Au retour de Rome, où j’ai eu le privilège d’assister à la canonisation de Saint Frère André, je raconte mon expérience d’une voix émue.

Tout a commencé la veille par une vigile de prières organisée par la Congrégation des pères et des frères de Sainte-Croix, celle du Saint Frère André, pour aider les pèlerins francophones à se préparer à la canonisation d’un des leurs. Elle se déroula à la cathédrale Sant’ Andrea Della Valle, deuxième plus vaste de Rome. Nous y arrivâmes une heure avant le début de la cérémonie, pour la trouver pleine à craquer. Discours, prières et chants se succédèrent et l’immensité de la structure de la cathédrale réfléchissait leurs échos de façon saisissante.

Le lendemain, sur la place Saint-Pierre, 62 000 personnes se préparaient à vivre la canonisation de six nouveaux saints, dont notre Saint Frère André. Le début de la cérémonie était fixé pour 10h. Nous arrivâmes à 8h pour trouver une foule immense qui attendait de passer les contrôles de sécurité (instaurés depuis l’attentat contre Jean-Paul II) où seuls les pèlerins munis d’un laissez-passer émis par le Vatican eurent accès. Nous y découvrîmes une tapisserie géante à l’effigie du Frère André accrochée sous l’une des fenêtres de façade de la Cathédrale. Benoit XVI fut accueilli dans sa papemobile par un silence respectueux. Finalement, tout ce beau monde se retrouva devant le podium d’où le pape présida la canonisation. La cérémonie de deux heures fut simple, belle et impressionnante.

Quelques jours plus tard, retour à la Cathédrale Sant’ Andrea Della Valle pour une messe d’action de grâce présidée par l’archevêque de Montréal. Encore une fois la basilique débordait.

Puis ce fut l’audience papale du mercredi, toujours sur la place Saint-Pierre. 22 000 personnes de toutes religions, de tous pays étaient là. Plusieurs par curiosité, sans doute. Le pape fut accueilli par des cris de joies, des bravos, des drapeaux et des foulards aux couleurs de pays. Des milliers de caméras numériques marquèrent l’évènement. Le beau temps était de la partie. Lentement, Benoit XVI, debout sur la papemobile, fit un long trajet dans la foule pour se rendre sous un immense canapé blanc surélevé et situé devant la porte de la Cathédrale. Suite à un discours relatant la vie d’une sainte et aux présentations des différents groupes réunis devant lui, le pape donna sa bénédiction apostolique. Pratiquants ou non, ceux qui étaient là, dont mon voisin un communiste chinois, ne pouvaient qu’être touchés par la magnificence de cette rencontre.

Malgré le décor somptueux, toutes les cérémonies religieuses que je viens de vivre à Rome étaient empreintes de simplicité et de réalité. Les prières étaient vraies et belles. Les mots, bons.

Durant toutes ces cérémonies, les hymnes religieux furent chantés en latin. Ils ravivèrent mes souvenirs de jeunesse, lorsque membre d’une chorale je les avais appris tous par cœur. Je revis l’évolution de l’église catholique québécoise depuis. Je pensai aux critiques d’alors et d’aujourd’hui, aux contenus d’articles de journaux, de blogs ou de commentaires d’amis et d’autres qui louent ou critiquent l’Église. Je revis les accusations de bondieuseries souventes fois répétées pour qualifier et ridiculiser les cérémonies religieuses de l’église catholique.

Comme pour les autres Québécois de mon âge, la religion catholique était omniprésente dans ma vie du matin au soir, tous les jours. Ma grand-mère paternelle était sûrement comme la maman du Frère André. Elle priait toujours, le chapelet à la main, et vivait dans l’amour et la crainte de Dieu. Sa vie était orientée par les dires et je dirais même les caprices du curé de la paroisse. Quant à moi, je pensais que c’était ça la vie. Même si nous maugréions contre l’intensité religieuse qu’on nous faisait subir, cela ne changeait
rien puisqu’il nous fallait être soumis, tout comme Jésus à 13 ans, nous disait-on.

L’ensemble des communautés religieuses catholiques de notre province ont aidé considérablement les Québécoises et les Québécois. Les hôpitaux, sous la direction des bonnes sœurs, étaient de première qualité. Les collèges et les couvents ont prodigué une bonne éducation à des milliers d’entre nous. Les écoles publiques étaient aussi influencées par leurs actions pédagogiques. La majorité de nos livres d’écoles ont été écrits par ces religieux. Il y a d’innombrables autres exemples de leur bon travail.

