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Le Tartuffe de Molière***1/2

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Nous sommes au 17e siècle, chez une riche famille de bourgeois. Famille exemplaire? Une maîtresse de maison beaucoup plus jeune que son mari, un fils arrogant, une fille curieuse, une servante impertinente. Le maître des lieux, Orgon, a accepté avec une grande charité de recueillir un pauvre homme « pieux et respectable ». Toutefois, ses allures d’homme d’église vénérable ne réussissent pas à duper les autres membres de la famille, qui voient en lui un hypocrite, un faux dévot, un imposteur.

Quant à Orgon, il le tient en haute estime, le perçoit comme son propre frère et, complètement aveuglé, se laisse manipuler par ce fin personnage, allant même jusqu’à lui offrir sa fille en mariage et tous les biens qu’il possède. L’hôte encombrant, possédé par un désir d’appropriation et de domination, provoquera le désordre au sein de la famille. Trahison, séduction, naïveté, voilà tout l’art de corriger les vices des hommes tout en les divertissant!

Il y a du pire et du meilleur, dans la mise en scène de Marc Alain Robitaille : le pire étant un « avant-propos » bouffon, alors que les personnages ne sont pas encore placés pour nous; le meilleur, la scène de la table du deuxième acte, absolument hilarante, où les mouvements des acteurs fonctionnent au quart de tour. Ce qui, malheureusement, n’est pas tout à fait le cas des répliques, quand vient le temps de se couper la parole…

Le jeu des acteurs n’en est pas moins excellent, Jacques Leblanc offrant en Orgon une prestation tout à fait remarquable. Quant à Jean-Sébastien Ouellette, il incarne un Tartuffe plus nuancé, à qui l’amour donne un brin d’humanité, du moins au premier acte. Linda Laplante fait une servante truculente et drôle; à peine peut-on lui reprocher de trop précipiter ses répliques durant la première demi-heure.

On aurait préféré plus de naturel dans l’élocution; le parti pris de prononcer séparément le i-on final (comme dans pass-i-on) est agaçant. Les couleurs chatoyantes des costumes ne font pas complètement oublier l’exagération de leurs froufrous. Les décors sont somptueux.

Surtout drôle mais également tragique, Molière nous donne une fois de plus rendez-vous avec son génie. Après la pièce, ne manquez pas le film****1/2 de Laurent Tirard, qui invente la naissance de ces personnages…

Bien que la pièce ait connu un triomphe à sa création en 1664, une véritable cabale, livrée par l’archevêque de Paris, est menée contre Molière et l’oblige à retirer sa pièce. Ce n’est que cinq ans après la première, moyennant quelques coupures et modifications, qu’il recevra la permission du roi de représenter la pièce publiquement. Le Tartuffe demeure aujourd’hui la pièce la plus jouée parmi toutes celles écrites par le célèbre auteur.

En 1694, l’annonce de la mise en scène du Tartuffe à Québec crée tout un émoi. En effet, l’évêque Monseigneur de Saint-Vallier dénonce la pièce comme étant « absolument mauvaise et criminelle ». Il demande alors l’aide des curés de Québec afin de condamner le théâtre en général. Son combat contre Le Tartuffe ira même jusqu’à faire emprisonner Jacques de Mareuil, le comédien qui interprétait Tartuffe, puis à le déporter secrètement en France. Ainsi, « L’affaire Tartuffe » sera à l’origine de la disparition du théâtre à Québec jusqu’en 1760!

Première mise en scène au Trident : Marc Alain Robitaille. Distribution : Frédérick Bouffard, Lorraine Côté, Denise Dubois, Laurie-Ève Gagnon, Linda Laplante, Jacques Leblanc, Roland Lepage, Jean-Sébastien Ouellette, Nicola-Frank Vachon, Réjean Vallée. Conception : Michel Gauthier, Catherine Higgins, Sonoyo Nishikawa, Yves Dubois.

Jusqu’au 12 mai au Théâtre du Trident

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1 Pas du tout, 2 Un peu
3 Assez, 4 Beaucoup, 5 Passionnément

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