Accueil Jean-Claude Dupras Et si Fidel avait raison…

Et si Fidel avait raison…

- Imprimer ce texte - Cliquez sur mon nom pour m'envoyer un message

Partagez cette page avec :

Il prend du mieux. Alors que plusieurs le voyaient mort et le régime cubain renversé par les exilés de Miami, Fidel Castro retrouve une bonne santé. On a dit et redit que le système de soins de santé de Cuba est un des meilleurs au monde et voilà que la démonstration se fait par le regain d’énergie du « commandante ». Impressionnant !

Pour sa rentrée, après huit mois d’hospitalisation, Fidel, a choisi le thème pour son retour aux affaires. Il dénonce la récente proposition du président américain Bush en rapport avec le choix de l’éthanol comme produit énergétique à partir du maïs pour remplacer le pétrole. Impressionné par le Brésil qui a développé l’utilisation de ce produit comme combustible pour les autos du pays, Bush propose au président brésilien Lula un partenariat, pour développer ce procédé à l’échelle de l’Amérique latine, de l’Amérique centrale et promet de l’accentuer aux USA.

Selon Fidel, cette politique menace de « provoquer des famines en réduisant les terres cultivables ». Transformer une production agricole normalement réservée à la culture alimentaire à une culture énergétique sera, d’après le Lider maximo cubain, un drame mondial. Il prédit que des milliards de personnes en souffriront.

Déjà aux USA, la compagnie Monsanto, vendeur de semences de maïs, voit ses ventes augmenter de plus de 20% et ses titres s’apprécier remarquablement à la Bourse. Les agriculteurs américains, fortement financés par leur gouvernement, ont doublé leurs volumes d’éthanol durant les dernières années. Ils choisissent maintenant d’augmenter massivement leurs surfaces de maïs, au détriment de d’autres produits agricoles, et détournent leurs cultures vers des usines de production d’éthanol. De plus, ils réclament de leur gouvernement le retour d’hectares de terres qu’ils ont dû lui céder suite à une loi de l’ex président Clinton qui visait l’accroissement de la superficie d’espaces verts non exploités.

Ces agriculteurs-producteurs oublient les Mexicains qui sont de gros importateurs de maïs américain et qui voient flamber les prix de la farine indispensable à la fabrication des tortillas, l’aliment de base des plus pauvres d’entre eux. Les prix du maïs, à la baisse depuis plusieurs années, ont repris une nouvelle vigueur (plus de 74% en un an) influencés par le développement du maïs comme biocarburant car ils sont directement reliés maintenant au prix du baril de brut. Les champs d’haricots rouges, de coton, de soja, de colza pour le canola et autres sont délaissés et transformés en champs de maïs. La superficie de ceux-ci a augmenté de plus de 15% durant la dernière année.

Les grands perdants de ces mutations sont les peuples les plus démunis comme le Kenya, l’Éthiopie, la Soudan, les Philippines et le Pérou. Les Nations Unies, dans le rapport 2006 pour l’alimentation et l’agriculture, ont précisé que 852 millions de personnes ne mangent pas à leur faim sur la terre. Peut-on accepter que ce nombre augmente appréciablement lors des prochaines années ?

La bataille qui s’annonce entre les deux agricultures, l’une alimentaire et l’autre axée sur la production d’énergie, deviendra vite un des plus grands enjeux des prochains vingt ans.

Il me semble que Fidel Castro a raison dans ce débat. J’apprécie sa sortie publique qui a attiré notre attention sur ce qui se trame, selon lui, sur le dos de ceux qui ont faim.

J’aimerais bien que des experts neutres comme ceux des Nations Unies nous fassent part de leurs opinions et de leurs prévisions sur ce sujet. Qu’ils nous renseignent davantage sur les affirmations de Bush et compagnie, qui prônent cette transformation, à l’effet que les régions les plus pauvres de notre planète en bénéficieront.

Fidel a-t-il raison de s’inquiéter ?

Claude Dupras

Imprimer ce texte - Cliquez ici pour recevoir ce texte par courriel