David Johnston, conseiller spécial auprès du PM canadien Stephen Harper, a remis son rapport en vue de la tenue possible d’une enquête publique sur la saga Schreiber-Mulroney.

Il recommande la tenue d’une telle enquête car il croit que trop de questions restent à être élucidées sur les paiements de 300,000 $ en argent comptant qu’a reçus l’ancien PM Mulroney. Mais il limite l’enquête publique à ce sujet seulement et balaie du revers de la main le scandale qui entourent les affirmations de corruption en rapport avec l’achat des Airbus par Air Canada en 1988. Pour justifier ce dernier point, il explique que la Police Montée Royale du Canada a fouillé profondément la question de l’Airbus sans trouver de preuves pouvant incriminer qui que ce soit.

Les questions de Johnston en rapport avec l’affaire Schreiber-Mulroney sont les suivantes :

1. Quelle était l’entente d’affaire et de transactions financières entre les deux ?

2. Mulroney a-t-il pris cet engagement alors qu’il était PM ?

3. L’entente a-t-elle été faite alors que Mulroney était encore député au parlement ou durant la période de limitation prescrite par le code d’éthique de 1985 ? Si oui, où et quand l’entente a-t-elle été convenue ?

4. Quels paiements ont été faits, quand, comment et pourquoi ?

5. Quelle était la source des fonds pour ces paiements ?

6. Quels services, s’il y en a eus, furent fournis en retour de ces paiements ?

7. Pourquoi les paiements ont-ils été faits et acceptés en argent comptant ?

8. Qu’est-il arrivé de l’argent et en particulier du montant important remis à Mulroney aux USA ?

9. Est-ce que ces affaires et ces transactions financières étaient appropriées étant donné les postes qu’occupait Mulroney comme PM du Canada et membre du parlement ?

10. Y a-t-il eu une divulgation et une annonce appropriées de ces transactions et de ces paiements ?

11. Y avait-il des règles d’éthique et des instructions fédérales liées à ces transactions d’affaires et financières et ont-elles été respectées ?

12. Y a-t-il actuellement des règles d’éthique et des instructions couvrant de telles transactions ? Sont-elles suffisantes ou devrait-il y avoir des ajouts à ces règles et instructions en rapport avec les activités des politiciens durant leur période de transition de député à simple citoyen ?

13. Quelles mesures furent prises pour transmettre la correspondance de Schreiber au PM Stephen Harper le 29 mars 2007 ?

14. Pourquoi cette correspondance n’a-t-elle pas été transmise au PM Harper ?

Quelques réponses à ces questions furent données lors des témoignages de Schreiber et de Mulroney devant le comité d’éthique du parlement canadien, en décembre dernier. Mais étant donné la nature partisane et l’incompétence des députés-membres de ce comité à interroger adéquatement les témoins, il n’a pu aller au fond des choses. La preuve est la longue liste de questions que se pose Johnston.

Je crois que nous ne connaîtrons jamais l’essentiel de l’entente et des tractations financières entre notre ancien PM et Schreiber, car tout est question de paroles, celle de Mulroney ou celle de Schreiber. Je préfère croire Mulroney, même si ses explications sont peu crédibles.

L’enquête restreinte que suggère Johnston est inacceptable. La décision du PM Harper de laisser le comité d’éthique terminer son travail et de ne créer l’enquête publique que plus tard, est aussi inacceptable. Tous les observateurs reconnaissent que le comité a démontré son incapacité à trouver la vérité.

Malgré cette évidence, le PM insiste pour qu’il continue. Cela est surprenant car le PM Harper était opposé à ce que le comité d’éthique étudie la question Schreiber-Mulroney. C’est l’opposition, majoritaire à ce comité, qui a forcé le comité à procéder, nonobstant l’attitude du PM.

Une enquête plus tard, pourquoi ? Après les élections, évidemment. Si Harper gagne une majorité, on peut croire, en se fiant sur ses gestes récents, que l’enquête n’aura jamais lieu.

Quant à la vraie question, le vrai scandale, on n’en parle plus. Où sont allés les 20 millions $ d’Airbus en primes-commissions ? On ne le saura jamais. Pour la Police Montée canadienne, l’affaire d’Airbus est un « cold case ». Mais avec les récents scandales qu’a connus ce corps policier qui ont obligé son Commissaire à démissionner, je crois que l’on ne peut plus se fier totalement à lui.

Le PM Harper influence trop la tournure des évènements et risque d’être mal compris par les électeurs canadiens qui ont toujours pensé qu’il n’était pas impliqué dans cette affaire. Il doit se raviser et décréter immédiatement une commission d’enquête publique dotée d’un mandat large afin d’être en mesure de toucher tous les aspects de la corruption qui a fait la pluie et le beau temps dans les hautes sphères politique de notre pays. Malheureusement, je ne crois pas qu’il le fera.

Claude Dupras

Plus dans la section

Jean-Claude Dupras

Related Post
  • 31 December 2016 par › Jean-Claude Dupras

    À tous mes parents, amis, voisins et lecteurs, je souhaite que 2016 se termine dans la joie et la n...Readmore
  • 12 December 2016 par › Jean-Claude Dupras

    Le Canada mon pays, le Québec ma patrie Dans un article qui vient de paraître, Mathieu Bock-Coté ...Readmore
  • Il y a aura élection présidentielle en France cette année. Un moment important pour les Français...Readmore