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Pratt*** et Gagnon**

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Christopher Pratt***1/2

Malgré son nom, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) cultive une ouverture sur le Canada, confirmait M. John R. Porter, son directeur général, le 16 mai dernier, lors du lancement de l’exposition Christopher Pratt. L’œuvre de l’artiste, originaire de Terre-Neuve, s’inspire largement de son environnement. L’exposition, organisée et mise en tournée par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) dans le cadre du 70e anniversaire de naissance de l’artiste canadien, regroupe 45 peintures de grand format et 19 dessins, réalisés entre 1964 et 2004, et met particulièrement en valeur sa production des vingt dernières années.

Le peintre s’est dit d’emblée très satisfait de la qualité du montage réalisé dans la salle 4 du Musée, et ce, jusque dans les moindres détails. « Si vous n’aimez pas l’exposition, n’en imputez la faute qu’aux tableaux eux-mêmes », nous dit-il avec bonne humeur. Il prendra le temps de s’arrêter auprès de plusieurs de ses œuvres et de nous livrer souvenirs et anecdotes, avec autant de tendresse que d’humour…

(Lampe de poche, 1982. Huile sur panneau dur. Collection Joan Carlisle-Irving) Devant Une route, la nuit, il raconte combien il aime conduire sur les routes de Terre-Neuve. « C’est à la fois une bénédiction et une limite de tant aimer l’endroit où je vis », dit-il, lui qui ne quitte pratiquement jamais son île. Lampe de poche (on ne voit pas la lampe de poche cachée dans le coffre, on ne voit que la lumière qui en jaillit) est un souvenir de jeunesse : avec un cousin, il aimait explorer les mystères du grenier. « Et je trouve plus de mystère encore dans la netteté d’un grenier que dans son chaos ». Ce qui explique peut-être pourquoi ses tableaux sont exempts d’éléments secondaires, ce qui leur confère une certaine abstraction. Il privilégie également les surfaces planes et les compositions frontales.

(Le Visiteur, 1977. Huile sur panneau dur. MBAC, Ottawa) Pour réaliser Femme à la coiffeuse, il a travaillé pour la toute première fois avec un modèle embauché. Loger chez un ami plutôt qu’à l’hôtel l’a toujours rendu inconfortable. Il se sent un peu voyeur et curieux, ce qui ajoute à son malaise. C’est ce qu’il transmet ici en laissant le sous-vêtement abandonné sur le calorifère… « Mais qui donc l’a laissé là? », se demande-t-il avec quelque angoisse…

(Magasin de l’île, 1969. Huile sur panneau. Museum London. Don de M. et Mme John H. Moore. London (Ont.), par l’entremise de la fondation du patrimoine ontarien, 1979) Christopher Pratt attire également l’attention sur les transformations que le progrès et le monde moderne ont provoquées dans son île. Ici, l’abandon du magasin le laisse songeur, mais il a aussi été attiré par le mariage des lignes horizontales et verticales… Le souvenir est parfois inconscient. Pour Sortie, par exemple, il a fallu que quelqu’un reconnaisse les portes et lui rappelle qu’elles sont, en fait, celles d’une école qu’il avait fréquentée…

(Demi-lune et étoiles brillantes. Ma chambre à coucher en septembre, 2001. Huile sur toile. Collection I. David Marshall) Hangar à marchandises (dont il n’aime pas l’encadrement doré) est un hommage à son père, dont le travail – que lui-même détestait – lui a tout de même assuré la sécurité intérieure nécessaire à son envol artistique. Demi-lune et étoiles brillantes. Ma chambre à coucher en septembre est la vue qu’il a de la fenêtre de sa chambre et constitue l’expérience personnelle d’un réveil au milieu de la nuit… Deer Lake. En souvenir de Junction Brook (sa plus grande œuvre) représente une centrale électrique construite en 1920. Encore aujourd’hui, les saumons cherchent leur chemin, que la construction leur interdit maintenant. Autant cela l’attriste, autant il aime les fenêtres de cathédrale du bâtiment…

Le rêve d’été de Jack est celui de son père John (qu’on appelait toujours Jack) jamais réalisé… À côté du souvenir, il y a toujours un intérêt pictural particulier. Ici, les différentes perspectives offertes par les nombreuses fenêtres de ce wagon-habitation. L’artiste en profite pour avouer avec bonhomie que même s’il se plaint tout le temps, il adore son travail. Bear Cove, sur le détroit de Belle Isle lui rappelle un si beau souvenir d’une journée magnifique passée dans une partie de l’île qu’il aime plus que tout que c’est LA peinture qu’il garderait s’il devait en conserver une seule.

Parallèlement à la production de tableaux, Christopher Pratt a publié, en 2005, un recueil de poèmes.

Conférence
Le mercredi 1er août à 19 h 30, la commissaire et conservatrice au MBAC, Mme Josée Drouin-Brisebois, prononcera une conférence intitulée Christopher Pratt : un regard politique. Bien que ses œuvres ne se prêtent pas à proprement parler à une lecture politique, elles sont tout de même le reflet de ses expériences et sous-tendent de nombreuses préoccupations et considérations politiques. Gratuit!

Catalogue
L’exposition s’accompagne d’un catalogue (en versions française et anglaise) qui présente plus de 85 œuvres de l’artiste, de même qu’un essai de la commissaire Josée Drouin-Brisebois, qui explore la façon dont l’artiste traite le paysage géographique et sociopolitique de sa province natale. L’ouvrage est disponible à la boutique du MNBAQ au coût de 55 $. (Je vous en reparle d’ici peu dans ma page Littérature adulte.)

Les crédits
L’exposition est organisée et mise en tournée par le MBAC. Commissariat : Josée Drouin-Brisebois, MBAC. Direction du projet : Line Ouellet, directrice des expositions et des publications scientifiques, MNBAQ. Coordination : Denis Castonguay. Design : Louis-Charles Lasnier. Coordination des opérations : André Sylvain. Une présentation d’Alcoa.

Au MNBAQ jusqu’au 26 août 2007

1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément

Charles Gagnon, question de regards**

Le même jour, le MNBAQ inaugurait une autre exposition, Charles Gagnon, question de regards (salle 1), en hommage à cet artiste multidisciplinaire québécois. L’exposition regroupe vingt-deux œuvres de l’artiste, peintures, photos et estampes.

(La Couleur du temps, le son d’un espace, 1967-1968. Huit sérigraphies, H. C. Don. En cours d’acquisition) Peintre, photographe et cinéaste, lauréat du prix Paul-Émile-Borduas (1995) et du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (2002), Charles Gagnon (1934-2003) est considéré comme l’une des figures les plus marquantes de la scène des arts visuels des cinquante dernières années, tant au Québec qu’au Canada. Les œuvres présentées sont puisées à même la collection du MNBAQ.

Les crédits
L’exposition est organisée par le MNBAQ. Direction du projet : Line Ouellet, directrice des expositions et des publications scientifiques. Commissariat : Michel Martin, conservateur de l’art contemporain (1950 à 2000). Design et graphisme : Marie-France Grondin. Coordination des opérations : André Sylvain.

Au MNBAQ, également jusqu’au 26 août 2007

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