Pouvez-vous penser comme un dieu? J’ai mangé un midi dans une brasserie. Il y avait des années que je n’avais pas mis les pieds dans un tel lieu. Je me trouvais loin de chez moi. J’étais pressé. Je croyais qu’on me servirait vite et que je pourrais m’en aller. Mais non, on m’a laissé attendre une heure.

Le garçon venait me voir constamment pour me demander si je voulais une bière, mais je n’en voulais pas; je voulais manger. Il semblait contrarié parce que je ne consommais pas. La serveuse, quant à elle, était fort affairée à servir d’autres clients qui avaient “consommé” et m’ignorait sciemment.

Je me mis à observer l’atmosphère qui régnait sur les lieux. Un haut-parleur déversait une musique niaise pendant que s’élevait tout autour une rumeur constituée surtout de paroles épaisses, de rires gras et de bruits de mastication. Une odeur lourde imprégnait mes narines, l’ambiance était crépusculaire, les sourires faux.

Je me dis alors: «Tiens, les moutons sont à table. Ils ont des vêtements presque identiques, des préoccupations passablement semblables, on leur met une assiette devant eux et ils mangent. Ils sont arrivés en groupe et repartiront en groupe.

«Ils obéissent à des mots d’ordre, se font diriger par des syndicats de moutons, rentrent tous chez eux en même temps le soir et vont s’asseoir devant une boîte à images qui les hypnotise pendant des heures.»

Il y avait là une sorte d’enfer tranquille, inculte, presque insupportable. Alors, je répète ma question: pouvez-vous penser comme un dieu?

Dans une telle atmosphère, vous ne vous sentez pas un dieu mais un mouton; même pas un être pensant, mais un ruminant. Je réalise de plus en plus que la qualité de vie accompagne les choix métaphysiques. On ne peut vivre divinement quand on mange mal, qu’on vit mal, qu’on se comporte mal, qu’on parle mal, qu’on pense mal.

Les sales, les laids, les tordus, les malhonnêtes et les souffrants ne peuvent penser divinement. Un tas de merde n’a pas le goût d’être divin; il pue.

C’est en développant notre originalité que nous échapperons à l’aliénation, à la manipulation et à la persuasion clandestine. Nous devons cesser de vivre banalement, sinon nous connaîtrons le sort des innocents.

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André Moreau - en liberté

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