Accueil André Moreau - en liberté L’enfer aux poubelles

L’enfer aux poubelles

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La mascarade ecclésiastique a eu sur moi un effet désastreux tout au long de mon enfance et de mon adolescence. Les interdits dont l’Église truffait ma vie m’avaient jeté en sens inverse dans la recherche frénétique de ce qu’elle condamnait.

Et plus je me livrais, seul ou avec d’autres, à des actes que la morale réprouve, plus je me sentais intérieurement sur le point d’exploser. À 17 ans, je n’en menais pas large. J’avais le goût de détruire la religion, le cosmos et Dieu.

Nietzsche vint à mon secours dans son célèbre article « Dieu est mort ». Je réalisai qu’il avait raison. Mais comment me débarrasser de la hantise des peines éternelles?

Un soir que je n’arrivais pas à m’endormir, j’entendis un son qui me glaça d’effroi. C’était le bruit lancinant que fait une benne à ordures qui charge les déchets dans la rue. Il me sembla reconnaître tous les démons de l’enfer dans ce son expiatoire abominable, comme si la machine infernale des supplices s’était mise à tourner pour me broyer et me rendre fou.

J’éprouvai une telle angoisse que je m’habillai aussitôt pour sortir, espérant qu’une bonne marche m’aérerais l’esprit et que je finirais par trouver le repos.

Ma mère qui s’était réveillée vint me dire de faire bien attention au cas où je rencontrerais des malfaiteurs. Je lui répondis que dans l’état où j’étais, plus rien au monde ne pourrait m’effrayer.

Je ne lui dis pas quelles épouvantables angoisses me tenaillaient. Je sais seulement que je marchai jusqu’à l’aube avant de me sentir mieux.

Le lendemain matin, à l’université où je venais de m’inscrire, je me confiai au seul professeur laïc que j’aimais. C’était un Européen. Après m’avoir écouté, il parut étonné que je puisse éprouver de telles frayeurs enfantines et il me dit que c’était uniquement le fruit de mon imagination.

Ces quelques mots eurent sur moi un effet libérateur immédiat. Un désir effrayant de vengeance remplaça aussitôt mon angoisse tourmentée et je me promis bien de faire quelque chose pour me délivrer définitivement.

Les années passèrent. Je cessai d’aller à la messe, car je n’y étais plus obligé. Le cycle des études universitaires est beaucoup moins exigeant au niveau spirituel que celui des études collégiales que j’avais connu… (à suivre)

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