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Entretien avec André Lamontagne - Les fossoyeurs
 

Lundi le 30 août, 2010




Q. : Pourquoi avoir choisi de situer l’action des Fossoyeurs à Québec ?


Le restaurant Wok’n Roll, l’un des derniers vestiges du Quartier chinois de Québec d’avant la construction de l’autoroute Dufferin en 1968.

R. : Je suis né à Québec et j’y ai vécu jusqu’à ce que j’accepte un poste de professeur à l’Université de Colombie-Britannique. C’est une ville que j’aime beaucoup et sur laquelle je porte maintenant un regard différent, nourri par la distance. Peut-être parce que j’habite une ville aux accents asiatiques sur la côte du Pacifique, j’ai voulu montrer un autre visage de Québec : la capitale bilingue du 19e siècle, la ville multiculturelle qui gît sous les pavés, ses enjeux identitaires.



Q. : D’où vous est venue l’idée d’explorer, pour ne pas dire d’exhumer, ces deux facettes de l’histoire de la ville de Québec, à savoir les racines de sa communauté chinoise et son passé incendiaire?


Joseph Légaré, L’incendie du quartier Saint-Jean, vu vers l’ouest, 1845, Musée National des Beaux-Arts du Québec.

R. : La Vieille Capitale se veut la mémoire vivante de l’Amérique française, mais c’est paradoxalement une ville de secrets, de drames enfouis. Qui se souvient de l’incendie criminel qui a endommagé la synagogue de la haute-ville en 1944, alors que la Shoah sévissait de l’autre côté de l’Atlantique ? Que sait-on des immigrants chinois qui ont fui la discrimination dont ils étaient victimes en Colombie-Britannique pour trouver refuge et souvent la pauvreté dans le quartier Saint-Roch ? Aujourd’hui, les façades bourgeoises de la haute-ville dissimulent des êtres marginaux en attente de nouvelles appartenances. La terre de Québec regorge d’histoires à exhumer.

Ce livre a pris naissance à l’occasion d’une promenade dans les allées du cimetière Saint-Charles. Les cimetières sont les lieux de mémoire par excellence. Ils racontent autant les destins individuels que les drames collectifs, comme les épidémies et les incendies qui ont décimé Québec à travers son histoire. Les cimetières peuvent se lire comme le sous-texte d’une ville.




Q. : Pourquoi avoir bâti l’histoire autour d’une double trame narrative ?

Quelques pierres tombales de la section chinoise du cimetière Saint-Charles.


R. : La double structure narrative des Fossoyeurs s’est imposée dès les premiers moments d’écriture. Elle permet une confrontation de deux points de vue sur Québec : l’un suscité par l’exil, l’autre dicté par l’enracinement. Partagé entre Vancouver et Québec, l’eau et le feu, la surface et l’archéologie, mon roman s’ouvre sur une perspective écologique entendue dans le sens d’un écotone, une zone de transition entre deux systèmes.






Les fossoyeurs


LES ÉDITIONS DAVID





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