont le français Alstom et l’allemand Siemens se révoltèrent de cette manière de faire.

Le ministre d’alors avait invoqué l’argument que Bombardier était le seul fabricant avec des usines au Canada et que la décision gouvernementale n’allait pas à l’encontre des règlements de l’Organisation des Marchés Internationaux.

Je me suis alors opposé à cette décision car je crois qu’elle n’était pas dans les meilleurs intérêts du Québec. Le principe des soumissions pour les achats publics étant sacrosaint pour un gouvernement, j’estimais que le favoritisme québécois pourrait nuire au développement de Bombardier dans le monde.

Alstom fit appel à la Cour supérieure du Québec pour revoir l’octroi de ce contrat et le juge vient de rendre jugement. Il annule le contrat car ce dernier ne respecte pas le principe des soumissions publiques.

J’étais en France, en octobre 2006, lorsque la SNCF (la compagnie des chemins de fer français), suite à des soumissions auxquelles participèrent Alstom et Bombardier, choisissait cette dernière et lui octroyait le « contrat du siècle ». C’est une commande ferme de 172 trains assortie d’une option sur 200 autres, le tout pour un montant de quelques 4 milliards d’euros.

Une clameur d’indignation surgit en France contre cette décision et une protestation collective s’éleva de tous les milieux. L’argument principal utilisé fut justement le fait que le Québec n’avait pas permis à Alstom de soumissionner pour les wagons de métro de Montréal.

Les dirigeants français se justifièrent en affirmant que le groupe canadien avait une grande expertise dans le domaine et qu’il était normal de demander des soumissions publiques. Ils déclarèrent aussi que Bombardier avait présenté la meilleure offre et qu’elle avait plusieurs usines en France où serait réalisé le contrat.

Encore là, en octobre dernier, Alstom fit appel au tribunal administratif de Paris. Il vient de retirer son recours judiciaire puisqu’après quelques négociations, un accord a été trouvé entre Alstom et Bombardier sur « des prestations d’ingénierie, sur l’assemblage d’une partie significative des voitures et sur la fourniture d’une partie des Bogies,…. ».

Il est à espérer que l’injustice qui a été faite à Alstom au Québec se règle, car la France, pour répondre à l’explosion de son trafic régional, s’apprête à accorder de gigantesques commandes qui pourraient totaliser près de 15 milliards d’euros. Il pourrait y avoir « trois ou quatre » appels d’offres en 2008-2009 touchant près de 1,000 trains régionaux à grande capacité, 300 trains à deux niveaux pour Paris et le remplacement des TGV les plus anciens. Et, il y a les autres pays.

Bombardier Transport a déjà reçu une partie du cahier des charges français et son président Jean Bergé a annoncé que sa compagnie « sera présente sur l’ensemble des appels d’offres ».

En plus, Bombardier veut proposer dans l’avenir son train à grande vitesse, baptisé Zefiro, qui n’a encore jamais reçu de commande. Elle sera alors en concurrence directe avec Alstom (avec laquelle elle construit les TGV à deux étages pour cette dernière) et Siemens (avec laquelle elle construit le train allemand ICE3 pour cette dernière).

Jean Bergé estime que «le monde des consortiums est en train de se terminer” et « entre dans des compétitions où chacun arrive avec son produit ».

Le Québec doit jouer « visière levée » s’il veut réellement aider Bombardier à continuer sa progression pour la vente et la construction de ses trains et de ses avions. La mesquinerie n’est pas de mise. Les retombées pour le Québec et le Canada sont immenses. Si on veut que Bombardier et d’autres de nos compagnies soient traitées impartialement dans le monde, il nous faut aussi traiter les compétiteurs internationaux équitablement car, qu’on le veuille ou non, nous jouons maintenant dans la cour des « grands ».

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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