Hugo Chavez est mort. Ce n’était pas n’importe qui ! Énergique, passionné, tribun, populaire, politiquement talentueux, il semblait indestructible. Il a été élu 12 fois et pourtant les critiques le disaient antidémocrate. Les pauvres l’aimaient et Dieu sait qu’au Venezuela, à son arrivée au pouvoir, il y en avait des millions dans les favélas qui entourent Caracas, et partout au pays. J’ai visité deux fois le pays à ce moment-là et j’ai été éberlué par la paupérisation de son peuple. On pouvait le constater même à l’aéroport international, au centre-ville, partout.

Atteint de cancer, Chavez a cru être guéri l’automne dernier (du moins c’est ce qu’il a dit) et a entrepris sa dernière campagne électorale qui le reporta au pouvoir pour six ans. Mais la maladie était toujours en lui et ses proches ont vite compris qu’il était irrémédiablement perdu. Il retourna vite à ses médecins cubains et une dernière opération scella son sort. Il ne put être assermenté pour son nouveau mandat comme l’exigeait la constitution de son pays. Il avait à peine 58 ans.

Les pauvres le pleurent puisqu’ils ont perdu leur « Robin des bois ». Pour eux, Chavez prenait aux riches pour leur donner leur butin.

Advenant son décès, Chavez avait indiqué vouloir être remplacé par son vice-président Nicolas Maduro. Les observateurs avertis estiment que ce dernier sera élu grâce au vote de sympathie que génèrera la mort du caudillo vénézuélien. Mais ce n’est pas certain puisque l’adversaire de Maduro sera le jeune centriste Henrique Capriles, le même qui s’opposa à Chavez à la dernière élection et qui avait réussi à diminuer sa majorité de 15% l’abaissant ainsi à 11%. Ce sera une élection intéressante à suivre.

Mais remplacer Chavez ne sera pas facile. Ses lectures de jeunesse lui avaient fait découvrir le vénézuélien Simon Bolivar, le grand révolutionnaire de l’Amérique du sud et il avait calqué sa politique sur celle de son idole au point de nommer le Venezuela, république bolivarienne. Chavez est devenu le chef politique le plus connu de l’Amérique du sud et dans le monde entier, presqu’autant que son ami Fidel Castro. Il avait une main ferme sur la conduite du pays au point que plusieurs de ses adversaires dans son pays et ailleurs, le traitaient de dictateur, de corrompu et qualifiaient son régime d’autocratie financée par le pétrole.

Né pauvre, de parents instituteurs, il rêvait dans sa jeunesse de devenir un joueur de baseball professionnel. Peut être que les Montréalais l’auraient connu autrement, durant les années 75-90, s’il était devenu membre de l’équipe des Expos de Montréal en compagnie de son compatriote Andrés Galarraga. Pour atteindre son rêve, il joignit l’académie militaire parce qu’elle avait un bon club de baseball. Mais de pensée gauche, il regroupait autour de lui ses amis pour parler d’avenir et conspirait contre le gouvernement. Petit à petit naissaient ses ambitions politiques.

À ce moment-là, le prix du pétrole plongea. Un régime d’austérité fut imposé. La pauvreté se répandit. La corruption s’implanta. Des manifestations anti-gouvernementales éclatèrent et l’armée, cherchant à maintenir les foules, tua près de 400 personnes. Hugo Chavez crut son moment arrivé. Devenu lieutenant-colonel d’un bataillon de parachutistes, il entreprit de renverser le président Andrés Perez. Il fit une erreur et fut jeté en prison pour deux ans. Ses nombreuses lectures lui firent comprendre que l’histoire d’un pays s’écrit par de grands hommes. Surtout de grands militaires. À sa sortie de tôle, en 1994, il rendit visite à son idole Fidel Castro pour trouver conseils auprès du père de la révolution cubaine.

Démocrate, il avait la conviction que la voie électorale était un chemin plus sûr vers le pouvoir que la force. Il devint candidat à la présidence en décembre 1998 et remporta 56% des suffrages. Sa campagne porta sur la mise en place d’une nouvelle constitution par référendum, la fin de la pauvreté et de la corruption. Il gagnera trois autres élections présidentielles avec de bonnes majorités. Cependant, comme chef de la nation, il était impatient et ne voulait pas attendre qu’un consensus se développe pour agir. Cela lui causa des problèmes, au point qu’en 2002 l’armée lui soutira son appui, suite à des émeutes anti-Chavez. Il démissionna mais, quelque temps après, l’armée se ravisa et le restaura au pouvoir devant la montée des conservateurs. Hugo Chavez venait de prendre une bonne leçon et en peu temps plaça à tous les postes clefs, même dans les cours de justice, des individus qui lui étaient loyaux. Il alla jusqu’à enlever quelques pouvoirs aux gouvernements des États et à l’Assemblée Nationale pour assurer son autorité.

