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Boeing… Going… Gone !

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Le ministre de l’industrie du Canada, le Beauceron Maxime Bernier, est un homme qui attire l’attention et avec raison. Son éducation et son travail passé l’ont bien préparé pour les tâches importantes qui lui sont confiées par le PM Harper. Avocat, bachelier en commerce, il a acquis une vaste expérience du monde des affaires et de l’économie. De plus, il a un charisme fou.

Il fait si bien, à ce jour, qu’un journaliste de La Presse, dans un article élogieux, posait la question : « Maxime Bernier, dauphin de Stephen Harper ? ». C’est mettre la charrue devant les bœufs, mais ça veut dire quand même beaucoup !

Cependant, il y a quelques semaines, il m’a surpris. C’était en rapport avec les retombées économiques au Canada venant des importants contrats militaires que le gouvernement Harper s’apprête à accorder à des compagnies américaines, dont Boeing et Lockheed.

Le ministre Bernier a expliqué, au nom du gouvernement, que les lois du marché doivent primer et, par conséquent, qu’il n’exigerait pas de « quota par province » pour les retombées économiques mais s’assurerait seulement que les manufacturiers respectent les lois canadiennes.

On sait qu’un constructeur militaire étranger doit réinvestir dans notre pays, sur une période de 20 ans, l’équivalent du montant de son contrat. Cela fait beaucoup de retombées. Pour les récents achats, c’est 1,9 milliards de $ pour les quatre C-17 (le plus gros aéronef du monde, pour le transport des troupes), 3,6 milliards de $ pour les hélicoptères Chinook, 3,7 milliards de $ pour les nouveaux avions C-130J. Un total de 9,2 milliards. Et d’autres contrats sont en discussion comme celui pour les véhicules terrestres des troupes.

Il est clair que le PM Harper ne veut pas « se mettre à dos certaines régions du pays, notamment dans l’Ouest » comme ce fut le cas du gouvernement Mulroney, en 1986, lorsqu’il accorda le contrat d’entretien des F-18 à Bombardier plutôt qu’à une entreprise de Winnipeg.

L’Ouest se tourna contre le gouvernement du pays et une scission intervint au sein du Parti Progressiste-Conservateur du Canada avec la création du Reform Party. Ce fut fatal pour le parti.

Même si la déclaration de Bernier a bien plu aux électeurs des provinces de l’Ouest, le château-fort des conservateurs, elle ne tenait pas compte du fait que le Québec détient 55% de l’industrie aérospatiale.

Face au débat engendré par cette affirmation, Boeing propose une répartition qui accordera un minimum garanti de 30% des retombées au Québec pour le contrat des C-17, et 15% de celles des autres contrats. Le gouvernement conservateur a reçu favorablement cette proposition.

À mon avis, c’est totalement inacceptable. L’industrie aérospatiale a été concentrée à Montréal par le gouvernement Mulroney. Après avoir privatisé la compagnie nationale Canadair, fabricante d’avions, pour la vendre à Bombardier, il a fait de même avec la compagnie nationale deHaviland de Toronto et favorisé son acquisition par Boeing et éventuellement par Bombardier.

Depuis, Bombardier Aerospace est devenu le 3ième constructeur d’avions au monde et est localisé principalement à Montréal.

Le ministre et le gouvernement ne semblent pas comprendre que « le Canada doit reconnaître les problèmes particuliers des provinces et leurs capacités individuelles, particulièrement ceux et celles du Québec, pour qu’elles résistent et profitent de la mondialisation » comme j’écrivais dans ma chronique d’hier.

Certains secteurs manufacturiers au Québec sont condamnés à fermer car même en coupant leurs coûts de production « jusqu’à l’os », ils ne seront pas capables de faire concurrence à la main d’œuvre bon marché des pays en voie de développement. Mais ce n’est pas le cas de notre industrie aérospatiale.

On doit continuer à la renforcer, à lui fournir les hommes et les femmes de plus en plus compétents pour bien faire le travail hautement technique requis, à favoriser les recherches scientifiques dans ce domaine…

Elle doit grossir encore, réussir davantage et s’affirmer partout dans le monde. Montréal en a besoin, Québec en a besoin et le Canada en a besoin.

M. Harper, ne diluez pas les retombées économiques que le Québec a mérité par sa compétence et son travail, ne les éparpillez pas partout au pays simplement pour gagner des votes. Cela n’aidera personne à long terme. Reconnaissez que c’est ici, au Québec, qu’est implantée profondément et solidement une des forces industrielles canadiennes, l’aérospatiale, et qu’elle est entre bonne mains.

« À chacun son métier et les vaches seront bien gardées… ».

Claude Dupras

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