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Au pied du mur

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Le premier ministre israélien Ehud Olmert est au pied du mur. Les conclusions accablantes du rapport d’une commission d’enquête sur la guerre qu’il a entrepris contre le Liban, le critiquent sévèrement et le blâment pour sa gestion du conflit. Il refuse de démissionner et résiste aux pressions de l’intérieur et de l’extérieur de son parti. La population israélienne réclame son départ (plus de 65%).

Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu. Déclenchée après le kidnapping de deux soldats israéliens (ils sont toujours captifs), elle fut une erreur tragique qui a entrainé la mort de plus de 165 israéliens, de 1,000 libanais sans compter la souffrance de dizaines de milliers de personnes qui ont vu leurs maisons détruites par les bombardements sauvages des quartiers résidentiels de Beyrouth et ailleurs au pays, sans oublier les dommages faits par les roquettes du Hezbollah, en réaction, sur le nord d’Israël.

Je comprends le peuple d’Israël d’être révolté contre cette guerre injustifiée et perdue, la première pour le pays, et de pleurer ses morts. C’est pourquoi Olmert doit démissionner et même être jugé pour ses actes criminels contre des populations civiles innocentes.

Lors de ce conflit, j’avais dénoncé l’appui unilatéral du Canada à Israël. La position de mon pays devrait être neutre dans les conflits mondiaux de ce genre. Le Canada doit être celui qui s’offre pour trouver des solutions réalistes à leurs règlements. Nous nous sommes dédiés au maintien de la paix dans le monde depuis le temps de Lester Pearson, notre ancien PM canadien décoré du prix Nobel de la paix, et il est regrettable que notre gouvernement actuel ait changé notre orientation.

Le ministre des Affaires étrangères canadien, Peter Mackay, a erré en conseillant au PM Harper de prendre partie contre le Liban et cela à l’encontre de l’opinion de ses hauts fonctionnaires. Ce fut une erreur qui a entaché notre pays en Europe, au Moyen-Orient et même en Asie. Il en est de même pour le conflit qui touche les Palestiniens.

Au lieu d’aider la cause de la paix, notre position favorise l’affrontement. Au lieu d’encourager les parties à parler ensemble, elle prend parti. C’est un revirement de stratégie politique regrettable et inacceptable. Le Canada surprend ses admirateurs dans le monde. Ceux-ci voient son rôle et sa réputation depuis toujours hautement respectés se déprécier soudainement. Ils ne comprennent pas et demandent à ceux qui les rencontrent : « qu’est-ce qui se passe? ».

Voilà, qu’en plus, la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, dénonce l’état actuel du ministère des Affaires étrangères et affirme que « la diplomatie canadienne à l’étranger n’a pas les moyens de bien servir le Canada ». « Le ministère ne dispose d’aucun plan stratégique en matière de ressources humaines », dit-elle, « …et ne dispose pas de renseignements de base nécessaires pour planifier et gérer son effectif » au Canada et à l’étranger.

Et elle explique que : « le ministère a 35% de postes vacants, de plus 58% des employés du groupe de direction et 26% de tous ses autres employés seront admissibles à la retraite d’ici trois ans… la situation ne fera que s’aggraver… ».

Elle nous apprend que des postes sont confiés à du personnel inexpérimenté, que les exigences en matière de langues étrangères ne sont pas respectées dans plusieurs chancelleries, que les diplomates ne sont pas indemnisés convenablement pour les conditions de vie difficiles, qu’il n’y a pas d’incitatifs suffisants pour ceux qui oeuvrent dans des pays où la sécurité est chancelante comme l’Afghanistan, et encore et encore…

Nos services diplomatiques à l’étranger ont le mandat d’agir pour bien nous représenter. En plus du domaine de la diplomatie et des relations politiques, il y a ceux de la culture, des droits des personnes et du commerce. Ce dernier est fort important pour assurer les contrats à l’étranger pour les Canadiens et leurs entreprises, la vente des produits manufacturés dans notre pays et l’emploi chez nous.

Enfin, Mme Fraser affirme que « les Canadiens qui voyagent à l’étranger ne peuvent pas toujours se fier à leurs ambassades ou consulats pour les sortir d’embarras ou veiller à leur sécurité ».

Pour tout dire : Ça va mal ! Très mal !

Je me souviens, il y a quelques mois, d’avoir lu dans les pages éditoriales du Toronto Star et du Vancouver Sun que le ministre Mackay « is green ». Cela signifiait qu’il n’avait aucune expérience pour bien remplir son poste et que de plus, on lui reprochait de prendre des décisions importantes sur la politique internationale sans consulter son sous-ministre et ses hauts fonctionnaires.

Je suis d’accord avec cette appréciation depuis le premier jour de sa nomination au poste de ministre et je l’ai dénoncé dans mes chroniques précédentes. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, rien n’a changé.

On a vu comment Mackay représente mal le Canada. Il ne sait pas comment « promouvoir les intérêts, les valeurs et les compétences du Canada dans le monde ». De plus, il épouse de trop près et ne fait que répéter les politiques émises par son amie Condileeza Rice, la secrétaire d’état Américaine. Et on apprend maintenant qu’il ne sait pas comment gérer son ministère qui est sans dessus dessous. En somme, il nuit au Canada à l’étranger.

Il est évident que l’intérêt supérieur du Canada exige qu’il démissionne ou soit vite remplacé. Le temps presse. Mackay, aussi, est au pied du mur.

Claude Dupras

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