Accueil bulletin Je t'aime 2007/05/31 jeudi

2007/05/31 jeudi

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Je t’aime le chat.

Un jour quelqu’un m’a dit : Pour moi, une maison, c’est un chat derrière la fenêtre.

Il y a des chats clochardisés, mon chat, lui, est arrivé un soir de crachin, sur le seuil de ma porte.
Il était poisseux, gluant.
Il me semblait jeune, du genre affamé.
Devant le fait accompli qu’il ne trouverait aucun squat.
J’ai cédé.
Le chat est allé jusqu’au feu près de la cheminée, laissant derrière lui une trace humide d’escargot.
Au matin, je l’ai trouvé léchant son pelage poil par poil, le regard en coulisse.
J’avais laissé une table désordonnée, le saucisson entamé, le pot de rillettes ouvert.
Rien ne semblait avoir été mordu.
Chat voleur ? peut être ?
Mais prudent et diplomate, cette première nuit, il avait décidé de se conduire en gentleman.
J’ai sorti du frigo la grandeur d’un repas de gala.
Je l’ai baptisé Cirage.
Avec lui, je ruse, je joue.
Il est mon partenaire idéal, il est toujours présent.
J’aime la solitude qu’il me laisse, l’espace qu’il n’envahit pas.
Là, devant cette espèce de chose, j’ai le fil à la patte, le divorce est impossible.
La nuit, il vient se blottir contre moi, sa douce fourrure me rassure, ses ronrons me bercent.
De petits nuages de sommeil-oubli me couvent de rêves et je m’endors comme une poule sur son perchoir.

A l’abri des carreaux fermés, il respire du dehors comme du dedans, il sait que le temps se gâte.
Le jour tombe, je le vois disparaître dans le décor, il a l’avantage de porter une couverture idéale de couleur noire.
Je discerne seulement les flammes dorées de son regard qui éclatent à la nuit comme la dernière étoile de la voie lactée.
J’ai l’impression qu’il offre un long monologue au ciel, de ballade dans la colline. Des sapins, son esprit longe les tilleuls, flaire le vent gonflé d’odeur.

Un arbre plus clair, un chemin plus foncé, un chemin ouvert.
Les animaux sont planqués. Sache bien que je sais où, se dit-il !

Dis-donc Cirage, à la bouffe !
Si je t’embrasse tu deviens un prince charmant ?
Cette fois au son de ma voix, il lève d’abord sa queue puis ses fesses, tire sur ses pattes de devant et s’assied.
Il me regarde d’un petit air penché.

J’avais cherché à l’apprivoiser, peine perdue, il m’a tourné le dos, croyant me faire la grande vacherie du siècle.
Ou alors c’était lui qui voulait m’apprivoiser ?
Faut dire, qu’il sait me faire le coup du charme repentir.
Moi, pauvre, triste, abandonnée, promis je ne bouge plus une griffe sans demander un accord.
Depuis nous vivons en concubinage, indépendants, décontractés, chacun sa solitude comme il l’entend.
Le vent m’a donné son parfum, je crois que le vent m’aime, qu’il sait que j’ai besoin de ce brassage fou.

Cirage et moi avons vécu 14 ans en concubinage, à présent qu’il est parti au paradis des chats, je sais qu’il veille sur moi et je l’entends qui me dis je t’aime ma bip.

© Lina Wak

Présenté par Ginette Villeneuve.

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