Bien avant, suite à la conquête, ce sont les religieux qui ont maintenu notre peuple ensemble et lui ont enseigné le français tout en lui inculquant un sentiment profond de solidarité. Ils ont tout fait pour que perdure la langue française. Nous leur devons reconnaissance pour ne pas avoir été assimilés à la langue et à la culture des conquérants anglais.

Le malheur c’est qu’avec le temps, les évêques et les curés québécois sont devenus trop autoritaires, intransigeants et se mêlaient de choses qui n’étaient pas de leur ressort, comme la politique. De plus, ils appliquaient de façon irrationnelle les préceptes de l’église, toujours au nom du bon Dieu, en prêchant aux femmes, par exemple, l’obligation d’enfanter nonobstant la qualité de leur santé. Ils les menaçaient même de ne pas les absoudre de leurs « péchés » si elles ne les écoutaient pas, de ne pouvoir « faire leurs Pâques ». Combien d’entre elles ont eu de 10 à 16 enfants ? Il faut faire de la généalogie pour constater le grand nombre de mariages en deuxième, troisième et même quatrième noces pour les hommes au Québec. Ces noces signifiaient trop souvent qu’une femme était morte à cause d’accouchements répétés pour satisfaire les pressions du curé. Oui, nous avons eu la revanche des berceaux mais au prix de combien d’innocentes victimes mortes prématurément. Les bondieuseries d’alors n’étaient pas seulement des dévotions superficielles ni un étalage d’objets de piété de mauvais goût mais aussi des sermons et des exigences irréalistes du clergé au nom de principes religieux souventes fois et volontairement mal définis.

Puis Jean XXIII est venu. Il devait être un pape de transition. Il a changé l’église. Avec le concile, il a effacé d’un coup un grand nombre de ces bondieuseries. Il a fait un changement si profond que plusieurs catholiques ont cessé sur le champ de pratiquer quotidiennement leur religion, frustrés d’avoir été imposés, durant toutes les années précédentes, d’obligations religieuses que le nouveau pape rejetait maintenant du revers de la main.

L’autre sujet qui me vint à l’esprit, fut les révélations actuelles en rapport avec la pédophilie dans le milieu religieux d’hier. On le vit principalement de nos jours avec les reportages des médias sur le collège Notre-Dame, celui où le Saint Frère André fut portier durant 40 années. J’ai été étudiant et pensionnaire dans ce collège et témoin de quelques moments difficiles. Par la suite, comme étudiant-externe durant six ans au collège Mont-Saint-Louis, dirigé par les frères des Écoles Chrétiennes, je n’ai jamais vu ou su quoi que ce soit en rapport avec la pédophilie. Cela n’existait pas dans ce collège.

Il faut bien situer ce grave problème car certaines statistiques démontrent que moins de 1% des élèves ont été affectés par ces problèmes. C’est quand même beaucoup trop et totalement inacceptable. Mais de là à accuser et salir l’ensemble des religieux et religieuses du Québec, comme beaucoup cherchent à le faire, il y a une marge.

Durant les cérémonies mentionnées précédemment où cardinaux, archevêques, évêques, prêtres et religieuses étaient réunis autour du pape sur le podium, je ne pouvais faire autrement que réfléchir à cette question en regardant ces hommes et ces femmes instruits, concentrés dans leur prière. J’ai compris qu’il fallait faire la part des choses. Oui, nous devons, sans merci, pourchasser ceux qui ont blessé nos enfants, mais aussi comprendre que la très grande majorité des individus qui ont donné leur vie à la religion, respectent leurs vœux dont celui de chasteté. Les mettre tous dans le même panier que les plus faibles d’entre eux, est une injustice flagrante.

Plusieurs personnes se déclarent athées et nient l’existence de toute divinité. C’est leur affaire. D’autres croient en un être suprême et en une religion pour prier. À chacun sa liberté religieuse.

À ceux, dont je suis, qui choisissent de demeurer catholique, on peut poser la question : pourquoi ? Ils s’y sentent bien ! C’est une partie de leurs racines. Ils voient dans cette religion, le raisonnable, la justice, la charité, l’amour. Ils oublient son passé trompe-l’œil, ses exagérations, ses immenses cathédrales et ses grandes églises et ses membres délinquants. Ils regrettent sa persistance à fermer la prêtrise aux femmes, ses positions sur l’avortement, etc. Pour eux, l’importance de ses fondements et de son enseignement priment sur tous les autres aspects. Ils ne seront plus jamais les pratiquants inlassables qu’ils ont été, mais ils se confieront toujours à elle pour retrouver leur chemin spirituel.

Merci, Saint Frère André.

Claude Dupras

ps. Le seul religieux notable québécois absent à toutes les cérémonies fut le Cardinal Marc Ouellet.

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Jean-Claude Dupras

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