Puis, le pétrole vint à la rescousse de Chavez. Le prix mondial du précieux liquide grimpa spectaculairement et comme c’était le principal produit d’exportation du Venezuela, les revenus du pays s’amplifièrent rapidement. Profitant de la situation et voulant aider ses pauvres, Hugo Chavez fit une entente humanitaire avec Fidel Castro. Le Venezuela vendrait son pétrole à Cuba à prix de rabais et en retour Cuba fournirait médecins et infirmières pour les soins primaires de santé. De plus, Cuba fournirait des enseignants pour l’éducation des adultes. D’autres missions suivraient. Ainsi chaque pays serait bien servi. Cuba avait un taux de personnel médical trop élevé et un grand besoin de pétrole et les services sociaux du Venezuela étaient inadéquats et insuffisants pour sa population grandissante et pauvre. De plus, pour assurer sa sécurité, Chavez s’entoura de gardes cubains.

Puis vint GWBush. Chavez profitant de l’impopularité mondiale de GWBush se moqua de ce dernier sur toutes les tribunes dont celle de l’ONU. Ses positions anti-américaines renforcèrent sa position politique au pays, particulièrement chez les pauvres, et il put résister au coup monté par les Américains en 2002 pour le renverser.

Grâce à l’entente avec Cuba, Chavez gagna le référendum de 2004 visant à le démettre de sa fonction. Le lendemain, il s’attaqua aux médias privés qui s’étaient rangés contre lui et devint impitoyable face aux signataires de la demande de référendum.

En 2006, suite à une victoire électorale sensationnelle, Chavez annonça l’implantation du socialisme dans son pays. Il nationalisa de grands pans de l’économie, comme les télécommunications, l’électricité, l’agriculture, le ciment et ce qui restait de l’industrie pétrolière encore aux mains d’entreprises privées.

En 2007, voulant rendre constitutionnelles ses propositions de changements, il lança un référendum. À sa surprise, il le perdit. Par la suite, il se permit de contourner cette embûche par décrets présidentiels.

Durant son règne, le nombre de fonctionnaires doubla, une milice de 125 000 hommes qui relevait de lui fut crée et il finança des conseils communautaires qui prenaient les décisions relevant normalement de gouvernements locaux. Pour lui, c’était de la démocratie directe; pour ses critiques, une main mise du président pour conserver son pouvoir.

Avec le temps, l’économie vénézuélienne dépendait de plus en plus du pétrole et des importations. La production des fermes nationalisées diminuait. L’inflation s’installait malgré le contrôle des prix. Les infrastructures s’usaient. Les pannes de courant plus fréquentes. Les hôpitaux mal entretenus. Le crime revenait avec la violence d’antan et Caracas devint un point d’entrée de la drogue à cause d’agents de sécurité soudoyés.

Malgré cette situation de plus en plus insoutenable, les Vénézuéliens ne blâmèrent pas Hugo Chavez, l’« homme des pauvres ». Son intelligence, sa sincérité et son instinct politique les charmaient. Les statistiques nous démontrent pourquoi : la pauvreté se situait à 49% à son arrivée, elle est à 29% à son décès. Durant le même temps, elle diminua de 14% en Amérique latine.

À l’étranger, Chavez se servit de son pétrole pour monter une front anti-influence-américaine. La Bolivie et l’Équateur votèrent pour des partis de gauche. Il en fut de même de petits États de l’Amérique centrale et des Caraïbes. Il a maintenu une alliance avec les « guérillos » de Colombie. Il contribua à l’élection de Christina Fernandez d’Argentine. Il collabora avec le président brésilien Lula et la présidente actuelle. Avec chacun, il organisa des marchés de biens et de services inter-états du sud. De plus, il forgea des alliances avec l’Iran d’Ahmadinejad, l’Irak de Saddam, le Zimbabwe de Mugabe, la Syrie d’Assad et la Russie de Poutine. Aujourd’hui, lendemain de son décès, on peut voir dans les médias tous les hommages rendus par ces chefs d’États à Hugo Chavez.

Le futur n’est pas rose pour son successeur Maduro qui n’a ni l’autorité ni le talent de Chavez pour communiquer avec la masse. L’économie a ralenti et il y a pénurie de biens importants et essentiels. Le bolivar vénézuélien vient d’être déprécié de 32%. L’état qui a été mal gouverné n’est plus capable de concurrencer sur les marchés mondiaux. Les millions de nouveaux étudiants universitaires risquent d’être fortement désappointés lorsqu’ils seront diplômés.

Chavez a-t-il manqué l’opportunité de donner à son pays, suite au boom du pétrole, une infrastructure de classe mondiale avec le meilleur système d’aide sociale qui soit ou a-t-il réussi à le sortir de l’abime de la pauvreté dans lequel il était condamné pour lui permettre de mieux s’élancer dans l’avenir. Les Vénézuéliens de demain le diront.

Quoiqu’on en dise, Hugo Chavez n’était pas un leader comme les autres.

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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