Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont accouru dans la nuit de vendredi à samedi sur les plages de Montevideo, en Uruguay, pour rendre hommage à Iemanja, la déesse des eaux du culte Umbanda.

La nuit vient de tomber. Une atmosphère envoûtante, faite de ferveur et du rythme syncopé des tambours, monte de la plage. Une multitude de bougies, plantées à même le sable, illuminent les rives du Rio de la Plata, ce fleuve immense qui sépare l’Uruguay de l’Argentine.

Comme chaque 2 février, au coucher du soleil, les baigneurs ont plié leurs parasols, laissant la place aux fidèles d’Iemanja, venus confier aux vagues leurs offrandes à la vierge, la mère des dieux du culte Umbanda, né au Brésil parmi les esclaves de Bahia, mais pratiqué aussi en Haïti et à Cuba.

Sous le regard des curieux massés sur la “rambla”, la promenade surplombant la plage, un groupe d’umbandistes s’avance dans l’eau. Vêtus d’amples pantalons ou de robes à volants blancs, ils y déposent un frêle esquif, qui tente de résister vaille que vaille à l’assaut des vagues pour emporter au large les offrandes à la vierge.

Outre le sang de poulets, dont les dépouilles seront rejetées le lendemain sur les rochers, les cadeaux à Iemanja sont constitués de tout ce que l’on peut offrir à une femme: fleurs, parfums, boissons non alcoolisées”, comme l’on donne à une mère, une soeur, une épouse, une fille car la déesse est aussi une dame.

On pense que le tiers des Uruguayens ont participé au moins une fois à cette cérémonie de culte mais qui devient de plus en plus importante.

Dans la nuit chaude des files d’attente s’étirent devant les autels de fortune dressés à la déesse des eaux par chaque temple umbandiste et où maes et paes en transes pratiquent la charité spirituelle, imposition des mains destinée à chasser les mauvais esprits.

Au même moment, une procession s’avance, dans le bruit des feux d’artifice, jusqu’au pied du monument à Iemanja. La statue de cette femme aux formes généreuses sortant, telle Vénus, d’une coquille se dresse depuis une dizaine d’années près de la plage Ramirez, au coeur de la capitale.

À l’aube, lorsque s’éteignent les dernières bougies, il ne reste plus rien de la magie d’Iemanja. La plage n’est qu’un amas de débris rejetés par le Rio, qu’une nuée d’enfants des rues fouille en quête de trésors dérisoires.

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