Par André Robert
Directeur de la rédaction au Francophone International

Si le parc national des Everglades demeure à ce jour un joyau de la nature, une réserve non spoliée par l’urbanisme galopant, on le doit principalement à la croisade acharnée et incessante qu’a menée pendant des décennies Marjorie Stoneham Douglas, qui vient de décéder à l’âge de 108 ans dans sa résidence de Coconut Grove, et qui était considérée à juste titre comme la plus grande dame de la Floride.

Cette femme minuscule, qui mesurait à peine cinq pieds, a dressé avec succès sa petite taille, mais sa voix éloquente, face aux géants de l’industrie de la construction qui dominent à coups de leurs millions la politique floridienne et qui auraient voulu s’approprier tout ce territoire vierge au coeur de la Floride. C’est grâce à elle si le parc des Everglades demeure intact, au lieu d’être tapissé d’autoroutes, de condos et de centres d’achat.

“Marjorie Stoneham Douglas a prouvé qu’une seule personne douée d’un grand coeur et de persévérance peut changer le monde,” a commenté le sénateur floridien Connie Mack.
Les nombreuses campagnes de Mme. Douglas, sa ténacité implacable et son bon sens indiscutable lui ont valu maints honneurs de son vivant. L’immeuble du ministère des Ressources naturelles à Tallahassee porte son nom depuis 1984, de même que nombre d’écoles, de parcs et de routes dans les comtés de Miami-Dade et de Broward, et un centre écologique en construction à Key Biscayne.

Son livre: “The Everglades: River of Grass”, publié en 1947, demeure une des bibles du mouvement écologiste et a eu autant d’impact pour le triomphe de la cause qu’elle défendait, qu’en eut le “Silent Spring” de Rachel Carson dans sa dénonciation des effets néfastes des insecticides.

Et en 1993, à l’âge de 103 ans, elle se rendait à la Maison Blanche recevoir des mains du président Clinton la Médaille de la Liberté, le plus grand honneur que la nation américaine peut décerner à une personne – à l’égal du plus haut grade de la Légion d’Honneur française.

Marjorie Stoneham Douglas avait stipulé, dans ses dernières volontés, qu’elle ne voulait pas de service funèbre et religieux, et qu’elle désirait que ces cendres soient épandues dans les Everglades.

C’est dans une cérémonie très simple que ce dernier souhait sera respecté cette semaine, à l’entrée principale de ce parc qu’elle a préservé, et en présence des employés de la réserve qu’elle se faisait un devoir, important jusqu’à la fin, d’aller saluer chaque année, même devenue presque totalement infirme et aveugle.

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