Accueil Virginie Genet Entre les lignes Lancement de la saison 2018/2019 de l’Espace Libre

Lancement de la saison 2018/2019 de l’Espace Libre

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Image : Espace Libre.

Ce lundi avait lieu le dévoilement de la programmation 2018/2019 du théâtre Espace Libre, situé dans le quartier Centre-Sud. L’impressionnant bâtiment, conservant des éléments architecturaux de la caserne de pompiers qu’il a remplacé, était envahi par une ambiance décontractée et bon enfant ; artistes, gens de théâtre et résidents du quartier étaient manifestement heureux de se retrouver. Tous attendaient le dévoilement des pièces de l’année à venir ; le suspense a été entretenu par le théâtre, qui n’a distribué les programmes de saison qu’à la fin de l’événement, maintenant tout le public dans l’expectative.

 

« Le théâtre invite l’artiste et le spectateur à penser. Quand vitesse, vacarme et peur tiennent le haut de l’affiche, l’art théâtral, à l’abri de l’agitation, prend le recul nécessaire pour sculpter les corps, tailler le verbe et rejouer autrement notre époque. »

-Geoffrey Gaquère

 

La programmation, révélée une pièce à la fois, est cohérente et poursuit l’inscription de l’Espace Libre dans son projet de théâtre citoyen, avec plusieurs pièces et événements directement destinés aux voisins du quartier, les invitant même sur scène à plusieurs reprises.

Présentées par le directeur artistique fort dynamique, Geoffrey Gaquère, les neuf créations et les quatre pièces en reprise constituant la saison 2018/2019 de l’Espace Libre sont fort prometteuses. Les voici :

 

Image : Espace Libre.

Du 5 au 15 septembre 2018 : Pôle Sud : Documentaires scéniques, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier.

Gageons que nous entendrons parler de cette œuvre sociale du couple de créateurs lorsqu’elle ouvrira la saison cet automne. Faisant monter sur scène les sujets mêmes de leur documentaire théâtral, la pièce fait le portrait de huit « vies improbables » vécues dans le quartier Centre-Sud. Dans une formule déjà testée au FTA, une narration constituée d’entretiens avec les sujets se superpose à ce qui se passe sur scène : ces mêmes sujets effectuent certaines de leurs tâches quotidiennes. « Puissant théâtre de vérité, Pôle Sud… rappelle à quel point tout destin, même le plus anodin, est toujours bouleversant. » (Philippe Couture/FTA).

 

Du 25 septembre au 6 octobre 2018 : Dans le champ amoureux, écrit par Catherine Chabot.

Ce huis-clos, une reprise d’un succès de la saison dernière, a été remarqué par la revue Jeu, qui qualifie Catherine Chabot, auteure et une des interprètes de la pièce, de « fine dialoguiste et observatrice lucide des rapports humains ». Dans le champ amoureux relate la soirée d’un couple, elle, sur son lit, lui, sur le pas de la porte : « Ils ont passé leur vingtaine ensemble. Cumulant les élans passionnés autant que les querelles et les infidélités, ils entretiennent une union singulière qui aujourd’hui échoue à les rendre heureux. Peu à peu, les mots se sont substitués aux corps et le langage a remplacé le lit double comme lieu privilégié de leurs ébats. » La lecture d’un extrait d’une prise de bec entre les deux personnages a beaucoup diverti la salle.

 

Du 18 au 27 octobre 2018, Kink, de Pascale St-Onge et Frédéric Sasseville-Painchaud.

La présentation de cette pièce lors du lancement a beaucoup fait réagir la salle : un des créateurs, Frédéric Sasseville-Painchaud, de latex vêtu, s’est fait mettre des menottes par un membre du public. Cet éclat présentait particulièrement bien la pièce, qui se veut une « expérience performative et théâtrale qui questionne le spectateur » et son rôle dans la représentation, tout en abordant un sujet encore tabou : les relations BDSM. Les créateurs « se mettent à nu dans cette performance authentique, entrainant avec eux un public consentant dans leur monde de jeux, de pouvoir et de fantasmes. »

 

Du 31 octobre au 10 novembre 2018 : La LNI s’attaque au cinéma.

