Le gouvernement de Pauline Marois veut changer le mode de financement des campagnes électorales municipales au Québec. Il y voit là un moyen pour réduire la corruption et réformer les mœurs électorales.

À cette fin, le ministre des Affaires Municipales vient de déposer en chambre un projet transitoire pour corriger, à court terme, cette situation. Un projet de loi permanent viendra plus tard après des consultations sur tous les aspects de cette question. Il propose, dans un premier temps, de diminuer les contributions maximale, d’un électeur aux partis municipaux, de 300 $ à 100 $ durant les années non-électorales et à 200 $ lors de l’année de l’élection. Et, pour compenser la diminution de revenus des partis, il déterminera un financement public à leur être verser, qui devra être payé par les villes, sur une base annuelle.

Si on se rapporte à la dernière élection municipale, il n’y avait qu’un parti municipal sur les rangs, celui de Projet Montréal. Le parti Vision Montréal, endetté jusqu’au cou, a fait une alliance avec l’homme d’affaires Marcel Côté et ils ont créé une équipe du nom de Coalition Montréal. L’équipe de Denis Coderre n’était pas un parti mais un regroupement d’individus dont d’ex-conseillers d’Union-Montréal. Celle de Mélanie Joly était incomplète et composée de nouveaux candidats et candidates.

Le gouvernement devra définir clairement ce qu’est un vrai parti politique. À mon avis, un parti devra avoir une constitution, des membres avec cartes, un conseil d’administration élu par les membres, un président, une commission politique, un bureau de recherches, et autres comités. Il devra tenir des réunions sur une base régulière, une assemblée générale annuelle des membres pour choisir démocratiquement les dirigeants et voter sur les politiques proposées, etc… en somme tout ce que requiert une vraie structure démocratique d’un parti sérieux afin de mériter d’être financé par la ville. Il ne s’agit pas, de toute évidence, d’un parti comme celui du maire déchu de Laval, le PRO des Lavallois.

Qu’arrivera-t-il des autres candidats qui veulent se présenter en équipe ou comme indépendants. Entre les élections, ils ne pourront recevoir de contributions de la ville. Cela les motivera peut-être à joindre un des partis municipaux ou à en créer un nouveau. Une bonne chose. Par contre, chaque conseiller indépendant devrait avoir accès au budget de recherches et tous les conseillers devraient avoir droit à un budget de soutien (informatique…).

« Projet Montréal » est le seul vrai parti politique démocratique de la métropole. Son fondateur et chef, Richard Bergeron quittera son poste suite à une troisième défaite à la mairie. Cette nouvelle m’attriste car je la trouve injuste. Voilà un urbaniste qui aime Montréal et qui a bâti un parti politique sérieux avec une constitution, des membres-militants, un programme politique défini par ses membres et qui prend de plus en plus racine dans le territoire de la ville. Il a doublé le nombre de ses élus et est devenu le parti de l’opposition au conseil de ville. Il a les idées, les membres mais n’a pas pu éviter les images et les illusions créées par ses adversaires qui offraient, en réalité, beaucoup moins que lui.

Je ne partage pas l’argument du maire Coderre qui affirme que la présence de partis politiques dans la vie municipale de Montréal n’est pas justifiée puisque la ville n’est pas un corps législatif mais simplement une administration. Le gouvernement municipal sert tous les gens de la ville. Il se doit d’être près d’eux et comprendre leurs préoccupations. Il est important que leurs doléances, leurs avis et leurs suggestions soient entendus. Et cela, non seulement en période électorale, mais à l’année longue. Un administrateur doit bien connaître les problèmes et les opinions de ses administrés !

La dernière élection a démontré que les Montréalais ne se sentent pas impliqués dans les affaires de leur ville puisque seulement 40% des électeurs éligibles se sont présentés aux bureaux du scrutin. Et cela malgré un battage médiatique sans pareil qui a fait en sorte que les candidats ont eu une présence presque constante sur les ondes de nos appareils électroniques et dans les médias sociaux. Il est temps que ça change !

Seuls des partis politiques bien organisés, constamment présents dans la vie municipale, peuvent motiver les citoyens à se joindre à eux comme membres ou à participer à leurs séances publiques visant à informer et écouter les citoyens qui y sont invités. Si Projet Montréal l’a fait, d’autres peuvent le faire.

Voilà, pourquoi j’aime l’idée du ministre des Affaires Municipales de vouloir financer les partis politiques municipaux. L’« Union des Municipalités du Québec » s’y oppose et cela se comprend car la très grande majorité de ses dirigeants ne sont pas membres de vrais partis politiques municipaux. Ils craignent que la nouvelle loi favorise la création de partis à cause du financement disponible. Si c’est cela, tant mieux, car ce qui compte c’est la présence de ces partis politiques municipaux dans chacune des municipalités du Québec. Ils deviendront des outils de la démocratie municipale et le résultat sera une participation plus grande des Québécois dans les affaires de leurs villes ou villages.

À Montréal, cela se traduira par une sensibilité accrue des Montréalais et Montréalaises envers les besoins de leurs concitoyens et l’administration de leur ville. Ce ne sera pas un luxe !

Claude Dupras

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Jean-Claude Dupras

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