Quand je suis allé chez les AA, ils m’ont dit : ” Si tu es ici, c’est parce que tu es intelligent. ” J’ai très bien compris que ce n’était pas là une flatterie destinée à m’encourager, mais qu’il fallait un minimum d’intelligence pour faire un premier pas vers la grâce.

Mais comment s’accomplir à travers la faiblesse, la petitesse, les difficultés de la vie ? Comment s’accomplir à travers ce qui nous écrase ? Comment s’accomplir en respectant tout ce qui draine nos énergies, tout ce qui nous vide de nous-même ? C’est un défi extraordinaire.

Certaines personnes ont eu la chance de pouvoir être heureuses de naissance. Elles ont une aptitude innée au bonheur. D’autres, au contraire, n’ont pas été particulièrement favorisées par la vie et le bonheur, chez elles, fut très tôt l’objet d’une conquête de haute lutte.

On pourrait croire que ce sont les personnes favorisées dès la naissance qui ont le plus de chance. Mon expérience me suggère cependant le contraire. En effet, lorsque ces personnes sont soudainement contrariées par le malheur, elles se retrouvent entièrement désorganisées devant la vie, tandis que celles qui ont installé en elles le bonheur de façon consciente et volontaire sont capables d’absorber les chocs de l’existence sans être traumatisés.

À partir du moment où nous appliquons ce raisonnement au cas de l’alcoolique, nous sommes amenés à considérer l’alcoolisme d’une façon très différente. Si chaque jour le problème d’avoir à se redéfinir à l’égard de l’alcool se pose, cela signifie que chaque jour, on a à se redéfinir à l’égard de soi.

Le résultat de ce travail de conscience est le suivant : l’individu qui a à s’examiner de si près, aussi fréquemment, gagne des kilomètres d’avance sur celui qui n’a pas, comme disait saint Paul, ” une écharde dans la chair “.

Chaque jour, par la lutte qu’ils s’imposent, les alcooliques sont plus à même d’évaluer le prix du bonheur et de la sérénité, car étant sans cesse menacés par des déséquilibres de toutes sortes, ils doivent sans cesse se rééquilibrer.

Une telle nécessité forme le caractère au-delà de tout ce qu’un individu abstinent peut imaginer.

Pour voir la vie belle, il faut la vouloir belle. Un problème, ça se change en projet. Apprendre à être à nouveau signifie : retrouver le sourire qu’on avait perdu tout simplement parce qu’il est bon de sourire. S’amuser de ses faiblesses au lieu de les supporter avec accablement. Jouer avec le soi-disant désastre qui nous menace et qui, en réalité, ne nous menace pas plus que notre liberté, si nous décidons de l’employer dans le sens de l’intelligence, sous l’action combinée de la conscience et de la grâce.

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André Moreau - en liberté

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