Le Théâtre de la ligue nationale d’improvisation, qui s’était attaqué l’an dernier aux classiques théâtraux, prend cette fois pour cible le cinéma : les frères Coen, Almodóvar, Léa Pool et Denys Arcand subiront un traitement de choc. Sous la houlette de la spécialiste cinéma Hélène Faradji (que l’on peut notamment entendre à Médium Large sur les ondes de la première chaîne de Radio-Canada), divers trios d’improvisateurs réaliseront des improvisations dirigées et des créations à partir des éléments caractéristiques de l’œuvre de dix réalisateurs et réalisatrices marquants. La série commence le 31 octobre, pour l’Halloween, avec Alfred Hitchcock.

 

Du 27 novembre au 15 décembre 2018 : Camilien Houde, « le p’tit gars de Sainte-Marie ».

Cette pièce, créée l’an dernier à l’occasion du 375e anniversaire de la ville de Montréal, a connu un tel succès, et tant de gens n’ont pas réussi à obtenir de billets que L’Espace Libre a décidé de présenter à nouveau ce Spectacle de quartier. La pièce retrace le parcours du maire de Montréal Camillien Houde, interprété par Pierre Lebeau. La lecture d’un extrait du texte par ce dernier et pas Josée Deschênes, qui incarne son épouse, a montré l’intensité du jeu déployé par les acteurs tout en montrant l’importance de cette figure pour l’émancipation des Canadiens-Français. Vingt citoyens du quartier Centre-Sud partagent aussi la scène.

 

Du 4 au 22 décembre, dans le Studio Espace Libre : Je ne te savais pas poète.

Dans une mise en scène d’André-Luc Tessier, Laury Huard et Rose-Anne Déry interprètent certaines des lettres échangées par Gérald Godin et Pauline Julien, tirées du recueil La renarde et le mal peigné. Ces lettres ont été échangées pendant plus de trente ans et témoignent d’un certain Québec engagé, mais témoignent avant tout d’une « passion incendiaire ».

 

Image : Espace Libre.

Du 8 au 26 janvier 2019, Mauvais goût.

Le texte de Stéphane Crête, mis en scène par Didier Lucien, « explore les limites de l’expérience humaine à travers la perversion et la transgression, l’hypocrisie et le mensonge. » Dans Mauvais goût, un groupe d’amis essaie de comprendre la mort tragique de l’un des leurs dans un accident « scabreux », mais l’un d’entre eux, Patrick, à des choses à cacher… La lecture par plusieurs membres de la distribution (Sylvie Moreau, Marie-Hélène Thibault, Stéphane Crête, entre autres) a donné un avant-goût prometteur de la pièce.

 

Du 30 janvier au 9 février 2019, Post Humains, de Dominique Leclerc.

« Poussée par une condition médicale contraignante, Dominique se met à la recherche d’outils de rechange aux soins médicaux désuets et dispendieux dont elle dépend. Sa quête la mène à la rencontre d’acteurs importants de la communauté cyborg et transhumaniste qui brouillent les pistes entre médecine curative et médecine d’amélioration. » Au confluent du théâtre documentaire et de l’autofiction, Post Humains, fruit de longues recherches de la part de sa créatrice, semble une intrigante plongée dans cet univers méconnu.

 

Du 12 au 16 février 2019, Mythe.

Interprété par six interprètes féminines, Mythes est constitué de chants, de prières, de poèmes et d’« explorations vocales ». Quelques unes des interprètes étaient présentes lundi et en ont présenté un extrait, unissant leurs voix entre la chanson et le spoken word, à l’unisson. L’effet produit est hypnotisant et puissant : j’ai toutefois hâte de découvrir quelle forme prendra le spectacle dans son entièreté. À la fois en français et en anglais, il s’agit d’un « dialogue où la perspective de la mort soulève les questionnements identitaires. »

 

Du 22 février au 9 mars 2019, Home dépôt : un musée du périssable.

Spectacle de quartier 18/19, cette création d’Anne-Sophie Rouleau et Marie-Ève Fortier prend ses racines dans le séjour au CHSLD de la mère de l’une d’elles. Les créatrices interrogent la notion de chez soi, des objets essentiels ou non dont on s’entoure. « À mi-chemin entre le musée et la représentation théâtrale, elles invitent les spectateurs à circuler à travers une collection d’images, d’objets et de paroles qui rendent présents ceux d’entre nous qui flottent, perdus dans un dimanche sans fin. » Les créatrices ont invité plusieurs auteurs, dont Sarah Berthiaume, Sébastien David, Elkahna Talbi et Dany Boudreault, à partager la scène en alternance comme performeurs.

 

Du 12 au 16 mars 2019, Kiinalik : These Sharp Tools

L’Espace Libre invite, pour la troisième année consécutive, une troupe de Toronto, Buddies in Bad Times Theatre. Elle présente cette année une pièce en anglais et en inuktitut, surtitrée en français, portant sur les rapports entre le Nord et le Sud du Canada. « En Inuktitut, on dit d’un couteau élimé qu’il n’a “pas de visage”. Kiinalik signifie “aiguisé” c’est-à-dire avec un visage. Porteuses de leur héritage respectif, les créatrices s’attachent à mettre ce visage sur la colonisation, les structures de pouvoir et le climat actuel. »

 

Du 21 mars au 6 avril 2019 : Ici

Gabrielle Lessard se penche dans Ici sur ce qu’a représenté et représente aujourd’hui la fameuse tour brune de Radio-Canada et le quartier qui l’entoure. À l’occasion du déménagement du diffuseur public, l’enquête de Lessard et d’Antonin Gougeon, à la mise en scène, est retransmise sur scène « dans une forme hybride à mi-chemin entre la documentaire et la fiction qui vise à mettre en parallèle l’histoire de Montréal et celle de [Radio-Canada]. » Je suis particulièrement intriguée par cette pièce, qui rappelle, dans sa présentation, certains aspects de J’aime Hydro de Christine Beaulieu. Le questionnement envers les institutions continue.

Image : Espace Libre.

Du 24 avril au 19 mai 2019 : Bébés

Enfin, pour clore la saison, la pièce Bébés du Nouveau Théâtre Expérimental, compagnie résidente de l’Espace Libre, s’interroge, après Animaux en 2016, sur la notion de présence au théâtre. « Comment se fait-il que l’on reconnaisse aux enfants, comme aux animaux, une présence plus forte et plus dense sur scène qu’aux adultes? Pour tenter de répondre à cette interrogation : des sketchs et des témoignages, ponctués d’un commentaire poétique et philosophique sur l’insondable mystère de la naissance ; mais aussi, quelques joyeux moments de désordre où nos hôtes du moment nous rappellerons que l’aléatoire et l’intempestif renversent encore tous les agendas du monde. » Il est à noter, avec un petit clin d’œil, que la distribution est en gestation.

La programmation se retrouve bien sûr en entier sur le site Internet de l’Espace Libre, mais je vous encourage à mettre la main sur la version papier du programme, qui inclut pour chaque pièce une section « À explorer », avec des recommandations littéraires, musicales, cinématographiques et artistiques qui permettent d’étendre les questions soulevées dans les œuvres présentées.

Le théâtre produit et héberge divers événements qui alimentent la vie du quartier Centre-Sud, notamment le festival ZH, qui mise sur la relève théâtrale et les nouvelles créations. L’Espace Libre offre également un tarif voisin sur présentation d’une preuve d’adresse, une belle initiative.

Enfin, il est important de souligner que le théâtre accueille cette année une nouvelle compagnie en résidence, la compagnie de théâtre performatif, collectif et inclusif Joe Jack et John, fondée en 2003. « Prônant un discours engagé, sa démarche artistique vise à interroger la notion de norme sociale en intégrant, par exemple, des acteurs professionnels ayant une déficience intellectuelle ou issus de diverses communautés ethniques ou culturelles. »

L’Espace Libre offre aussi certaines représentations dans une formule décontractée, ce qui permet un accueil plus adapté aux personnes ayant un handicap sensoriel ou intellectuel ainsi qu’aux parents de nouveau-nés.

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Virginie Genet
Étudiante en littérature, Virginie est passionnée par la scène littéraire et culturelle. Elle a un faible pour la littérature québécoise contemporaine, mais ses recherches se penchent plutôt sur la littérature française du XXe siècle. Être installée avec un bon livre et une tasse de thé ou traverser la ville pour découvrir une nouvelle librairie indépendante sont ses activités favorites. Une promenade en forêt avec son chien est la seule bonne raison de lui faire lever les yeux de ses livres !
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